La volonté
vendredi 19 décembre 2003

par Célestin Valois


Cet article s’inscrit dans le cadre d’une vaste étude intitulée "Balzac et le Martinisme". Pour revenir à la page précédente...

Pour le martinisme, la Volonté est un attribut divin en l’homme. L’homme s’est précipité dans la matière et la matière est devenue maudite par sa chute du fait du mauvais usage qu’il fit de sa Volonté. Cette volonté mauvaise s’est d’abord manifestée dans la révolte Luciférienne. Le mal n’est donc que la conséquence du mauvais choix des êtres émanés de Dieu, il n’a ni son origine ni sa cause dans la Divinité elle-même qui, en fait, lui est totalement étrangère. Martinez de Pasqually, dans son "Traité de la Réintégration des Etres" se fait un instant très insistant sur ce sujet :

"Si le Créateur prenait quelque part aux causes secondes, il faudrait de toute nécessité qu’il communiquât lui-même, non seulement la pensée, mais encore la volonté bonne ou mauvaise à sa créature ou qu’il la fit communiquer par ses agents spirituels qui émaneraient immédiatement de lui, ce qui reviendrait au même. Si le créateur agissait ainsi, on aurait raison de dire que le bien et le mal viennent de Dieu, de même que le pur et l’impur. Nous ne pourrions plus alors nous considérer comme des êtres libres et sujets à un culte divin de notre propre volonté. Rendons toute la justice qui est due au Créateur en restant plus que convaincus qu’il n’a jamais existé en Lui et qu’il ne peut exister le moindre soupçon de mal et que c’est de la seule volonté de l’esprit que le mal peut sortir, l’esprit étant revêtu d’une entière liberté".

Dans une lettre à Zulma Carraud, Balzac fait l’éloge du "Médecin de campagne". Dans ce livre qui lui a coûté plus que Louis Lambert, il a voulu atteindre à la beauté de l’Evangile et mettre en action "L’Imitation de Jésus-Christ" .

Ne peut-on penser que Balzac lui-même avait entrepris "La grande affaire" de FAIRE FLEURIR LA ROSE SUR LA CROIX en lisant ces livres de Zulma Carraud à Balzac :

"Si, au moins, vous vous faisiez illusion sur votre mal ! Mais non ! On ne s’étourdit plus, à votre âge, et bien que l’ingénieuse fiction de "La Peau de Chagrin" vous soit applicable plus qu’à tout autre, vos projets si vivement conçus, si facilement abandonnés, ne satisfont pas l’activité de votre âme. Vous êtes une exception parmi vos pareils et comme toute exception humaine, vous êtes destiné à souffrir et toujours si, comme tous les autres, une maîtresse, des orgies, vous occupaient réellement ! Vous vous êtes conservé pur d’âme, vous avez des croyances et les jouissances auxquelles vous vous êtes initiés vous sont soldées par l’angoisse et cette sollicitude du coeur !".

"Louis Lambert" tout autant que "La Peau de Chagrin", peut être considéré comme un récit autobiographique présentant l’aspect angélique de cette formidable puissance de vie de l’écrivain.

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Collège de Vendôme
Extrait du site...

Comme Balzac, Lambert est élevé au collège de Vendôme et c’est dans cette triste ambiance que mûrissent ses idées métaphysiques et notamment que prend germe l’idée maîtresse de son système dans "Le Traité de Volonté". Dans ce traité, Lambert fait une véritable apologie du Swedenborgisme.

Dans cette conception de l’illuminisme martiniste, la Volonté est moins considérée comme une vertu que comme un principe, une force inhérente à l’homme qui provient de son être intérieur. S’il en prend conscience, son libre arbitre lui permet d’en faire, soit un usage au service du bien et alors son pouvoir n’a pas de limites, soit un usage personnel et restrictif, il tombe alors dans le démonisme, répétant et aggravant l’erreur de la chute.

La Volonté, comme l’expose Lambert, est source de toute action. La Volition est l’usage de cette Volonté. La Pensée est le produit quintessentiel de la Volonté, la source des Idées, l’Idée est donc l’usage de cette pensée. Aussi, la Volonté est à la Volition ce que la Pensée est à l’Idée. La Volonté étant elle-même principe de toute Pensée.

A l’origine de tout mouvement, il y a la Volonté qui est désir. Le monde des apparences n’est donc que la résistance, la réaction d’un mouvement intérieur qui provient du monde des Idées. C’est là ce qui est nommé : antagonisme vital.

"L’Action et la Réaction". Un désir, disait-il, est un fait intérieurement accompli dans notre Volonté avant de l’être extérieurement. Aussi, l’ensemble de nos volitions et de nos idées constituait l’action, et l’ensemble de nos actes extérieurs la Réaction".

Par l’emploi de la Volonté, l’être intérieur peut être complètement détaché de l’être extérieur et c’est alors que ses possibilités d’action et de perception sont agrandies. De même, le monde des idées s’offre tout entier à lui, puisque c’est son milieu originel, c’est ce qui explique la "FOLIE" de Louis Lambert.

Si c’est la Volonté mauvaise qui provoque la chute, la régénération de celle-ci et sa bonne orientation surtout, doit permettre la Réintégration. D’après Martinez de Pasqually, l’homme par la chute s’est transformé, d’être glorieux, pensant, purement actionnel et volontaire, en un être duel : à la fois pensant et pensif. Toute son affliction résulte de cet antagonisme vital, comme le dit très bien Louis-Claude de Saint-Martin :

"L’Homme, quoique étant dans ce monde terrestre, est bien toujours dans cet autre monde qui est tout, mais tantôt il en ressent la douce influence, tantôt il ne la sent pas, souvent même il ne ressent et ne suit que l’impulsion du monde, et qui est par rapport à cet autre monde comme une plaie" ....

"Les hommes pourraient-ils nier la dégradation de leur espèce quand ils savent qu’ils ne peuvent exister, vivre, agir, penser qu’en combattant une résistance ? Notre sang a à se défendre de la résistance des éléments ; notre esprit, de celle du doute et des ténèbres de l’ignorance ; notre coeur, de celle des faux penchants ; tout notre corps de celle de l’inertie ; notre acte social de celle du désordre, etc ...." Le Ministère de l’Homme Esprit.

"L’Homme de Désir" est ici appelé "Homme Esprit" marquant cette dualité, ce divorce des deux matières qu’il faut réconcilier. L’étude du principe de la Volonté sera poursuivie lorsque nous aborderons la question des conceptions et du surnaturel dans "La Comédie Humaine".

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