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Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 38 : De Saint Jacques de Compostelle par Transmonte à Negreira
Camino de Fisterra : 22 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Vendredi 24 mai 2002
Etape de 22 km

Nuit un peu agitée, je suis réveillé par la lumière qui filtre entre les persiennes de la chambre. Je regarde l’heure, il est 8 h, c’est une heure surprenante pour moi, il est rare que je sois encore sous la couette à une heure pareille... ! J’entends partir l’épouse de Luis et il doit m’attendre pour le petit-déjeuner. À 8 h 30, nous prenons le café ensemble et un petit-déjeuner qui va m’aider à faire face au mauvais temps... Il pleut, il y a du vent et curieusement malgré cela, la brume est si basse qu’elle semble traîner, accrochée à la cime des arbres...

Il est neuf heures, j’enfile mes guêtres et Luis m’aide à me vêtir du poncho. Il m’accompagne au bas de sa propriété, là où justement les flèches jaunes du Camino indiquent le passage. Il pleut toujours, après l’émotion d’une accolade, Luis reste sous son parapluie au milieu du chemin pour me regarder partir. Je me retourne une dernière fois, un signe de la main et je suis seul sur un sentier à peine marqué. Il commence aussitôt à grimper au milieu d’une végétation importante et qui semble vouloir étouffer le Camino.

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A nouveau la solitude...

Je me glisse littéralement entre de hautes fougères et des bosquets gorgés d’humidités. J’espère que mon poncho ne s’accrochera pas, c’est vraiment pas le moment. L’eau ruisselle sur lui, coule sur mes guêtres avec une telle intensité qu’après une heure d’un véritable crapahutage, j’ai les pieds humides... ! C’est une des rares fois où cela m’arrivera... Des eucalyptus odorants et majestueux dominent cette verdure. Les grosses gouttes qui tombent de leurs feuilles font un drôle de bruit sur la capuche de mon poncho. Il ne fait pas froid heureusement, mais j’ai presque trop chaud et mes lunettes se couvrent de buée. Parfois cela m’exaspère un peu, j’ai l’impression de progresser dans un univers inconsistant, vraiment dans le brouillard. Plusieurs fois pour revenir à plus de clarté, je retire ma capuche et en gardant mon chapeau de brousse, je laisse l’eau m’éclaircir les idées et faire disparaître la buée de mes lunettes... !

Le Camino a retrouvé un aspect un peu moins forêt vierge et malgré la pluie tout va bien. Il faut vous dire que tous ces inconvénients ne peuvent obscurcir le plaisir d’être là. Je n’ai pas de goût pour le masochisme, mais la beauté de l’environnement, associée à la drôle de lumière du ciel, provoque des couleurs exceptionnelles qui font tout oublier... Ne reste très sincèrement que le bonheur de vivre... Il m’arrive dans ces moments-là, d’avoir la certitude d’être au bon endroit, là où je dois être dans une osmose totale avec tout ce qui m’entoure... Merci à LUI...

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Pluie et soleil à Negreira

En redescendant de Transmonte, je trouve un bar ouvert au bord de la route. Il est environ 10h30,“ bons dia... ”, c’est le bonjour en galicien... Les hommes présents semblent distants et répondent sans montrer de curiosité pour mon accoutrement. J’engage des banalités avec un monsieur plus très jeune qui est accoudé au comptoir à mes côtés. Il semble aimable, mais sans plus. Très vite, les trois ou quatre personnes qui semblent des habitués retrouvent le silence. Je mange doucement mon sandwich accompagné d’un verre d’eau et d’un grand crème comme dessert... Mon voisin appelle le patron pour payer son verre de bière et il lui demande d’encaisser mes consommations, surprise de ma part d’une gentillesse que rien ne laissait prévoir... En partant, je lui sers la main et nos regards se croisent... Les Galiciens sont des gens accueillants qui aiment leur région, de temps en temps le voile se lève sur une attitude qui est plus de la pudeur que de l’indifférence.

La pluie a enfin cessé quand j’arrive à Negreira et le soleil prend le temps de m’accueillir avec un magnifique double arc-en-ciel. Le refuge est neuf et agencé comme une résidence, malheureusement il est à l’extérieur du village et il faut faire un kilomètre au moins pour trouver un restaurant.

Au rez-de-chaussée, je trouve un salon d’accueil avec des fauteuils confortables, une cuisine et des sanitaires, au premier, deux dortoirs de 15 lits individuels en bois et aux sommiers confortables. Je suis pour l’instant seul et ma prochaine nuit sera confortable. J’attends peu de temps pour avoir de la compagnie. Une très jeune Suisse et une Allemande en vélo arrivent au même moment, suivent une demi-heure après, un couple de Canadiens. Ces trois jours qui terminent mon voyage se feront dans des conditions climatiques un peu dures, c’est peut-être pour cela que je ne retrouverais personne les jours suivants... Les restaurants étant un peu trop éloignés, je décide exceptionnellement de me faire un peu de cuisine. Je ressors donc dans la soirée pour faire une balade et faire quelques achats. Menu du soir, sardines à l’huile, tomate, jambon, soupe et yaourts, le tout pas forcément dans le bon ordre... !

Nous resterons donc cinq pèlerins dans cette confortable auberge. La communication est un peu superficielle bien que les sourires s’échangent facilement. Nous n’aurons pas l’occasion d’être plus intime, l’une est en vélo, les autres semblent vouloir éviter de finir à pied jusqu’au “ bout du monde ”. J’ai la chance de n’avoir aucun problème physique et à ce jour en étant à l’écoute de mon corps et de ses réelles possibilités, j’ai vraiment la douce impression de pouvoir aller au bout du monde à ce rythme-là...

La soirée traîne en longueur et c’est dans un silence profond que je peux feuilleter le livre d’Aldous Huxley, la philosophie éternelle. À vrai dire, ce livre qui accompagne parfois mes réflexions, je ne l’ai pas ouvert très souvent pendant ce voyage... ! Le Camino de Santiago n’a pas besoin de support intellectuel, le vivre dans la simplicité et dans son exigence naturelle suffit largement à retrouver une spiritualité de l’universel...

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Le refuge de Negreira

Il va faire encore froid cette nuit, mais le refuge semble bien isolé, sans chauffage, la température est bonne. J’aurais souhaité demander une couverture, mais nous resterons dans le refuge toute la journée sans jamais voir notre hôtesse... C’est la première fois que cela m’arrive... Qu’importe, je vais passer une bonne nuit, pour être sûr de ne pas avoir froid, je garde mon survêtement et la nuit me donnera raison.

Je dors déjà, merci à LUI.

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- Le logo de l’article est une photo de Jean-Charles Rey. Nous le remercions de nous avoir autorisés à la publier.
- Les autres photos ont été prises par l’auteur pendant son pèlerinage.

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