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Avec les parents : rencontres du troisième type !
Minuscules vécus pédagogiques (2)
lundi 7 août 2006

par Ainulindalë


Ces "minuscules vécus pédagogiques" n’ont d’autres but que d’essayer de mettre par écrit quelques sensations, ressentis et pratiques liés au métier d’enseignant tel que je le vis depuis plus de 25 ans à l’école primaire. "L’expérience ne peut se transmettre", dit-on souvent. C’est certain mais je gage que le partage est possible... et ces lieux y invitent...

Pour revenir au premier article de cette série...

En début de carrière, les rapports avec les parents de nos élèves ne sont pas toujours très faciles. Notre jeunesse est presque immédiatement synonyme d’inexpérience ce qui est fort mal considéré dans notre profession. Les difficultés de nos premiers pas sont ainsi soumises à des avis tranchés qui sont parfois d’une extrême sévérité. Seules - ou presque - les familles d’origine modeste nous épargnent ces jugements hâtifs, car à travers l’enseignant que nous sommes, c’est à l’Ecole qu’elles accordent leur confiance et l’Ecole est sans âge.

Mais on découvre peu à peu que les relations que nous allons entretenir avec les parents vont influencer largement l’état d’esprit de nos élèves face aux apprentissages et donc, leur avancement sur le chemin des connaissances

Au début, l’on « convoque » les parents des enfants trop turbulents et l’on répond aux sollicitations des autres. Sans plus. Nous recevons alors des personnes qui sont plus âgées que nous. Et il faut parfois beaucoup d’aplomb pour arriver à ne pas se laisser déstabiliser lors d’un entretien qui est parfois davantage ressenti comme une joute que comme une conversation constructive autour d’un enfant.

Puis, le temps fait son œuvre et l’on se surprend à échanger avec des personnes qui semblent avoir notre âge, voire être sensiblement plus jeunes que nous. Entre temps, notre expérience et notre assurance se sont développées et nous savons trouver les mots pour mettre le doigt sur les problèmes que peut avoir un enfant. Nous donnons des conseils avec largesse...

Là, nous sont offerts quelques moments « différents » où l’on ressent que l’échange que nous conduisons vient de soulever chez notre interlocuteur des flots d’émotion, de permettre à des non-dits d’affleurer et à la souffrance parfois de s’exprimer. Nous ne sommes plus dans la joute, nous sommes alors - parfois - les témoins de prises de conscience qui ne nous appartiennent pas.

En ce point précis de notre carrière se trouve un carrefour :

-  Certains d’entre nous estiment que de tels moments sont accidentels et qu’ils n’ont rien à faire au sein de l’école : ils chercheront à l’avenir à les éviter à tout prix, à fuir la gêne que, peut-être, ils ont ressenti, à fuir cette situation où ils ne trouvaient pas les mots pour en finir avec cet entretien et retourner à la correction de leurs cahiers - ce qui est beaucoup plus facile à gérer émotionnellement.

-  D’autres prennent conscience qu’ils ont partagé un moment qu’ils voient, dans les jours qui suivent, se révéler important pour leur élève. Quelque chose lors de l’entretien s’est exprimé et si l’émotion est apparue, c’est avec un grand respect qu’ils ont cherché à l’accompagner et à poursuivre la rencontre avec précaution.

Peu à peu, loin des joutes de leurs débuts, ceux-là dépassent le rôle de témoin attentif et développent au fil des rendez-vous une écoute qui va au-delà des mots prononcés. Ils apprennent à vivre pleinement ces instants d’échange, comme les moments de silence qui parfois s’installent, et à développer en toute conscience la disponibilité intérieure qui permet de « recevoir » le mot juste, la bonne question, la suggestion décisive.

