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Le sacrifice du dieu Odin
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Cet article s’inscrit dans un vaste dossier : Via crucis, Via lucis Il existe des concordances entre les récits de la Passion du Christ et les épisodes contés d’autres religions, qu’elles soient actuelles ou perdues dans l’Histoire. Mettre ces concordances en lumière est parfois une façon d’accoster sur de nouvelles rives de la compréhension, voire de la Connaissance. Pour situer les choses, rappelons que l’ancienne religion nordique est pratiquée dans les terres du Nord de l’Europe. Elle date des origines de l’âge du bronze et va jusqu’à l’âge des Vikings. Elle s’achève autour de l’an 1000 par la christianisation des territoires où elle s’exerce. [1] Aux prémices de cette histoire de l’univers, il y a une nuit éternelle puis une première génération de dieux et de géants. Après bien des aventures, l’univers, enfin ordonné, trouve son axe sous la forme d’un arbre gigantesque : Yggdrasil. "Le monde est à l’ombre de l’arbre cosmique Yggdrasil, axis mundi qui soutient les voûtes célestes. Selon les Scandinaves occidentaux, Yggdrasil est un frêne dans lequel se réunit chaque jour le conseil des dieux. Yggdrasil a trois racines qui s’enfoncent dans les trois mondes : celui des morts (Hel), celui des géants de glace, celui des hommes. Plusieurs sources jaillissent à son pied (...) : Urdhr, source du destin, Mimir, source de la sagesse, et Hvergelmir, source des rivières terrestres. De l’écorce de l’arbre s’écoule le liquide vivifiant aurr." [2] Dans la seconde génération de dieux se trouve Odin qui est considéré comme le Père de Tout. [3] Il est assisté de plusieurs animaux : ses deux corbeaux qui représentent la pensée et la mémoire parcourent le monde et lui rapportent ce qu’ils ont vu. Sleipnir, son cheval à huit pattes, peut galoper à travers tous les mondes, grâce à lui, Odin conduit les âmes des morts vers l’au-delà. Deux loups l’accompagnent partout. Odin a un grand désir de sagesse et de connaissance. Devant le puits sacré, il exprime le désir d’acquérir le pouvoir de clairvoyance. Il va pour cela sacrifier l’un de ses yeux. Il devient le dieu-borgne et se découvre capable de "voir" au-delà des apparences, au-delà du Temps. Plus tard, Odin veut avoir la connaissance des autres mondes et la révélation des lettres puissantes permettant de transférer le pouvoir du Verbe dans les dessins que sont les runes. Pour cela, il ne s’adresse pas à des puissances extérieures, il s’adresse au plus profond de lui-même, lui, le dieu des dieux. Il veut cette connaissance pour la révéler aux hommes. Dans ce but, il se donne volontairement un coup de lance au flanc et se pend à l’arbre-univers. Il y reste neuf jours et neuf nuits, sans manger et sans boire, jusqu’à ce qu’il soit en mesure d’extirper de lui-même, au comble de la souffrance et de la solitude, la sagesse secrète des 24 runes que dans un ultime effort il parvient à mémoriser avant que l’épreuve ne prenne fin au terme de la neuvième nuit.. C’est dans un sacrifice de lui-même à lui-même qu’il parvient à la Sagesse. [4] "Je sais que j’ai été pendu à un arbre venteux Ils ne m’ont donné ni pain ni boisson dans une corne, Odin, le dieu-borgne qui s’est sacrifié, a ainsi acquis une sagesse secrète et des pouvoirs nombreux. Les runes qu’il a découvertes, cet alphabet fait de quelques traits, incarnent des forces puissantes, capables d’agir sur la réalité. En chaque rune réside un pouvoir, celui de guérir, de révéler l’avenir, de rendre invincible ou de briser des chaînes. Il va enseigner leur usage aux dieux et aux hommes. Odin se pend volontairement à Yggdrasil, il y meurt symboliquement pour renaître détenteur du savoir. La quête spirituelle et mystique est un chemin qui ne se parcourt pas sans épreuve, sans sacrifice, sans traversée de la nuit obscure. Telle est l’une des leçons du dieu Odin. Dans l’histoire des anciens peuples nordiques, on trouve la mémoire de sacrifices humains en l’honneur d’Odin et de son propre sacrifice. [5] Les concordances entre le sacrifice d’Odin pendu au bois de l’arbre-monde et celui du Christ crucifié sur le bois de la croix sont nombreuses en terme de symboles : l’importance de l’arbre et de son bois, l’action de la lance, les blessures physiques, le sentiment de solitude... Mais peut-on aller plus loin dans ces parallèles ? Jésus "donne" sa vie, peut-on aller au-delà ? Selon les églises, il est le sauveur de l’humanité car il a "vaincu le péché". Son sacrifice concerne tous les hommes et non seulement ceux de son peuple. Selon d’autres lectures, il permet à l’ensemble de ceux qui se mettent en marche sur le sentier de la réalisation d’accéder - eux-mêmes - à un niveau de conscience plus élevé. Ces quelques remarques ne font qu’effleurer le sujet et le forum de cet article est ouvert à ceux qui voudraient partager ici d’autres analyses, d’autres intuitions quant à ces notions de sacrifices. |
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Les illustrations proviennent des sites :
[1] Il est intéressants de noter que ces pratiques sont sans prêtres, ni dogmes, ni lieux de cultes. [2] Extrait de "Dictionnaire des religions" de Mircea Eliade - Plon - 1990 - p.162 [3] Odin est également connu des peuples germains sous les noms de Wotan ou Woden. [4] Rien dans les textes ne précise qu’Odin aurait été pendu tête en bas par un pied. C’est une interprétation moderne qui permet de faire une correspondance facile avec la lame 12 du tarot : le pendu. Correspondance qui mérite une halte méditative tout de même... [5] Voir "Dictionnaire des religions" de Mircea Eliade - Plon - 1990 - p.165 |
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