"Quand je suis monté vers les hauteurs, pour contempler en ma vision le Char, je suis entré dans six Palais, l’un à l’intérieur de l’autre, et quand j’ai atteint le seuil du SEPTIEME Palais, je me suis tenu en prière devant le Saint, béni soit-il." (Livre d’Enoch)


La crèche de Noël
lundi 29 novembre 2004

par Abd Al Haqq


Comme chacun des grands moments du christianisme, la crèche est un instant initiatique. Elle est porteuse d’un symbolisme vivant propre à nous informer sur la voie ésotérique (c’est-à-dire, étymologiquement, du retour à l’intériorité).

Nous en examinerons les différentes phases afin de voir quelles indications nous pouvons en tirer et de vérifier que nous sommes bien sur ce chemin universel d’individuation, ce chemin vers la Lumière qui, bien que reflété par toutes les religions, n’est la propriété d’aucun dogme particulier.

Le lieu
La crèche chrétienne est traditionnellement posée dans une grotte, lieu naturel abrité. Ce n’est pas une construction humaine, mais un espace vide laissé par la nature. Dans la grande majorité des traditions, la grotte est le lieu initiatique par excellence. Elle figure l’intériorité, le fond du "moi", le lieu secret de chacun, le cœur de l’être.

Son aspect naturel l’oppose aux édifices construits par la main de l’homme. On peut déjà pressentir que ce lieu n’est pas celui de la pensée rationnelle, celui des idéologies ou des dogmes. C’est un lieu sauvage et naturel en l’homme. Un creux, un vide, une vacance dans le roc des certitudes, une brèche dans la montagne des savoirs.

La grotte est aussi le lieu souterrain, le lieu de l’enfouissement où se vit la mort et la renaissance que l’on nomme aussi résurrection. Lieu où la fin d’un cycle en prépare un autre.

Le temps
Le temps de cette action nous suggère aussi une absence. L’acte qui va se dérouler se situe au cœur de la nuit, au plus noir du noir de l’obscurité. C’est aussi au cœur de l’hiver, quand rien ne bouge dans la nature, quand tout dort du long sommeil annuel. Ceci nous indique que l’événement qui va se dérouler ne dépend d’aucune activité. Il se situe simplement au cœur du manque qui révèle le désir.

Manque de lumière, de chaleur et de vie. C’est aussi dans un creux, un espace vide du temps, ce concept psychologique s’il en est, que va se produire le désir et le fruit de ce désir. Le vide appelle le plein. Le manque crée les conditions de la plénitude. C’est le temps où le grand est devenu petit. Le temps de la décroissance absolue, le bas du cycle... Le creux de la vague.

L’objet  [1]
L’objet est, lui aussi, creux : la crèche, la mangeoire est un récipient de pierre ou de bois évidé où l’on dépose la nourriture. Mais aujourd’hui elle est vide pour que puisse y prendre place Celui qui est, qui était et qui vient, mais nous n’en sommes pas encore là. Pas de nourriture donc dans ce fin creux du "moi", dans ce vide du temps et de la matière, rien qui alimente le moteur psychologique. La paille et l’enfant viendront plus tard à mi nuit ouvrir le cycle de l’action nouvelle. Pour l’instant la crèche est attente passive, quiétude sans intention.

C’est sur des auges de pierre, des crèches, que les saints moines irlandais traversèrent les mers pour porter le verbe au loin et ouvrir un nouveau cycle de civilisation.

Cette auge là sera le véhicule du passage du Divin vers l’homme. Ce Divin qui épouse si bien les creux, les vides de l’humain.

Les personnages
Dans cette nuit on distingue d’abord l’âne et le bœuf. Ils sont les habitants naturels de ce lieu. Le premier symbolise la science, la sagesse. Le second est un taureau, image des pulsions vitales, des passions, mais un taureau castré. Ni la science ni les passions ne sont actrices de ce moment. Les deux animaux sont spectateurs de ce qui va se produire là et qui ne dépend pas d’eux. L’événement vient d’ailleurs, il est porté par des étrangers, de l’étrange, du différent de l’habituel et du connu. Il est de "on ne sait où".

Et puis il y a ce couple mal assemblé. L’homme vieux et la jeune femme. Deux pôles de la vie, les deux composantes universelles de la psyché. Lui c’est Youssef, elle c’est Mariam. Il est l’actif, l’artisan, le "faber" qui travaille la matière noble et sacrée chez les hébreux : le bois. Elle c’est la toute pure, passive, l’in-épousée ; la matière blanche (gwen ether, Genifer, Guenièvre, Geneviève) mise en forme, informée, fécondée par un Verbe divin.

Elle s’est faite vide, elle aussi, et vase sacré, réceptacle de la Parole du Tout Autre. Elle s’est laisser agir, sans vouloir, juste une acceptation pleine et entière. Un lâcher prise.

"Qu’il me soit fait selon Ta parole" a t-elle répondu à Gibril, L’Envoyé divin "ha malach ha Elohim". Ce n’est pas son "moi" qui a répondu, mais tout son être qui a dit oui à ce regard d’amour. Mariam est pour cela la Mère de tout ceux qui s’avance sur la voie de l’illumination, elle est l’exemple, l’archétype.

Ce n’est pas non plus pour elle que la Lumière née de la Lumière va s’incarner. Elle, elle n’est que l’outil, le véhicule de cette Lumière qui brille déjà dans les ténèbres mais que les hommes n’ont pas encore perçue. Elle n’a pas même demandé pourquoi, elle s’est laisser aimer.

