Médecin généraliste : une révolution nécessaire
Rencontre avec le Docteur Le Danois
vendredi 19 octobre 2007

par Malwenn


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Actuellement on entend dire que la vie d’un médecin généraliste est difficile aussi bien à la campagne qu’en ville. C’est une profession qui demande beaucoup d’études, où l’on a beaucoup de responsabilités, et il semblerait qu’elle n’apporte plus le même niveau de revenus.
Alors sur le plan du niveau de revenu, il faut énormément nuancer. Un nombre de plus en plus grand de médecins ne s’en tire pas bien et en particulier les groupes, à cause des charges. Si on voulait vraiment qu’il n’y ait pas de problème financier, les honoraires devraient être énormément augmentés : au lieu de vingt euros, sûrement le double, parce que nous sommes tenus aux investissements, aussi bien pour les spécialistes que pour les généralistes, en équipements techniques de plus en plus lourds, et en personnel. Donc, à mes yeux on ne peut pas, sur un acte médical du généraliste, comme c’est le cas actuellement, lui demander de tout régler. Et c’est ça que personne ne veut voir en face. On ne peut pas, à la fois, payer une maison médicale, des secrétaires, tout ce que tu voudras comme matériel, avec vingt et un euro par acte pour le généraliste. Ça c’est une réalité. Pour tous ceux qui le veulent (l’argent), c’est quand même un moyen efficace... de gagner beaucoup d’argent en devenant un espèce d’aiguilleur à pas cher et en faisant des actes pas très valables ; les honoraires tombent dans l’escarcelle à toute allure. Problème ! Problème de fond. Alors, là, on va encore faire une révolution.

Vous auriez trente ans aujourd’hui, avec l’expérience, comment feriez-vous ?
Je referais exactement la même chose, mais cette fois-ci, j’essaierais d’entraîner, avant de m’installer, des collectivités territoriales qui sont justement en train de se sentir concernées. Suite au problème récent (en 2004) de la grève des gardes par les médecins généralistes, parce qu’ils voulaient une augmentation de leurs honoraires ; ils y ont pris goût et depuis les SAMU et tous les systèmes de garde d’urgence sont complètement engorgés, encore aujourd’hui, depuis ces deux ans ! Là, les communes, les villes, ont commencé à s’inquiéter. Et à Nantes comme ailleurs dans beaucoup d’autres communes. Déjà aujourd’hui, les mairies mettent un local à la disposition de médecins libéraux qui viennent pour prendre la garde une à trois nuits par mois. Dans ce cas, une partie de la profession a une indemnité de l’acte de garde, plus un petit quelque chose sans avoir à payer le local. Donc, les maires des communes sont en train de se rendre compte que pour garder un médecin en milieu rural, maintenant, il faut mettre à leur disposition une maison médicale et là, ils auront du monde mais pas autrement. Je simplifie un petit peu mais, c’est pour qu’on comprenne bien que là il y a un problème financier qui est important, qui est la clé de l’histoire, en grande partie. Mais, ça veut dire aussi qu’ils perdront, encore un peu, une partie de leur liberté. Donc, j’aurais à le refaire, je le referais mais en essayant d’engager les mutuelles, les assurances, etc., la commune évidemment, pour dire : voilà, moi je veux bien faire un groupe, de quatre ou cinq, (personnellement, je le ferais de cinq parce que c’est tout simple, cinq jours dans la semaine, une nuit de garde chacun son tour, etc., je reprendrais les mêmes objectifs qu’il y a cinquante ans, mais partagés).

Je sais quelles sont les grandes fonctions d’un médecin généraliste. Donc ces branches là, il faut essayer de les protéger : ce sont les urgences, c’est la prévention. Donc pourquoi est-ce que les centres de vaccination ne m’hébergeraient pas, moi, médecin, pour tout ce qui est vaccin et prévention ? Ça va plus loin que les vaccins, je dis vaccin parce qu’on comprend tout de suite, mais c’est aussi dans l’éducation sanitaire ; c’est-à-dire apprendre à se nourrir comme il faut, à avoir une activité sportive physique de tant d’heures par semaine pour tout un chacun, etc. C’est une partie que je pourrais ne pas avoir encore à financer : y passer un petit peu de temps et être rémunéré pour ça, oui, et là, je ne suis pas payé à l’acte.

Une autre fonction majeure en médecine générale, est la continuité des soins. Le dossier peut être chez moi, il peut être là où on prend les gardes, il peut être là où on fait la prévention, mais il existe et il va me suivre ou mieux, il va suivre le patient. Ce qui évite, entre autre, de recommencer des actes.

Et il y a un rôle de synthèse pour lequel il faut vraiment être compétent et ça c’est la plus belle fonction pour moi. Enfin, le diagnostic de départ bien sûr est important, mais la synthèse qui suit est très importante pour le patient. Vous allez voir demain votre généraliste, il vous envoie à un spécialiste, puis à un troisième pour autre chose, mais qui va expliquer à la personne par où elle est passée ? Elle n’a pas pu entendre ce qu’on était en train de lui dire parce qu’on lui apprend à demi mots qu’elle a tel type de maladie. Mais c’est au généraliste que ça revient, ça ! Il doit comprendre ce qui se dit dans le jargon et la langue médicale et l’expliquer aux patients et ça va jusqu’à la vie et la mort. Pour moi, c’est un rôle fondamental. Les liens avec l’entourage professionnel font aussi partie du métier de la médecine ; moi je pense que là, j’ai eu de la chance, encore une fois, mais je l’ai voulu : quand j’envoyais un patient à un spécialiste ou à l’hôpital, je peux vous dire que je pouvais passer du temps à composer mon courrier et à essayer de proposer au spécialiste les deux ou trois diagnostics auxquels je pensais et j’avais des réponses détaillées, instructives, évoquant même les incertitudes ! C’était aussi une formation médicale continue pour moi. Et pourquoi me répondaient-ils ? Parce que je me mouillais, même si je devais être ridicule. Si j’étais ridicule c’est que je ne savais plus ça, il fallait que je l’apprenne. Et ils me répondaient de façon détaillée, tout leur cheminement, et leurs doutes. Et ils savaient que moi, je ne donnerais jamais cette lettre au patient. Alors ça, c’est un débat actuel. Le patient a droit à son dossier, oui. Mais moi j’expliquais à mes malades qui me disaient : « Mais docteur, vous ne m’avez pas donné la lettre qu’il a écrit pour moi ». Je lui disais : « Oui, mais il a écrit dans une langue que moi, je comprends. Il me fait part de ses doutes et vous n’avez peut-être pas besoin de les connaître. Moi, je ne vous fais pas part de tous mes doutes ». J’en évoque quelques-uns. Vous n’allez pas foutre la trouille à quelqu’un. Et il repartait, je vous assure, confiant. Mais il faut avoir confiance. Sinon, là, nous sommes responsables encore de ce qu’on va transmettre. Donc, ça c’est un rôle magnifique ! Et je vous assure que je me sentais responsable, et les patients le comprenaient très bien. Pour moi, un dossier, c’est formidable et ça fait partie de la continuité des soins, et puis après, y compris, les fins de vie, etc. Mais moi, j’ai été content de mon métier grâce à tout ça.

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- Le portrait de Rabelais provient du site : http://www.medarus.org/
- L’image de couverture provient du site :http://toubi2007.blogspirit.com/
- La photo du Docteur Le Danois a été prise par l’auteur.

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