Les premières fois qu’il s’entend répondre : « C’est étrange que vous me disiez cela, justement... » ou bien : « Mais, comment savez-vous... ? », l’enseignant est certes surpris car il n’a fait que répéter sans réfléchir ce qui venait d’apparaître dans son esprit. « Non, je vous assure, je ne savais pas, j’ai dit cela comme cela... »

Et les rendez-vous deviennent d’authentiques rencontres, d’authentiques contacts d’être à être. L’enseignant est acteur et non plus spectateur et les parents le deviennent aussi s’ils le souhaitent et, ensemble, ils avancent dans une recherche en profondeur autour de l’enfant-élève considéré enfin dans son être holistique.

A l’enseignant attentif à tout ce qui fait l’humain, ces rendez-vous avec les familles, formels au départ, permettent peu à peu de développer une sensibilité particulière aux êtres en présence et un regard dénué de toute notion de jugement qui seul peut faire avancer l’entretien. Alors, sans qu’il n’ait rien recherché, l’intuition lui est offerte et il apprend à y faire appel pour sortir des impasses ou pour permettre à ses interlocuteurs d’aller plus loin, d’aller plus vrai encore... pour l’enfant.

Nul doute que lorsque de tels moments ont lieu dans la classe entre le maître et les parents hors sa présence, l’enfant, à cet instant précis, ressent au plus profond de lui une sorte de fusion chaleureuse entre les deux mondes au sein desquels il se partage avec parfois deux visages très dissemblables : son univers privé qui est celui de la famille et son être social qui est celui de l’écolier.

L’enfant n’est plus alors séparé, divisé, découpé... Ses deux mondes doucement s’effleurent et la lumière qui naît en lui se fait régénératrice et bienfaisante, promesse d’une confiance décuplée en la Vie...

En plein coeur du monde scolaire : une rencontre du troisième type vient d’avoir lieu !

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Les illustrations proviennent des sites : http://www.spielbergfansite.com/ et http://www.thedeathzone.free-online.co.uk/.

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Avec les parents : rencontres du troisième type !
30 août 2006, par Esiane du Nil

Après vingt cinq ans d’enseignements, je partage totalement l’expérience de la relation avec les parents.
En lycée Agricole souvent, l’arrivée des élèves est présidée par une notion d’échec scolaire, et sous ce prétexte nous recevons des enfants en souffrance, ou si l’on préfère en grande difficultés scolaires, mais l’un va avec l’autre, alors il faut des trésors d’imagination de patience et...d’amour pour redonner confiance aux élèves et aux parents. Les rencontres avec ces derniers révèlent parfois des douleurs aux seuils desquelles on se tient debout,respectueux et compatissant et cherchant à trouver des palliatifs des aides.
Non le métier d’enseignant au primaire, au collège et en lycée ne consiste pas seulement à corriger des copies et remplir des têtes avec du savoir. Cet emploi consiste aussi et surtout à tenter d’équilibrer des jeunes parfois révoltés et sans repères, et à travers ces enfants, à accompagner de temps en temps des familles. A donner de son temps et je le répète de son amour.Il aurait fallut aujourd’hui avec nos sociétés plurielles, désapprendre les préjugés, s’ouvrir à la différence et utiliser cette dernière en tant que support de valorisation, pour un partage avec le groupe classe, en espérant que ces expériences aient quelques répercussions sur les parents. Toutes ces choses sont plus aisées à dire qu’à faire, et parfois bien aléatoires en face de situations de détresse ou de violences. Il faut reconnaître que l’IUFM et les concours de CAPES préparent à beaucoup de choses, mais pas aux réalités que j’ai précédemment citées. Alors pour les jeunes collègues qui arrivent dans ce métier que peut-on leur dire ? En ce qui me concerne, je leur dirai que c’est un métier merveilleux parcequ’il permet en permanence l’échange et le partage, malgré toutes les autres difficultés, qui comme aux autres ne m’ont pas été épargnées
Il serait cependant important que l’on apporte aussi une aide aux enseignants en poste dans des zones difficiles, qu’ils soient à leur tour écoutés, aidés et conseillés dans une instance adhoc.


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