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Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 37 : De Arca à SANTIAGO DE COMPOSTELLA
Camino del Ebro : 1023 km parcourus

par El Peregrino


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Mercredi 11 octobre 2006
Etape de 20 km

Il est 5h30 à ma montre... ! J’ai déjà les yeux grands ouverts pour mon dernier jour de nomadisme... J’ai en moi le bonheur d’atteindre un but que je me suis fixé, mais j’ai aussi comme l’interruption provisoire d’un Amour, comme une vacance obligée que la raison prévoyait, mais que le cœur refuse...

Le dortoir est silencieux, je suis assis sur mon lit, il n’y a personne dans le lit au-dessus de ma tête. Il fait un peu froid en sortant de mon duvet. Je récupère ma lampe frontale et comme tous les matins, je masse mes pieds avec cette pommade que j’utilise depuis de nombreuses années maintenant... Comme à plaisir, je m’attarde un peu. Maintenant, d’autres pèlerins qui ont le même objectif que moi se préparent aussi. J’efface la buée sur la vitre de la fenêtre, il fait nuit noire et il pleut... ! Toujours avec le seul éclairage de ma frontale, je me glisse hors du dortoir. Là, je peux allumer un plafonnier pour finir de me préparer sans réveiller personne. Nous ne sommes que trois ou quatre dans le salon et chacun peut ingurgiter quelque chose à manger avant de prendre la route. Voilà, je suis prêt, ma « maison sur le dos » je quitte le refuge... Ma « maison sur le dos »... C’est une expression que je découvre à l’instant... ! Elle me plaît bien... ! Comme si chaque matin le nomade partait avec ce qui est important en abandonnant les fardeaux inutiles... Je n’arrive pas à traduire ce sentiment, les mots me manquent, mais je sais que ce qui est important pour un homme ordinaire l’est aussi pour le Trappiste dans sa cellule. C’est de s’aimer soi-même, de savoir Aimer et de se savoir Aimé... !

Sept heures, nuit noire et il pleut.... Qu’importe, les premiers kilomètres je les fais en marchant au bord de la route... Je triche un peu pour gagner presque 2 km et être certain d’arriver vers onze heures à Santiago. Cheminer sur la route est un peu dangereux et je fais attention quand des camions me croisent. À chaque passage, un courant d’air violent a tendance à me déstabiliser et le poncho accentue les effets... Heureusement, la pluie a cessé rapidement en sortant du village d’Arca. Je peux enfin me débarrasser du poncho, je n’ai pas eu le temps de trop transpirer dessous, mais je le garde avec précaution sous la main. Mon coupe-vent jaune canari est le bienvenu, même si par-dessus, j’ai enfilé un plastron en polaire noire, au moins les manches jaunes reflètent bien la lumière des phares...

Je marche d’un bon pas, la pluie a cessé, j’arrive en bout de piste de l’aéroport de Compostelle, un avion passe à une centaine de mètres au-dessus de ma tête... « Labacolla » est aujourd’hui connue pour son aéroport et son nom vient de celui de la célèbre rivière. Aimeri Picaud, le prêtre poitevin en parle en latin dans ce premier « guide touristique » en 1130 : « C’est une rivière, appelée Labacolla parce qu’à un endroit touffu par lequel elle passe, à deux milles de Saint-Jacques, les pèlerins français qui se dirigeaient vers cette ville enlevaient leurs vêtements et, par amour pour l’Apôtre, ils se lavaient non seulement les parties (mentulas) mais aussi tout le reste du corps... » Voilà enfin Monte Del Gozo (Montjoie) appelé ainsi parce que de cette colline on aperçoit enfin la ville de l’Apôtre. Mon cœur palpite... C’est aussi ici qu’il y a un complexe hôtelier de 800 places possibles que je dédaigne pour continuer vers la ville. Incroyable, même le soleil se met de la partie, il éclaire la ville qui s’étend à mes pieds. Je descends un escalier qui me conduit vers ce pont juste à l’entrée de la ville et là, il y a cette plaque ordinaire, trop ordinaire pour un pèlerin et qui signale : « Santiago ». L’entrée de la ville est l’entrée d’une ville moderne de 88.000 habitants. Il ne reste alors au pèlerin qu’à suivre les panneaux « Ville historique ». Il est presque onze heures, j’accélère le pas, encore une bonne demi-heure pour atteindre la cathédrale. Peut-être moins d’ailleurs, mais il y a de la fébrilité en moi et les trottoirs de cette avenue me semblent interminables... Voilà enfin la vieille ville et ses petites rues étroites qui ont tellement de charmes. J’arrive par le côté de la cathédrale, une rue étroite, je ne vois pas les touristes pourtant nombreux... Je franchis les derniers mètres avec une pensée précise dans mon cœur et je passe sous l’Arco Del Obispo qui donne l’entrée à cette place monumentale de l’Obradoiro... J’avance tout doucement vers le milieu de la place, la cathédrale est dans mon dos, je respire trop vite, là au centre, il y a la coquille Saint-Jacques sculptée dans la pierre, je laisse tomber ma mochila au sol et je me retourne vers ce monumental édifice tellement désiré. Doucement les larmes viennent, je ne peux rien y faire, je m’allonge sur les dalles de pierres les yeux tournés vers la cathédrale et je me laisse envahir par les pleurs et la douce chaleur du soleil...

Cette place est un livre d’histoire, à ma gauche l’Hostal de los Reyes Catholicos splendide hôpital pour les pèlerins fondé en 1492.

