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Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 32 : De Pereje par Trabatelo et La Faba à Ô Cebreiro
Camino del Ebro : 871 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Vendredi 6 octobre 2006
Etape de 23 km

Très dure journée, même le carnet où j’écris ces lignes est encore humide. Il était pourtant dans une sacoche autour de ma taille J’ai aussi depuis hier des problèmes avec mon appareil photo, le numérique n’aime pas l’humidité. Il fonctionne une fois sur deux... !

Bonne soirée hier à Pereje, j’ai mangé très correctement : soupe de lentilles saucisses et poisson bien doré à la poêle avec deux verres de vin du Bierzo pour bien dormir... !

Il fait nuit quand je sors du refuge ce matin pour une étape qui semble courte avec ses 23 km, mais vu le mauvais temps et le dénivelé en fin d’étape, elle va être difficile... Il pleut de plus en plus et cela va durer toute la journée et même la nuit prochaine... Je me résigne à avoir les pieds humides pendant la fin de mon voyage. Hier soir j’ai essayé de consolider les semelles de mes chaussures avec de la colle forte... ! Heureusement elles vont tenir jusqu’à Saint-Jacques. Depuis Rabanal Del Camino le temps est bouché, il est devenu totalement automnal. J’ai déjà parcouru ces étapes et connu ces fabuleux paysages en d’autres temps avec un soleil radieux. Ce mauvais temps est une expérience que j’accepte, mais je trouve cela dommage pour ceux qui font le voyage pour la première fois.

Je traverse Trabadelo non sans m’arrêter dans son bar pour un copieux petit-déjeuner. Avant de partir de Pereje, j’ai juste avalé deux petites bouteilles de chocolat au lait froid. Il y a là un pèlerin que je connais un peu. Il m’annonce que mes deux amis espagnols demandent partout de mes nouvelles... ! En fait, ils ont fait étape à Trabadelo et hier soir nous étions à trois kilomètres les uns des autres... ! Le matin, les toasts de pain beurré avec de la confiture me donnent la pleine forme. Je reprends ma mochila avec optimisme malgré la pluie qui tombe, mais j’ai toujours aussi les pieds humides... ! La route est facile dans cette vallée du Valcarcel, il y a même une succession de petits villages très typés, mais aussi des bars qui affichent des publicités pour les taxis. Ils offrent la possibilité de faire transporter la mochila à l’Ô Cebreiro ou même de se faire transporter pour éviter le brusque dénivelé de fin d’étape. Il fait passer le pèlerin de 500 à 1300 m en neuf kilomètres parfois très rudes.

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Le dur chemin vers l’O Cebreiro

Je sors d’Herrerias il me reste les fameux derniers 9 km à faire... Il pleut, le vent est parfois violent, il souffle en bourrasque. Cinq cents mètres plus loin le Camino est un chemin de terre et je traverse par un petit pont de pierre le Valcarcel devenu ruisseau. La difficulté se révèle brusquement comme si elle voulait se cacher jusqu’au dernier moment. Le chemin devient un vrai sentier de montagne, les pierres roulent sous mes pas et l’eau ruisselle de partout. Mes deux bâtons me sont bien utiles. Monter à 1300 m ne devrait pas être une grosse difficulté pour moi qui me promène souvent dans les Pyrénées. Les circonstances sont cependant différentes, le temps est défavorable, la mochila a déjà parcouru 900 km sur mes épaules et je sais maintenant que mon corps s’adapte plus facilement à la chaleur qu’au froid... Le chemin est fait de rochers et de dalles de pierres jusqu’à La Faba. Un peu après il se fait plus clément et il monte à travers d’immenses étendues de bruyères. Arrive Laguna de Castilla dernier hameau de Léon, peu après une borne indique que nous entrons en Galice. Compostelle est exactement à 152 km.

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"Pallozas" d’El Cebreiro
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Chapelle de Santa Maria la Real

Dans la brume, j’aperçois enfin les murs extérieurs du monastère de l’Ôcebreiro lieux symboliques du Chemin de Saint-Jacques. Il existe des documents indiquant qu’Alphonse VI confia en 1072 le monastère à des moines français de l’abbaye Saint-Gérault d’Aurillac et qu’ensuite il passa aux mains des bénédictins... Je passe à côté de l’église Santa Maria la Real [1] et pour sa fête du 8 septembre, il y a ici des milliers de personnes qui viennent faire le pèlerinage. Nous sommes dans un hameau de 50 habitants, mais il y a un refuge pouvant accueillir une centaine de pèlerins. A l’O Cebreiro il y a toujours de l’animation, mais aussi des touristes qui viennent en autobus. C’est un beau village, la pierre et les toits en chaume donnent une rusticité au lieu et un aspect médiéval bien conservé. L’air et la pierre du lieu semblent restituer pour le pèlerin la mémoire du temps et parler à tout son être... Alors il entend un message d’humilité et de fierté, un mélange d’Amour pour lui-même en laissant son ego en sommeil... La sérénité du cœur sur le camino semble indéfinissable et incommunicable...

