![]() Accueil
Horizons traditionnels
Religions et Tradition
Traditions chrétiennes
Via crucis, Via lucis
Rencontres sur la Via crucis
Marie la Magdaléenne, l’apôtre des apôtres |
|
Marie la Magdaléenne, l’apôtre des apôtres
|
|
Cet article s’inscrit dans un vaste dossier : Via crucis, Via lucis Marie de Magdala était là, avec d’autres femmes, témoins de la crucifixion et de la mise au tombeau de Jésus. Chaque instant de ce calvaire lui est revenu durant le repos prescrit le jour du Sabbat. Les ténèbres ont envahi son âme depuis le début du supplice de la Passion de son aimé, elle qui l’a suivi à chaque étape de ce chemin. Les hommes étaient partis. Ont-ils fui par peur, par lâcheté, par honte ? Accompagnée des femmes qui ont marché sur les pas de Jésus depuis qu’il porte la Parole, elle a été une présence constante. Fidèles et courageuses, elles sont restées à distance. Blessées, en larmes, elles l’ont contemplé agonisant sur la croix en témoignage de fidélité et de confiance, malgré cette fin, malgré l’échec. Marie de Magdala ne veut pas croire en la mort de son aimé, son cœur et son âme s’y refusent. Au long de ces longues heures du Sabbat, elle a attendu avec impatience les premières lueurs de l’aube. Et alors que le soleil n’est pas encore levé en ce premier jour de la semaine, troisième jour de la crucifixion et de la mort de Jésus, elle se hâte vers le jardin de Joseph d’Arimathie et se précipite au tombeau pour accomplir les rites funéraires. Elle apporte des aromates et des parfums pour embaumer le corps de Jésus comme il est de coutume le troisième jour après la mort. Est-elle seule ? Est-elle accompagnée d’autres femmes ? En comparant les Évangiles synoptiques, les récits diffèrent. Selon Matthieu, les femmes ont ressenti un tremblement de terre et ont vu un ange descendant du ciel qui fit rouler la pierre obstruant le tombeau. Selon Marc, elles ont trouvé la pierre roulée et ont vu un ange assis dans le sépulcre. Selon Luc, deux anges sont apparus et les femmes ont trouvé le tombeau vide. Selon Jean, en ce premier jour de la semaine, alors que l’obscurité règne encore, Marie de Magdala se rend au sépulcre et constate que la pierre qui fermait le tombeau a été déplacée le laissant ouvert. Anéantie, pensant que celui-ci a été violé et que le corps du crucifié a été enlevé par malveillance, elle court avertir Simon-Pierre et « l’autre disciple que Jésus aimait ». Tous deux se précipitent au sépulcre mais l’autre disciple court plus vite que Simon-Pierre et arrive le premier à l’entrée du tombeau ; il se penche pour regarder à l’intérieur et il aperçoit les bandes à terre, cependant il n’entre pas. Simon-Pierre arrive et entre à son tour dans le sépulcre ; il remarque les bandes à terre et le linge qui avait été mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandes mais plié dans un lieu à part et constate l’absence du corps. Alors, l’autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entre et : « Il vit, et il crut. » Ils virent que le corps avait disparu mais Simon-Pierre comprit-il que Jésus était ressuscité des morts comme l’annonçait l’Écriture ? Alors que l’autre disciple, Jean, lui, crut : son regard a perçu la présence invisible de celui qui n’est plus là physiquement. Il sait que Jésus est ressuscité. Et ils s’en retournent chez eux. Marie de Magdala, désespérée par la disparition de ce corps qu’elle a oint par deux fois, pleure. Son esprit est dans l’incompréhension près du tombeau. Elle ne pense pas à la résurrection. En regardant dans le sépulcre, elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été déposé Jésus, l’un à la tête, l’autre aux pieds. Ces deux anges encadrent symboliquement l’espace que le corps du supplicié occupait. Le regard de Marie est attiré par ce vide accentuant davantage sa souffrance. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? ». Elle leur explique la raison de son chagrin : « Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis. » En disant cela, elle se retourne et voit un homme debout qui lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Pensant que c’est le jardinier qui entretient la propriété de Joseph d’Arimathie, elle lui répond : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai. » Pour seule réponse, l’homme l’interpelle « Maryam » (en araméen, « Myriam » en hébreu). Marie reconnaît le son de cette voix. Elle se retourne à nouveau et crie « Rabbouni ». Rabbouni en hébreu ne se traduit pas seulement par « Maître » mais plutôt par « Maître bien-aimé », ce qui révèle une proximité affectueuse et respectueuse entre eux. Proximité affective évidente de la part de Jésus qui l’appelle par son prénom de naissance : chez les Hébreux le prénom de naissance n’était utilisé que dans le cercle des intimes. Marie reconnaît Jésus car lui l’a reconnue en la nommant par son prénom. Elle n’est plus la pécheresse éloignée de Dieu par les sept démons qu’il avait chassés de son