Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 4 : De Fabara à Caspe
Camino de l’Ebro : 105 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Vendredi 8 septembre 2006
Etape de 20 km

L’orage d’hier soir était circonscrit sur le petit secteur de la ville. Très vite ce matin en m’éloignant de Caspe je retrouve des chemins qui semblent ne pas avoir reçu d’eau depuis longtemps.

Je sors de la ville au lever du jour, le soleil qui s’annonce joue avec l’ombre de l’église château de Fabara. Il fait chaud, je suis déjà en sweat-shirt. Je pensais que l’orage aurait rafraîchi l’atmosphère, il n’en est rien. Le temps est lourd, gris et à l’horizon le soleil lutte pour passer sous les nuages. Comme tous les matins il me donne son spectacle. J’ai enfilé mes guêtres, je crains un nouvel orage qui n’aura pas lieu...

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Eglise castillo de Fabara

J’ai passé une bonne nuit, je me sens bien, pourtant le début de journée est difficile. Dès les premiers pas après avoir traversé le fleuve Matarrañas le chemin monte pendant environ 5 kilomètres. C’est la première heure, la plus sensible pour le corps. La dénivelée n’est pas importante, mais elle semble toujours trop longue. Tous les matins j’ai une légère douleur de fatigue qui diffuse dans le bassin... C’est une douleur sourde qui n’est pas invalidante heureusement, mais elle est là. En fait, je peux vous dire qu’elle va rester présente tous les matins pendant quelques jours pour disparaître progressivement... Toujours cette fameuse adaptation du corps à une nouvelle vie... !

Une remarque pour ceux qui partent ainsi plusieurs semaines sur un itinéraire, les problèmes physiques, ampoules, douleurs, etc, font une apparition, si cela doit arriver, le plus souvent les premiers 10 jours. Il faut les accepter et avoir la volonté de continuer. Cependant il y a aussi les douleurs articulaires qui peuvent se transformer en tendinites qui, elles, condamnent souvent la suite du voyage... Avant de partir, je demande toujours un anti-inflammatoire non stéroïdien par voie buccale à mon toubib, que j’utilise dès le début d’une douleur suspecte. Les gels de massage sont toujours insuffisants pour celui qui doit continuer la marche...

Il y a des étapes qui paraissent plus longues que d’autres, au quart d’heure près je connais le plus souvent le temps qu’il me faudra pour faire l’étape envisagée. Pourtant il m’arrive comme aujourd’hui de penser bêtement que je me suis trompé sur sa durée et que finalement là, après cette dernière montée, il y a le village que je me suis fixé qui va apparaître... Non, je me raconte des histoires car à ma montre je sais pertinemment qu’il me faut marcher encore une heure... ! C’est une réflexion totalement anodine et pas très intéressante, mais elle est l’image du vagabondage de l’esprit... ! Pour faire le Camino seul, il est préférable de ne pas s’ennuyer avec soi-même et il faut accepter des rêves, des images, des pensées saugrenues, pas toujours très dignes comme si nous étions accompagnés par deux petits personnages envahissants, chacun occupant une épaule... Mon préféré c’est celui qui est en compagnie d’une petite étoile sur mon épaule gauche, mais l’autre est souvent roublard et très excitant... Non, je ne vous dirai pas qui gagne le plus souvent...

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Quelques rares indications...

J’ai traversé le Rio Guadalope, j’arrive à Caspe, il est plus de 14h. La ville est tout en longueur et le syndicat d’initiative en plein centre. Il me faut bien trois quarts d’heure pour le trouver juste avant sa fermeture. Les membres de ce syndicat sont très heureux de voir passer un pèlerin dans leur ville, ils ont comptabilisé moins de dix passages sur toute l’année... Je suis le premier Français... !

Je suis dirigé vers la maison des étudiants qui accepte les pèlerins pour la nuit avec 12 euros. J’ai droit à une chambre silencieuse avec les douches sur le palier. Je vais passer une bonne nuit. Après un peu d’intendance, surtout du lavage, je vais faire un tour et m’attabler dans un bar pour écrire. J’ai à côté de mon carnet de bord une bière au citron très agréable... Le centre pour étudiants est un peu loin de tout et il me sera difficile ce soir de trouver un restaurant qui ne me fasse pas dîner trop tard. Je décide donc de m’acheter de quoi faire une dînette dans ma chambre d’étudiant. Drôle d’étudiant à barbe blanche et au cœur d’adolescent... !

Il est quand même un peu tôt pour m’isoler et je profite d’un parc pour m’allonger dans l’herbe et observer les enfants qui jouent. Je vis des heures et des jours de solitude, mais la solitude ne me pèse pas, je n’en ai pas le temps, même comme aujourd’hui quand je marche 20 kilomètres sans rencontrer âme qui vive... Il suffit que je pose mes fesses au bord du chemin pour être capable de rester là des heures... Comment se lasser du spectacle de la nature... ? Quand je marche, il y a toujours en moi la curiosité pour le kilomètre à venir... Curiosité pour la terre mais aussi pour les hommes.

J’aime l’Espagne et ses paysages parfois un peu rudes et dénudés, pourtant ce pays semble amplifier les contrastes de la nature. Les coteaux sont pelés, mais le moindre terrain cultivable peut se retrouver luxuriant avec l’eau que des milliers de kilomètres de canaux distribuent par gravité dans les champs... Ici les agriculteurs font cinq coupes très productives de luzerne qui est le plus souvent exportée vers l’Italie... !

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Ma cellule à Caspe...

Je quitte le parc pour remonter "souper" dans ma cellule... Il est bientôt 20 heures, j’ai une épaule douloureuse avec une petite rougeur. Ma mochila était un peu déséquilibrée, cela m’avait échappé. C’est un détail, mais il faut faire attention au moindre bobo surtout la première semaine.

J’ai eu des journées canicules et elles peuvent durer, mon corps aime ça... Pourtant il va déchanter dans quelques jours...

Neuf heures, je m’allonge sur mon duvet, il fait trop chaud pour le fermer. Je plonge dans un autre monde avec mes bouchons aux oreilles. Mon cœur est serein, j’aime et je sais que je suis aimé... Merci à LUI.

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- La photo du visage provient du site : http://www.photo-libre.fr/
- Les autres photos ont été prises par l’auteur pendant son pèlerinage.

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