L’ermite du tarot, le chiffre neuf, celui qui arrive à la fin du cycle avant que n’en recommence un autre par le Un, l’unité, porte devant lui une lanterne qui éclaire les alentours et le signale. Mais il ne voit pas plus loin que le bout de son bras... Il est porteur d’une lumière (Luciphoros...Lucifer) pour le monde, mais n’en a pas le fruit ; Simplement il sait qu’il n’y a rien à voir, qu’il n’y a pas de pourquoi au chemin qu’il parcourt.

L’action
L’acte fondateur sera le dépôt de cet enfant nu et fragile dans ce vide, ce creux sous terre après qu’il fut déposé et porté en ce creux humain, ce féminin de l’être. C’est ce vide terrestre qui se trouve fécondé à son tour. Le bœuf et l’âne entourent et réchauffent ce germe de lumière qui ne procède pas d’eux et vient de l’extérieur, de l’étranger, de si loin. Il ne sont pas acteurs, non, simples témoins. Témoins aussi, Joseph et la grotte. Témoins les bergers et les populations qui se seront, à leur tour, laissé informer par "l’Etoile Internelle" (l’Etoile intérieure de l’éternel matin). Témoins en marche, en devenir puisque cette lumière va reprendre sa course au firmament, les jours vont allonger, la vie va renaître pour un nouveau cycle. Seule, Marie agit : elle se fait "Porte du Ciel" porte étroite en vérité, mais elle s’ouvre encore une fois à ce mystère qui la possède et passe au travers elle. Plus exactement elle se laisse agir.

Conclusion
Le cheminant vers la Lumière est semblable à cette grotte : il s’est fait vide afin d’être comblé. (tao). Il est dans l’acceptation totale de ce qui est, comme Mariam. Il est chemin de la lumière qui passe par lui pour le monde et non pour lui même. Il est outil, humble et creux se laissant façonner par les larmes de l’Absence et fasciner par la douceur du cœur à cœur avec l’Unique. Il se laisse épouser par la solitude et sait que ce qui se passe à travers lui le dépasse. Il est une crèche, une auge dont ni son âne ni son bœuf intérieurs ne profitent : ils en restent spectateurs. L’initié s’est simplement fait spectateur du vide de son hara et c’est là que le Maître a choisi de naître. Mais qui sort de la grotte, qui sort du tombeau pour un nouveau cycle de la vie ? Est-ce le Maître ou le disciple ? "ma ha bonna ?" (qui est le Maître ?)

Le connaissant est à la fin et au début d’un cycle de la lumière et de la vie. Il passe au travers des ténèbres, porteur aveugle de lumière.

Mort et renaissance, ou plutôt résurrection, mais qui est "re suscité" ? Le même ou le Tout Autre ?

La réponse est dans la grotte, au fond de la " crèche ", réponse unique : le Fils unique de l’Un.

Ainsi le christianisme est-il une religion à Mystères au sens que les grecs donnaient à ce terme. Une voie initiatique vivante depuis la nuit des siècles à aujourd’hui. Mais c’est souvent faute d’en percevoir le sens profond que nous abandonnons et délaissons la substantifique moelle pour des nourritures syncrétiques et exotiques aux saveurs très épicées qui brûlent nos papilles sans nous nourrir vraiment.

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Abd Al Haqq

La crèche qui se trouve en haut de l’article est une photo BLDT. Celle qui est dans le corps de l’article provient du site http://crechesaintsaturnin.free.fr/.


[1] CRÈCHE n. f. XIIe siècle, "mangeoire pour les bestiaux". Emprunté de l’ancien bas francique *krippja. 1. Mangeoire, râtelier pour les bestiaux dans une étable. Mettre du foin, du fourrage dans une crèche. Spécialt. La crèche, où, selon l’Évangile de saint Luc, Jésus fut déposé, au moment de sa naissance, dans l’étable de Bethléem. Par méton. Évocation de la scène de la Nativité au moyen de figurines disposées dans un décor. La crèche d’une église. Une crèche provençale garnie de santons. 2. Établissement où l’on accueille, durant la journée, des enfants âgés de moins de trois ans. Crèche municipale, crèche privée. Crèche familiale, où les enfants sont accueillis dans une famille agréée. Crèche d’entreprise. 3. Pop. et iron. Logis de passage. Il va devoir se trouver une crèche pour trois jours. Changer de crèche. (dictionnaire de l’Académie Français en ligne)


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Il y a actuellement 4 contribution(s) au forum.


> La crèche de Noël
30 novembre 2004, par Henri Schmitt

Bonjour.
Interessante reflection.Cependant, un detail : meme avec toute la bonne volonte possible , je ne crois pas que les moines irlandais eussent pu aller evangeliser tres loin en navigant sur "des auges de pierre"...Le saint le plus celebre, Saint Brendan, dont on celebre l’aventure dans une epopee, a probablement vogue avec ses compagnons dans un ou des "Coracles", embarcation legere constituee d’une armature de bois sur laquelle sont tendues des peaux d’animaux. Je ne sais pas s’il atteignit l’Amerique (le Paradis, dans la legende) comme le suggere l’histoire, mais a son epoque c’etait ainsi que l’on naviguait. Le gout du symbolisme et de l’interpretation nous pousse parfois un peu loin tout de meme, non ?


Une crèche de Noël à visiter ;-)
29 novembre 2004, par Un visiteur assidu

Bonjour,
Je viens de découvrir cette si mignonne crèche de Noël à composer en ligne et reviens ici vous la conseiller : http://www.croire.com/
Mille mercis pour vos articles quotidiens ;-)


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