J’ai marché 6 heures environ sous la pluie et il pleut toujours quand je pénètre dans ce refuge très bien aménagé et heureusement aujourd’hui un peu chauffé... Je suis mouillé des pieds à la tête, mais je n’ai pas eu froid de la journée. Je dégotte avec bonheur un lit individuel, je me change complètement et après une douche chaude je suis un homme neuf... Il est 15h30 et toujours en forme pour me précipiter dans un restaurant à côté et déguster une formidable soupe aux choux et aux pommes de terre. La serveuse me laisse la soupière et pendant le temps que je la vide, je crois bien être le plus heureux des hommes... Rassasié, je regarde le va et vient des pèlerins autour de moi, toujours quelques têtes connues évidemment et je croyais bien surprendre les Miguel’s au refuge, mais ils restent introuvables.

Je reviens au refuge environné d’une brume de montagne. Impossible de découvrir aujourd’hui le magnifique paysage offert ici... Il est 16h30 dans le hall d’entrée, je vois arriver un groupe de Français déjà rencontré il y a quelques jours. Ils sont neuf, les mochilas suivent dans une voiture... ! Avec assurance, l’un de ces voyageurs présente à l’hospitalier les neuf passeports de pèlerins. Se produit alors l’inattendu pour eux, cet hospitalier rigoureux veut bien leur donner des lits, mais ils devront attendre 19h30 et la venue possible des derniers pèlerins... L’hospitalier ne veut pas avoir à refuser des lits à des pèlerins fatigués qui montent avec une mochila et qui sont peut-être encore sur le chemin... !

Je suis dans la grande cuisine du refuge, Italiens, Espagnols, Français, Allemands, Canadiens etc, etc, et aussi toujours autant de Québécois... Bonne ambiance et toujours ce nivellement, bien malin celui qui pourrait deviner l’origine sociale de celui-ci ou de celle là... Dans les couloirs, qui pourrait revendiquer une position ou un statut quand des hommes un peu bedonnants se promènent en slip ? C’est même le cas pour les femmes en petite tenue qui ne sont pas dans les meilleures conditions de représentation... ! Encore que... ! Je viens de croiser une jeune Allemande qui sortait de la douche en tenue correcte, mais légère et qui n’avait pas besoin d’artifice... !

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Le refuge de l’O Cebreiro

Nous sommes encore une dizaine au restaurant, mais beaucoup de têtes nouvelles... Je ne m’attarde pas trop, les jours derniers ont été un peu difficiles et demain j’ai encore une étape assez longue. De plus le resto est bruyant, j’ai envie de calme... Quand je me glisse vers 21h dans mon duvet, je suis serein, j’entends la pluie tomber et m’endormir avec ce petit bruit est jouissif... Encore quatre étapes et je suis à Saint-Jacques, je vais retrouver mon Frère Luis et son ami Manuel. Il faut que je l’appelle au téléphone, mais je n’ai aucune nouvelle depuis presque deux mois... La dernière fois je lui annonçais mon arrivée vers le 12 octobre... Je dors déjà... Merci à LUI

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El Peregrino

Les photos ont été prises par l’auteur pendant son pèlerinage.

[1] La chapelle de Santa Maria la Real est toute simple mais émouvante et à l’intérieur, il y a la belle statue romane de sainte Marie la Real, patronne du canton. Il y est également exposé le précieux calice et la patène du XIIe siècle qui rappellent le célèbre Miracle du Cébreiro. Un paysan était monté au Cébreiro un jour de terrible tempête de neige pour assister à la messe. Le moine de peu de foi qui officiait le méprisait en son for intérieur d’avoir pris tous les risques, c’est alors que, par extraordinaire, l’hostie et le vin contenu sur la patène et dans le calice se transformèrent en corps et sang du Christ. Le paysan dévot et le prêtre incrédule sont maintenant enterrés dans la même chapelle...

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