Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 12 : De Tudela à Alfaro
Camino del Ebro : 321 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Samedi 16 septembre 2006
Etape de 25 km

Finalement j’ai passé une bonne nuit dans ma chambre sans fenêtre. Il est 7 h et je n’ai pas trop envie de traîner dans cette maison quand même un peu triste. Mon voisin dort encore j’entends sa respiration régulière... Comme convenu, je laisse les clefs dans la chambre et arrivé dans la rue je tire la porte... Catastrophe, cette sacoche que j’attache à ma ceinture avec tous les papiers et mon argent, je l’ai laissée dans les toilettes... ! Je me demande encore comment j’ai fait une telle bêtise... ! Pourtant je fais toujours très attention... Je suis planté au milieu de la rue et il ne me reste qu’à réveiller le propriétaire pour qu’il m’ouvre la porte. Heureusement, il habite à quelques mètres, mais il ne semble pas ravi dans l’interphone quand je lui demande de venir me dépanner... ! Finalement tout s’arrange, je retrouve mon bien à mon grand soulagement. Je l’avais oublié dans les WC... Encore une démonstration qu’à tout moment tout peut arriver. Il n’y a rien d’irréversible dans cette anecdote, mais elle témoigne d’une instabilité constante dans le quotidien du Camino. Je vis une sorte de nomadisme qui me convient très bien, mais c’est une organisation constante pour durer. Il faut être attentif à tout.

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Lumière du matin, source de beauté

Je suis sur la route pour environ six heures de marche. Fini définitivement les matins de douceur vécus en Catalogne, la fraîcheur est de règle, il faut se couvrir. Il ne pleuvra pas aujourd’hui, mais le vent violent est toujours là. Il va souffler jusqu’à Alfaro terme de l’étape. Je ne sais toujours pas ce qui est le moins pire : la pluie ou le vent... Curieusement je préfère la pluie quand les chemins ne sont pas trop boueux...

Toute la journée ou presque je côtoie la ligne de chemin de fer. Le Camino est monotone, j’ai déjà dit, je crois, qu’il ne faut pas s’ennuyer avec soi-même pour faire de telles randonnées... Plusieurs fois je fais des signes à la motrice quand les trains passent et comme je fais cela depuis quelques jours, maintenant j’ai droit à une réponse par un coup de la sirène sympa.

L’étape étant relativement courte, j’ai la chance d’arriver à Alfaro avant la fermeture de l’office de tourisme. Il est sur la place, au centre de la ville, juste en face de l’église qui par son architecture me rappelle saint Sulpice à Paris. Une jeune femme m’accueille gentiment et j’ai confirmation qu’il y a un véritable albergue à Alfaro...

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Eglise d’Alfaro

J’ai la clef que je devrai remettre demain matin en partant au poste de police. Le refuge est bien aménagé. Il y a des petites pièces sur deux étages pour une vingtaine de lits.

Il est à peine à l’extérieur de la ville dans un parc où les jeunes semblent se réunir. Par la fenêtre du premier étage, j’observe discrètement quelques jeunes qui ont fait suivre une radio. La musique est forte, un peu à l’écart, ils ont 13 à 14 ans et un couple m’amuse et danse. Un rêve passe, celui que j’ai connu il y a de nombreuses années où moi aussi j’avais cet air gauche de celui ou de celle qui veut séduire... Je suis seul évidemment pour faire le tour du propriétaire et trouver le compteur électrique du refuge. Tout va bien malgré une petite odeur de renfermé dans le local. Il est clair que les lieux ne sont pas utilisés tous les jours...

Rituel habituel : douche, massage des pieds, avec aussi corvée de lavage du petit linge. Depuis quelques années maintenant j’ai découvert les bienfaits de la solitude. Elle m’est devenue indispensable, mais je sais aussi que l’homme n’est pas fait pour ça, plus que de recevoir il a aussi besoin de donner... Il y a un temps pour tout et surtout faire en sorte de garder son existence dans le juste-milieu... Voilà une phrase bien raisonnable que je suis loin d’avoir suivi à la lettre... Oh ! Je m’efforce de le faire, mais comment résister aux bonheurs de la vie, à la passion, aux incertitudes, à l’inconnu, en deux mots au nomadisme physique et intellectuel. Je sais qu’il y a des contradictions dans les phrases précédentes, mais je les revendique. Je crois bien que plus le temps passe moins je suis sûr de rien et le doute s’installe facilement pour mon quotidien... Demain dans ma vie comme aujourd’hui sur le Camino, je serai peut-être ailleurs, mais demain la vie est belle...

Encore trois ou quatre jours et justement je serai ailleurs... Je vais rejoindre le Camino Frances à Logroño et retrouver la promiscuité dans les refuges et si à ce jour il y des soirs où la fraternité des autres me manque un peu, très vite elle peut aussi m’apparaître excessive... J’ai une heureuse faculté d’adaptation, c’est peut-être pour cela que j’aime la vie... L’introspection sur le Chemin est facile, mais les révélations parfois le sont moins. Pourtant en savoir un peu plus sur soi-même aide à mieux aimer les autres... Par exemple, les petits manques que le camino me révèle au cours de tous ces voyages depuis quelques années me font curieusement conclure que je n’aime pas la charité...

Comme toujours en fin de journée, je suis dans un bar. Comme toujours il y a deux télévisons qui heureusement fonctionnent sur le même programme... ! De temps en temps je relève les yeux pour observer les hommes autour de moi.

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Vrai refuge solitaire

Ici comme en France et surtout dans les villes, il y a toujours un vieillard qui attend et qui semble déguster son « vino tinto » et le temps qui passe. Il est juste à mes côtés, un cigare à la bouche, fripé de la tête aux pieds, il doit bien avoir plus de 80 ans. Ce sont les yeux qui m’inquiètent le plus, il semble ne rien voir et quand je croise son regard, je me sens transparent... Mais il n’y a pas d’âge pour être un mort vivant...

Il est 21h en sortant du restaurant, les gouttes commencent à tomber. J’ai bien des chaussettes dans mes nu-pieds pour ne pas avoir froid, mais s’il pleut vraiment cela va devenir problématique... J’active le pas pour retrouver mon refuge solitaire. À quelques dizaines de mètres il y a un poste de police municipal, mais ils doivent être très occupés je n’y vois jamais personne...

A tout hasard mon portable sonnera à 6h30, mais comme d’habitude je serai déjà les yeux grands ouverts... Je suis bien dans mon duvet et je m’enfonce dans un sommeil réparateur, je suis toujours là, merci à LUI...

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- Les photos ont été prises par l’auteur pendant son pèlerinage.

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