Elie, quelques préliminaires...
mercredi 26 janvier 2005

par Abd Al Haqq


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Que dire des écritures nous relatant l’histoire d’Elie ?
Ce qu’il est convenu, par les biblistes, de nommer "Le Cycle d’Elie", se trouve dans les écritures hébraïques, c’est à dire la Torah, au premier livre des Rois (plus exactement des Royaumes en hébreu) au chapitre 17 : 1 à 9, puis 18 : 34 à 35, puis 19 : 2 à 14 et enfin au deuxième livre des Rois 1 : 9 à 16.

Un peu d’exégèse historico-critique nous apprend que ce cycle est l’œuvre d’un seul auteur, où, plus exactement un seul rédacteur, qui a certainement utilisé et mis en forme une tradition orale antérieure. Ce rédacteur est un maître affirmé du langage et de la spiritualité ; son récit est construit avec une précision mathématique. Il vise à pérenniser une doctrine basée sur une expérience mystique et en aucun cas à glorifier le prophète Elie. D’ailleurs il juge ce dernier avec lucidité et parfois se moque même de ses travers trop humains. C’est donc un maître spirituel, qui connaît la doctrine et restitue un vécu. C’est un initié capable d’organiser et de transmettre l’initiation.

Ce ne peut être Elie lui-même car la contradiction serait trop grande entre l’exposé narcissique et la doctrine sous-jacente basée sur l’effacement du " moi ". Psychologiquement Elie est un fonceur, un battant et un impulsif, alors que le rédacteur est un fin calculateur. Donc deux hommes différents ; peut être un maître et son disciple ?

Le texte a été rédigé avant la réforme religieuse de Josias (-622), à une époque où les deux royaumes d’Israël existaient, donc avant la chute de Samarie (-722), mais après la mort du fils du roi Achab (-850). Donc assez certainement entre -850 et -722. Mais il relate des événements datés d’environ -950. Ce qui laisse supposer une transmission orale de 150 à 200 ans, c’est assez peu pour l’époque. [1]

En résumé : un texte écrit par un initié de lignée "éliaque", connaissant bien son maître et sa doctrine, appartenant à une école bien vivante au moment de la rédaction. Un récit initiatique et un itinéraire mystique.

Iconographie : A quoi pouvait bien ressembler Elie ?
Les représentations du prophète sont nombreuses ; il figure sur un grand nombre d’icônes, notamment celles de la Transfiguration. Il est barbu, revêtu d’un manteau dont la bible nous apprend qu’il est en poils de chameau comme celui de Jean le Baptiste et d’un pagne de peau également comme le précurseur du Christ. Un mode de vie ascétique assez semblable parachève la ressemblance. Il tient souvent en main une " épée flamboyante " et son aspect solaire est souligné par la fréquente présence des corbeaux à ses côtés.

A divers endroits, Elie est représenté en habit de Carme (bure, scapulaire, et manteau blanc) comme par exemple à l’Abbaye du Mont des Cats (59), sur le triptyque du 16ème qui se trouve à l’entrée de l’abbatiale. Elie est aussi souvent représenté dans un "char de feu" lors de son ascension, vivant aux cieux, et jetant son manteau en signe d’investiture sur son disciple Elisée.

Le nom d’Elie
En hébreu, il se prononce "éliyahou" Il signifie littéralement :
- Mon Dieu ; eli / ya : abréviation du trétragrame divin ramené au yod, valeur 10, symbole du retour à l’unité
- et / hou : adjectif possessif, première personne du pluriel.
Donc : mon Dieu est notre YHVH

Eliyahou s’écrit : ALYHV
Sa valeur guématrique est de 52, nombre qui s’écrit NB en hébreu et ces deux lettres sont la racine du verbe voir, nab et du substantif qui en découle, nabi qui signifie voyant ou prophète.

Donc par sa valeur guématrique, le nom d’Elie est synonyme de prophète au carré ou de racine des prophètes.

Quel est le Dieu d’Elie ?
Dès le premier verset du cycle, Elie nous nomme le Dieu qui est le sien ; "par RY YHVH, le Dieu d’Israël que je sers." (1Rois 17 :1). C’est donc bien sûr du Dieu particulier d’Israël dont il s’agit mais sous le vocable tétragramatique YHVH et avec le qualificatif de RY, "Le Vivant". Ce terme est en fait un des noms divins, il renforce la valeur symbolique ineffable du tétragramme.

Ce n’est donc pas un Dieu personnel que sert Elie, puisque c’est le Dieu qui s’autodéfini par "éyé ascher éyé", littéralement : "je être ce que être" où plus exactement "je suis ce qui est" ou encore : "je suis l’être des êtres". A cette locution nous devons rajouter le RY ce qui nous donne "je suis l’être des êtres vivants".

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[1] Les anciens pouvaient assez facilement, à de nombreuses années de distance transmettre mot à mot un texte entendu une seule fois. Il semble bien que l’être humain sur ce point comme en bien d’autres soit en dégénérescence.

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