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Et aussitôt le coq chanta
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Cet article s’inscrit dans un vaste dossier : Via crucis, Via lucis La Bible est un merveilleux bestiaire du premier livre, la Genèse, où Dieu crée le cinquième jour « tous les êtres vivants qui glissent et qui grouillent dans les eaux selon leur espèce et toute la gent ailée selon son espèce » [1] et le sixième jour « les bestiaux, les bestioles, les bêtes sauvages selon leur espèce » [2] jusqu’au dernier livre, l’Apocalypse, où apparaissent quatre chevaux : un blanc, un rouge, un noir, un verdâtre. [3] Entre ces deux livres, en parcourant l’Ancien et le Nouveau Testament, le lecteur rencontrera une multitude d’animaux lors de scènes de la vie quotidienne (dans les champs, sur les routes, dans les lacs…), lors de récits bibliques (jardin d’Eden, arche de Noé, les 7 plaies d’Egypte…) ou dans les sacrifices rituels. Le coq a toujours eu une place importante dans les traditions qui ont précédé l’ère chrétienne en Occident comme en Extrême-Orient. Un millénaire avant notre ère, il a été choisi comme 10e signe du zodiaque en astrologie chinoise. Dans la tradition chrétienne, sur la « Voie crucis », le coq est présent dans les récits de la Passion du Christ et sera cité par les quatre évangélistes.
Dans les trois premiers évangiles, le souvenir des paroles de Jésus au chant du coq entraînera les larmes de Pierre. [7] Jean, quant à lui, ne mentionnera pas de larmes. Dans le christianisme, le coq symbolise donc l’appel à la vigilance et le réveil spirituel de l’âme endormie. Ce réveil se manifestera dans la nouvelle mission de Pierre : témoin de la résurrection du Christ puis chef et porte-parole de l’Église. « Oiseau solaire, le coq est pour le christianisme un symbole de résurrection : il annonce l’aube des temps nouveaux. Attribut de la vigilance, (...) il prend place à partir de l’époque carolingienne, au sommet des clochers afin de surveiller les alentours et d’éloigner les démons. » [8] Ainsi dans la tradition chrétienne, le coq annonce l’arrivée du jour après la nuit, de la clarté après l’obscurité, de la lumière après les ténèbres. Le reniement et le repentir de Pierre seront rappelés aux croyants du Moyen Age par la présence d’une girouette au sommet des édifices religieux. Le premier coq installé en haut d’une église le sera à l’initiative de Ramperto, évèque de Brescia, au nord de l’Italie autour de l’an 820. Cette girouette, âgée de 1200 ans, est restée quasiment intacte. Seules les plumes de la queue qui portaient à l’origine l’inscription dédicatoire annonçant sa date de création sont endommagées. Elle peut être considérée actuellement comme la plus ancienne girouette encore existante. [9] Selon la tradition, le pape Grégoire 1er (540-604) aurait déclaré le coq comme emblème le plus approprié du christianisme étant l’emblème de Saint Pierre. Le pape Léon IV (790-855) aurait fait placer la figure d’un coq sur la basilique Saint-Pierre à Rome. Le pape Nicolas 1er (820-867) aurait décrété l’installation de la figure du coq sur chaque église et la diffusion de cette pratique en occident. En haut de la Cathédrale Notre Dame de Paris a été placé en 1835, un coq en cuivre de 30kg avec à l’intérieur, dans un tube, trois reliques : une parcelle de la Sainte Couronne d’épines ainsi qu’un fragment des corps de Ste Geneviève et de St Denis. Pendant l’incendie de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, le 15 avril 2019, ce coq a échappé aux flammes mais il a été très abimé après une chute de 96 mètres de hauteur. Un nouveau coq en cuivre doré a été installé au sommet de la nouvelle flèche de la cathédrale le samedi 16 décembre 2023 dans lequel les reliques ont été replacées. Un parchemin y a été ajouté sur lequel figurent les noms de tous les Compagnons qui ont bâti la flèche. Et maintenant ? En ces temps nouveaux que nous attendons… Quelle est la mission du coq rencontré sur la Via crucis - Via lucis ? Ce volatile qui ne peut pas voler mais qui est placé au plus haut sommet des églises va-t-il enfin réussir à travers sa symbolique à nous détacher du matériel et du temporel pour nous élever vers le spirituel et la lumière divine ? |
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Les illustrations proviennent des sites :
[1] Gn 1,20 [2] Gn 1,24 [3] Ap 6,2 et 6,7 [4] Dictionnaire des Symboles, Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, collection Bouquins, 2021 p.325 [5] Mt 26,34 - Mc 14,30 - Lc 22,34 - Jn 14,38 [6] Mt 26,69 - Mc15,67 - Lc 22,57 - Jn 19,25 [7] Mt 26,75 – Mc 15,72 – Lc 22,62 [8] "La Bible et ses saints", Michel Pastoureau, Gaston Duchet- Suchaux, Editions Champs arts, 2021, p.180 [9] C’est une girouette en feuille de cuivre, à l’origine dorée ou argentée, créée en 820 ou 830 sur commande de l’évèque Ramperto pour orner le sommet du clocher de l’église de Santi Faustino e Giovita à Brescia. Ce coq a été retiré de son emplacement en 1891 pour être restauré et conservé au musée municipal, aujourd’hui le Museo di Santa Giulia. |
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