Accueil du site Sur les routes Espagne Le Camino del Ebro Etape 5 : De Caspe à Escatron
Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 5 : De Caspe à Escatron
Camino del Ebro : 135 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Samedi 9 septembre 2006
Etape de 30 km

Journée importante à plus d’un titre... ! Piégé par la distance, les circonvolutions du camino et surtout par la grosse, mais très grosse chaleur à partir de 11h.

Trente kilomètres pour une étape est une distance classique dans une région comme celle traversée actuellement, mais je marche depuis cinq jours seulement et mon corps est encore en "rodage"...

À 22h hier je dormais à poings fermés, je me suis bien reposé. Tout a bien commencé ce matin, le ciel est constellé d’étoiles, la fraîcheur est un délice et il y a même un bar déjà ouvert à 7h pour déguster un petit-déjeuner.

Je vais essayer de vous faire percevoir le caractère de cette journée.

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Cueillette

Les premières heures sont super, le soleil se lève et joue avec les couleurs et les oliviers. Des hommes et des femmes sont déjà au travail dans les champs dans la bonne humeur. J’échange quelques plaisanteries avec un groupe qui s’affère autour des arbres. Un des hommes a une drôle de machine portable affublée d’une longue perche au bout de laquelle il y a comme un crochet. Il enserre une à une les branches principales de l’arbre pour les faire vibrer et faire tomber les olives sur un filet installé au préalable. Ils sont joyeux et acceptent sans problème une photo qui va voyager sur Internet... Ils me lancent un "buen camino" et je continue mon chemin...

Le soleil monte dans le ciel, la canicule est annoncée. J’aime ça, mon corps aussi, ces premières heures sont super et mes douleurs de fatigue disparaissent très vite.

Comme une page qu’on tourne le paysage se transforme. Fini les arbres fruitiers, de moins en moins d’oliviers remplacés par de grandes étendues pour céréales dont il ne reste que les chaumes en ce moment. Les heures passent, l’ombre est totalement absente maintenant, le soleil inonde la terre et la blancheur du chemin éclabousse de luminosité.. Pour s’asseoir quelques minutes en gardant la mochila, il faut une opportunité qui se fait rare au bord du chemin... Pourquoi attendre la présence d’un rocher ? Pourquoi ne pas quitter cette mochila et se poser n’importe où sur le chemin ? C’est simple, quand le sac à dos est bien réglé à la taille et sur les épaules, au bout d’un moment il se fait oublier. Alors, je rechigne un peu à me désorganiser pour une minute... Oui une minute c’est vraiment le temps qu’il me faut pour repartir avec une sensation d’apaisement...

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Vestiges de la via romana

Je viens de m’arrêter sur un rocher en plein soleil, il est brûlant... J’ai une sensation de vide autour de moi l’œil ne repose même pas sur un éventuel poteau électrique, des chaumes à perte de vue, on se croirait sur la Meseta... Je suis au cinquième jour de canicule et pour une première semaine c’est difficile... C’est la première fois depuis que je marche sur les Caminos que clignote au fond de moi un avertissement pour ma santé... ! L’ambition n’est pas de mise dans un tel voyage et l’ego doit se dominer surtout quand la nature commande.

Le temps passe, mon esprit s’évade sur ces chemins rectilignes et austères presque désertiques, mais pour l’instant, je suis plus à l’écoute de mon corps que des questions sur mon état d’âme... Il faut durer... Il est 14 h c’est de plus en plus dur, je bois quelques gorgées d’eau très fréquemment et ma réserve diminue. Je sais pourtant que dans quelques jours trente kilomètres en pleine chaleur ne seront pas un obstacle, mais aujourd’hui mon corps n’est pas prêt pour cette cinquième étape... Dans 15 jours les circonstances pourront le démontrer, je ferai des étapes plus difficiles... ! Il est 15h il me reste très peu d’eau et trois à quatre kilomètres à faire pour atteindre Escatron. À la réflexion je crois sincèrement que cette étape est beaucoup plus longue que prévue. Il y a déjà 8 heures que je marche... Derrière un bruit de tracteur dans un nuage de poussière. L’engin ralentit, il veut sûrement éviter de me faire trop de poussière. Mieux, arrivé à ma hauteur il s’arrête, les pèlerins sont rares... L’homme connaît le Camino, il a déjà fait des "périodes" comme il dit d’une dizaine de jours... Je lui demande s’il a un peu d’eau, sa réponse est négative, mais je dois avoir une mauvaise tête, il me propose de raccourcir mon chemin de deux kilomètres. Après ce n’est pas sa route je pourrai terminer seul les deux derniers kilomètres pour rejoindre Escatron... Très vite dans ma tête, je calcule qu’il me reste donc encore quatre kilomètres à faire... Soit en fin de journée, la fatigue aidant, une bonne heure de trajet... ! Oui je vais le dire, j’ai un peu peur de mon orgueil en n’acceptant pas d’être raisonnable. Je n’ai pas très bien géré ce début de camino malgré mon expérience et il faut assumer l’erreur... Je crois aussi que les circonstances et les inconnues du Camino de l’Ebro ont une part de responsabilité... Quoi qu’il en soit j’ai accepté... ! Je fais donc 2 km sur la remorque et il me laisse à un embranchement en me souhaitant "buen camino"...

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Chaleur et paysages

C’est le genre de péripétie qui laisse des traces dans l’ego et qui instruit l’homme sur lui-même au plus haut point... Je ne me sens pas très fier de moi, il fallait pourtant accepter, mais sur mon épaule droite, il y a un petit malin qui se moque... ! Toujours en moi ces antagonismes sur tous les sujets ou sur tous mes actes... La solitude semble accentuer ce questionnement-là à tout propos.

J’arrive à Escatron aux alentour de 16h. Un bar est ouvert, jamais un Coca Cola où s’entrechoquent des glaçons et additionné d’une carafe d’eau n’a été un tel délice... Le patron me renseigne sur l’adresse du curé qui doit pouvoir m’héberger suivant les informations recueillies à Caspe. Je trouve porte close et une voisine m’informe de son absence aujourd’hui. Il s’occupe de plusieurs villages et rentrera très tard ce soir... Après cette dure journée, je continue mon va et vient dans la ville pour finalement trouver une petite chambre à louer chez l’habitant pour 16 euros.

La nuit sera bonne, demain je vous raconterai ma soirée. Je suis un peu plus serein maintenant que j’ai aussi assuré ma nuit. Il n’y a jamais rien de négatif dans la vie, ou presque, après tout, même la mort nous ouvre des portes... Pourtant il serait chouette de pouvoir transmettre vraiment à ceux qu’on aime les expériences accumulées, mais plus la barbe devient blanche, plus elle nous sépare des autres dans notre société moderne...

La vie est belle merci à LUI.

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