corps (certainement une grave maladie). Elle a réintégré l’alliance avec Dieu. C’est sa théophanie, son acte de foi. Il lui a fallu ces deux retournements pour croire en la résurrection de son Maître et passer de son état d’obscuration à la Lumière, passer de la mort à la vie. C’est pour elle une résurrection symbolique. Alors, elle s’approche animée par son amour inébranlable. Elle pleure de joie. Du désespoir, elle passe à l’état de grâce, à l’illumination. Mais Jésus lui dit : « Mê mou haptou », en grec, « Noli me tangere » en latin. « Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. » De nouvelles traductions proposent « Cesse de me toucher » car le temps employé avec la négation implique davantage ce sens. Jésus est maintenant dans une réalité divine, il n’est plus dans une réalité humaine. Marie peut se prosterner à ses pieds mais ne peut plus les baiser ou étreindre ses genoux comme elle le faisait auparavant. Cette phrase traduit l’union de Marie de Magdala et de Jésus par-delà les corps et le temps. Il s’agit désormais pour elle de croire et non de toucher. « Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » [1] Marie de Magdala part rapporter ses paroles « à ceux qui avaient été ses compagnons et qui étaient dans le deuil et les larmes. Et ceux-là, l’entendant dire qu’il vivait et qu’elle l’avait vu, ne la crurent pas. » [2] Jésus devait tenir Marie de Magdala en haute estime tant sur un plan spirituel que sur un plan intellectuel pour lui avoir confié ce qui constituera les bases du Christianisme. Après la résurrection du Christ, Marie de Magdala n’apparaît plus dans les Évangiles canoniques. A la lecture des Actes des Apôtres, il est imaginable qu’elle était présente dans le groupe qui assiste à l’Ascension du Christ et qui reçoit les langues de feu à la Pentecôte. En 1896, un papyrus écrit en sahidique, un dialecte copte, a été découvert en Égypte. Nommé « Codex de Berlin » ce manuscrit daté du IIe siècle est composé de quatre textes certainement rédigés en grec à l’origine. Le premier texte fragmentaire est l’Évangile de Marie, elle y est présentée comme l’amie intime, la disciple privilégiée du Maître, celle qu’il a aimée « plus que toutes les autres femmes » et qu’il a choisie pour être le premier témoin de sa résurrection. Celle qui s’est heurtée au scepticisme de Pierre qui mettait en question la crédibilité d’une femme dans cette mission de transmette la Parole. Marie leur dit : « Ce qui ne vous a pas été donné d’entendre, je vais vous l’annoncer… » Selon les Évangiles gnostiques de Thomas et de Philippe, elle est décrite comme la première apôtre, l’évangélisatrice qui a transmis aux disciples les enseignements secrets que « l’Enseigneur » lui avait confiés. Cette Connaissance de la Parole de Jésus fait de Marie la Magdaléenne, l’Intime, l’Élue, l’Initiée et l’Initiatrice, l’Apôtre des Apôtres.
« Trois marchaient toujours avec le Seigneur. Marie, sa mère, et la sœur de celle-ci, et Myriam de Magdala, que l’on nomme sa compagne, car Myriam est sa sœur, sa mère et sa compagne. » [3] Le texte de Jean relatant la résurrection peut être mis en concordance avec le Livre de la Genèse dans le récit de la Création : Dieu est un jardinier créant le jardin d’Eden et le confiant à Adam qui en devient le jardinier [4], de même le Christ se présente comme un jardinier dans le regard de Marie-Madeleine. Les deux anges présents dans le tombeau du Christ font aussi écho aux chérubins qui veillent sur le Jardin d’Eden. [5]. Quel est le message de Jean ? Jésus serait-il le nouvel Adam dans un nouvel Eden grâce à son sacrifice ? Marie-Madeleine serait-elle alors la nouvelle Ève ? Jésus et Marie ont cheminé ensemble sur la voie mystique. Ensemble, ils ont porté la Parole pour affirmer que Dieu est Amour et que tout est Grâce. Ils ont annoncé l’union entre l’homme et la femme.
« Jésus dit : lorsque vous ferez les deux êtres un, et que vous ferez le dehors comme le dedans, et le haut comme le bas ; et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus le mâle et que la femelle ne soit plus femelle… alors vous entrerez dans le Royaume. » [6] Le récit de Jean présente aussi de nombreuses similitudes avec le « Cantique des Cantiques ». Le 22 juillet, fête de sainte Marie-Madeleine, la liturgie catholique comporte un extrait d’un des poèmes dans lequel s’expriment l’amour de l’Épouse et sa peur de ne pas trouver l’Époux. |
Pour répondre à cet articlePour consulter le forum lié à cet article |
|
|
Les illustrations proviennent des sites :
[1] Jean 20, 17-18 [2] Marc 16, 10-11 [3] Évangile de Philippe 59, 6-11 [4] Gn 2, 8-15 [5] Gn 3, 24 [6] Évangile de Thomas, logion 22 [7] Cantique des Cantiques 3,1-4 |
Cette page a déjà été visitée 67 fois.
|
|
||
|
D'autres articles du site à consulter sur les thèmes traités ici : |
|
Accueil - Alphabétiquement vôtre - Sur les Routes - Horizons Traditionnels - Champs du monde - Vie du site - Plan |
![]()