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La Cathédrale Puerta de las Platerias

À droite se trouve le Colegio San Jeronimo fondé par l’archevêque Alonso III Fonseca (1507-1523), c’est aujourd’hui le siège du rectorat de l’université. Derrière moi, l’imposante façade néoclassique du Palacio Rajoy édifié par l’illustre archevêque Bartolomé Rajoy y Losada (1751-1772).

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Palacio Rojoy

Devant moi évidemment la façade de l’Obradoiro, symbole de Santiago, qui depuis l’an 899 se transforma maintes fois pour devenir la basilique qu’elle est aujourd’hui...Depuis des siècles, des millions de pèlerins ont pleuré, chanté, prié, pour être à l’endroit même où je suis maintenant...

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La Cathédrale de Santiago

Cette place me donne une sensation d’éternité, une sensation de temps sacré...

Je reste là, je ne sais pas combien de temps... Je reviens à moi, il faut que j’aille demander mon dernier visa sur mon passeport de pèlerin avant la messe de midi. Je ressors du bureau d’accueil avec ma Compostella, un certificat en latin imprimé à l’ancienne et qui atteste de mon pèlerinage. Il sera le quatrième sur le mur de mon bureau... En revenant sur la place, je tombe dans les bras de mon Frère Luis. Il est toujours là, toujours fidèle en amitié, non c’est mieux que ça, il faut dire toujours fidèle en Amour tellement il respire la fraternité. Je suis ému... S’ajoute alors une autre palpitation qu’il faut dominer, voilà que les Miguel’s sont là... ! Le boxeur et le Madrilène me prennent dans leurs bras comme s’ils retrouvaient un Frère de sang... C’est un peu trop en quelques minutes... J’avale un sanglot, que je veux invisible, mais j’ai vraiment du mal à le masquer... Nous nous retrouvons tous les quatre autour d’une table pour boire le verre de l’amitié et nous raconter un peu. C’est un moment fort et inoubliable... Merci à LUI.

Il est midi, les cloches sonnent, elles annoncent la messe des pèlerins. Notre petit groupe ressort du bar pour se diriger vers la cathédrale et assister à l’office. Beaucoup de ceux qui sont encore sur la place convergent vers la basilique. Pour tenter d’éviter la foule, nous faisons le tour par le sud pour entrer par la Puerta de las Platerias. Cela s’avère inutile, l’édifice est comble. Nous arrivons cependant à nous glisser assez près du maître-autel et j’ai même le privilège de me voir proposer une place assise juste à l’aplomb du trajet effectué par le « Botafumeiro ». C’est une dame qui impose à toute une travée de se serrer pour faire place au pèlerin... Je ne vous dirais rien de l’heure qui a suivi, elle est trop personnelle... Mais quelques mots sur le spectaculaire « Botafumeiro ». Tombant devant le maître-autel, il y a une grosse corde.

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Voute dans la cathédrale et attache du « Botafumeiro » (Photo G. Buecher un ami)

Celle-ci est fixée à la voûte à un endroit très particulier... ! Au point précis de cette fixation vous pouvez deviner un œil dans un triangle... ! ! ! Au bout de cette très longue corde, qui semble tomber du ciel le « Botafumeiro », gigantesque encensoir en argent. Deux fonctions pour lui, dans les temps anciens à l’arrivée des masses humaines, il rendait l’air ambiant plus supportable à l’intérieur de la cathédrale. La tradition pour honorer le Grand Architecte et tous les pèlerins présents est restée. Huit hommes, appelés en galicien « Tiraboleiros » (du latin turibulum, encensoir) l’élancent vigoureusement d’un bout à l’autre du transept, traçant un demi-cercle dont le diamètre, quand il touche presque le plafond arrive à atteindre 50 mètres... !

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Mauvaise photo du " Botafumeiro"

Mon appareil souffre encore et les photos d’aujourd’hui ne sont pas fameuses, mais elles vous donneront une petite idée d’un cérémonial spectaculaire qui est le même depuis des siècles...

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Les adieux aves les Miguel’s
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Comme des frères de sang à Santiago ...

Nous ressortons tous les quatre de la basilique avec un soleil radieux. Finalement, ce soleil aura été présent pour le dernier jour à chacun de mes pèlerinages à Compostelle, j’aurais eu cette chance... Vient maintenant l’heure des séparations définitives, le boxeur et le Madrilène semblent très émus et moi peut-être plus... Pour chacun de mes voyages depuis l’année 2000, des visages d’hommes sont restés et resteront définitivement dans ma mémoire. Pour ce dernier pèlerinage, c’est l’image de ces deux hommes qui me restera... À chaque fois il y a eu ainsi des fraternités fortes dont le souvenir est irremplaçable...

Je m’éloigne avec mon Frère Luis. Il est 14h, nous allons retrouver Manuel son ami non je dirais notre ami... ! Chaque fois que je passe à Santiago nous nous retrouvons tous les trois autour d’une table pour déjeuner et jusqu’à demain, il me sera impossible de participer financièrement... Je deviens le pèlerin Français invité par ses amis et Frères Galiciens... Je crois que rencontrer ces deux hommes, c’est redécouvrir la phrase : aimez-vous les uns les autres...

Mon pèlerinage est terminé. Ce soir je suis reçu chez Luis par sa charmante épouse, demain le camino me manquera déjà...

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Les photos ont été prises par l’auteur pendant son pèlerinage.

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Etape 37 : De Arca à SANTIAGO DE COMPOSTELLA
14 juin 2007, par Consania

Avec vous j’ai pleuré en "arrivant" devant la cathédrale du grand saint Jacques... Partager votre récit est un très grand privilège intérieur... De tout coeur, soyez remercié pour ce que vous offrez ainsi... Que Dieu vous garde, El Peregrino !


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