Accueil du site Sur les routes Espagne Le Camino del Ebro Etape 19 : De Redecilla par Belorado à Villafranca Montes de Orca
Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 19 : De Redecilla par Belorado à Villafranca Montes de Orca
Camino del Ebro : 493 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Samedi 23 septembre 2006
Etape de 24 km

Il fait froid ce matin et cette nuit je suis sorti de mon duvet à 3h pour fermer la fenêtre du dortoir restée grande ouverte... Il semble que des canadiennes qui font suivre des duvets d’hiver semblent avoir eu trop chaud... !

Il est maintenant 7h tout le monde se prépare dans le silence. Quel contraste avec la soirée chaleureuse d’hier entre Julien le Marseillais, Hervé et Jacques les deux jeunes parisiens à l’allure de jeunes cadres aux dents longues... Tous m’ont fait passer une bonne soirée dans une ambiance vraie et décontractée. Le matin un dortoir de pèlerins est le reflet de nos préoccupations individuelles. Chacun est accaparé par son intendance et c’est à ce moment là au milieu de tous les autres que la solitude est évidente... Curieux contraste avec la soirée. Chacun le matin ne s’occupe que de lui-même dans un silence ponctué de quelques sourires qu’accompagnent de brefs bonjours... Beaucoup écoutent et jugent de leur possibilité pour la journée à venir. Il y a de la joie sûrement, mais aussi une sorte de peur de l’inconnu pour certains. Gérer une progression dans une démarche où il faut écouter ses besoins physiques et spirituels, en espérant que la journée se passera bien, déclenche un processus inhabituel... Chaque jour il y a le « risque » d’oublier quelque chose, mais cela ne serait pas dramatique. Il résulterait simplement d’être obligé d’arrêter le camino et de retourner chez soi... Chaque pèlerin sait inconsciemment dans son cœur que l’obligation d’abandonner le chemin serait un crève cœur...

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L’église très simple de Villafranca

Oui, il y a de la peur dans la perspective d’une journée inconnue. Nous sommes habitués à être assurés, rassurés ou protégés et l’heure à venir est le plus souvent sans surprise physique ou morale. Combien d’hommes sont-ils encore capables de croiser un SDF sur un trottoir à la tombée de la nuit... ? Sur le Camino c’est tout l’être qui découvre sur lui-même et il avance avec dans sa mochila toutes les peurs du monde : peur du froid, peur du chaud, peur de la faim, peur de la pluie... ! En résumé surtout peur de lui-même. La chose qui semble faire le plus peur à ceux qui envisagent de faire le chemin de Compostelle c’est de partir seul... !

Je pars, il est 7h30. Certains sont partis une heure avant le lever du soleil à la lumière des torches. Il est vrai que les journées raccourcissent à vue d’œil, c’est le moment de le dire. Depuis le début de mon voyage, je vois chaque matin le soleil se lever, c’est un privilège rare. L’homme qui dans sa vie se réserve le plus souvent possible de tels instants n’est pas tout à fait comme les autres... J’en suis sûr, côtoyer la nature et le beau fait de nous une personne meilleure et surtout nous donne envie d’Aimer sans raison...

C’est en passant à Belorado que je retrouve un vrai petit-déjeuner et c’est souvent un de mes moments préférés de pèlerin. Me retrouver le matin devant mon « café con leche » et du pain beurré après quelques heures de marche est un vrai plaisir. Le Camino a la capacité de vous réapprendre la jouissance des choses simples... !

Nous sommes maintenant dans la Castille, nous avons de plus en plus l’impression d’être sur une plaine infinie avec uniquement des champs à céréales. Nous sommes dans le grenier de l’Espagne. En fait, pendant plusieurs étapes, je serai sur un plateau presque toujours entre 800 et 900 mètres... En Castille les étés sont brûlants et les hivers très rigoureux...

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Des pèlerins Allemands qui se soignent les pieds...

Je veux équilibrer mes étapes et ne pas m’arrêter à San Juan de Ortega ni même à Burgos. Dans cette dernière ville je prendrai juste le temps de flâner dans la ville de mon grand-père maternel. Je vais donc faire étape à Villafranca au pied des monts Orca. Juste avant d’arriver au village (environ 300 habitants) il y a les restes du monastère de San Felix où fut enterré Diego Rodriguez Porcelos justement le fondateur de la ville de Burgos. Je viens de rencontrer les deux jeunes parisiens avec qui j’ai partagé mon dîner hier, ils veulent aller jusqu’à San Juan de Ortega effusion rapide et nous nous séparons définitivement. Ils vont quitter le chemin à Burgos... Je suis dans l’albergue du refuge de Villafranca Montes de Orca, il est 16h. J’étais installé dehors, mais il fait vraiment froid. Je suis dans le dortoir sur une longue table commune. Certains discutent, d’autres grignotent ou se font un café, mais plusieurs font la sieste que je ne sais pas faire même après 7 ou 8 h de marche... Demain matin les premières heures seront un peu rudes pour marcher vers les monts Orca à une altitude de 1200 mètres. Il faudra bien se couvrir il fera froid... En attendant je vais faire quelques courses pour ce soir, même que je vais me servir du micro-ondes de la cuisine pour exceptionnellement dîner au refuge...

C’est samedi je reviens du petit restaurant du village au bord de la route. Il y aura trop de monde ce soir et il faut prendre un tour de rôle pour dîner. Je n’ai pas envie d’en sortir à 22h... Je suis devant un café-crème justement dans ce bar et assis à la table à côté il y a un jeune couple d’Espagnols. Avec Monica et José il va se passer quelque chose que je ne sais pas qualifier... ! Un de ces instants indéfinissables comme seul le camino vous en donne la surprise... Comme une communion à trois pendant une heure de discussion sur une foule de sujets qui nous a fait partager à l’évidence un moment de bonheur et de connivence. Nous parlons d’Amour, les mots ne sont pas trop forts... ! Pourtant je ne reverrai plus jamais Monica et José... Ils seront une image forte de ce camino... !

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Un autre environnement...

Mon Dieu tous les ans je me dis que c’est fini, je n’envisage plus de faire à nouveau un chemin en Espagne... Seulement voilà, cet hiver ou dans plusieurs mois, il y a tous ces moments de félicité qui reviendront dans mon cœur : un paysage, des pierres, un panorama, un matin ou un moment fort... Alors, malgré le souvenir de quelques souffrances, il y aura un manque et un désir furieux de redevenir un nomade pour, par hasard, retrouver ces moments d’Amour.

Je suis dans mon lit, il y a encore de la lumière dans le dortoir, normal il est un peu plus de 21h. Il y a déjà quelqu’un qui ronfle... ! Partageant cette musique, ma voisine, une allemande un peu rondouillarde, échange un sourire avec moi avant de se glisser elle aussi dans son duvet. J’espère pour elle qu’elle a prévu comme moi des bouchons pour les oreilles... Voilà je suis dans mon silence, mon corps fatigué est pourtant indolore, j’ai la forme. Je suis presque au milieu de mon périple, tout va bien... Merci à LUI.

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