Via dolorosa et Unicité
jeudi 26 février 2026

par Abd Al Haqq


Cet article s’inscrit dans un vaste dossier : Via crucis, Via lucis
Il appartient à la rubrique : Via crucis, concordances avec d’autres traditions

« Mes bien chers frères, nous devons apprendre à devenir ce que nous sommes déjà ; car nous sommes UN mais nous ne le savons pas encore »
Thomas Merton, moine cistercien du XXe siècle

La Via Dolorosa

La « Via Dolorosa », en français : « Chemin de la Souffrance » n’est pas seulement une rue de Jérusalem. C’est aussi une voie, un chemin spirituel emprunté par de nombreux mystiques, parfois volontairement, comme ces pénitents flagellants et autres porteurs de silices en rébellion contre leur incarnation, mais aussi, souvent par une obligation sociale, si l’on peut dire, infligée par l’autorité religieuse. La plus célèbre d’entre elles est celle du Christ, elle constitue un modèle.

Le Christ est un archétype

Le Christ est un archétype ; c’est-à-dire un modèle humain animé, construit sur un ensemble de caractéristiques spécifiques et identifiables regroupant un ensemble de critères physiques, psychologiques préfixés et reconnus par le public comme étant communes à une fonction ou un rôle déjà accommodé par la Tradition.

On trouvera facilement dans les religions antiques des modèles préfigurant le parcours du Christ depuis sa conception miraculeuse jusqu’à sa résurrection.

Selon Carl Jung, un archétype est ce qui organise et structure l’ensemble des processus psychiques de l’être humain. Il considérait le Christ comme l’archétype du « Soi », c’est-à-dire la totalité de la psyché, englobant les aspects conscients et inconscients. Christ, en tant qu’archétype, représente la plénitude et l’intégration de l’humain et du divin, l’expression du processus d’individuation. [1]

En ce sens, son cheminement est certainement peu ou prou commun à chaque être humain et l’on peut sans aucun doute retrouver dans l’histoire de vie de bien des gens les traces de ce modèle.

C’est peut-être pour cette raison que l’Église invite ses fidèles à la « Sequela Christi » c’est-à-dire marcher à la suite du Christ jusque sur la « Via dolorosa » : le Chemin de croix.

Raisons de la condamnation de Jésus

Il nous faut à présent examiner les raisons qui ont conduit l’homme Jésus à subir le supplice du Chemin de croix et de cette mort ignominieuse. Que se passe-t-il lors du procès devant le Sanhédrin (selon certaines sources) et devant le grand prêtre (selon d’autres) ?

Au questionnement des prêtres, Jésus répond : « Je suis » . [2] Or, cette locution est un blasphème pour un Juif car elle est le « nom de Dieu », le nom divin imprononçable que Dieu se donne Lui-même dans la Thora en une seule occasion, l’épisode du Buisson ardent. C’est, dans la tradition biblique, la révélation du Dieu Éternel à Moïse dans le pays de Madian. Lors de ce passage, YHWH l’appelle de l’intérieur d’un buisson qui brûle sans jamais se consumer. Dieu se donne alors un nom ineffable qu’Il confie à Moïse. Or ce nom signifie en hébreu « Je suis »  [3] et constitue, dans la bouche d’un humain un blasphème. (Il n’y a d’ailleurs pas de verbe « être » dans la Bible hébraïque ; cette occurrence est un hapax et nos traductions le rajoutent pour la compréhension du texte). En disant « Je suis » , pour les Juifs, Jésus se dit être Dieu et donc commet un grave blasphème punissable de mort selon la loi en vigueur à cette époque et en ce pays.

Il ne vous aura pas échappé que nous avons introduit ici une distinction entre le Christ, l’Archétype et Jésus, l’homme. Ce dernier deviendra, pour les Chrétiens « vrai homme et vrai dieu » (Conciles de Nicée et de Constantinople) et cela est juste si l’on considère qu’ayant réalisé le schéma archétypal, il a accompli le « Soi ».

Mais est-il le seul à avoir emprunté la « Via dolorosa » et souffert une mort ignominieuse pour avoir confessé son identité divine ? Nous pouvons trouver d’autres exemples dans l’histoire et des traditions différentes.

En Islam, pour commencer, nous trouvons des similitudes frappantes chez Al-Hallaj, par exemple.
Pour lire la suite de ce texte : "Qui était Mansur Al Hallaj ?"

Autres articles de l’aventure "Via crucis, Via lucis" traitant de thèmes évoqués ici


Accès au forum

Abd Al Haqq

 La photo d’en-tête a été prise par "Les Baladins de la Tradition" dans la chapelle Notre Dame de Grâce (Paris XVe)
 L’extrait du tableau de Jung provient du site : https://www.cgjung.net/
 La photo de la station 1 du Chemin de croix de la cathédrale de Chartres a été prise par "Les Baladins de la Tradition".


[1« J’emploie l’expression d’individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un in-dividu psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité… » G.G. Jung

[2Luc 22 ; 70

[3« Ehyeh Asher Ehyeh » peut être rendu en français par « Je suis ce qui est », ou par « Je suis ce qui suis » ou plus sûrement « Je être (tout ?) ce que être »

Cette page a déjà été visitée 116 fois.


Via crucis, concordances avec d'autres traditions

D'autres articles du site à consulter sur les thèmes traités ici :

Archétype
De la physiologie du mot à l’essence du verbe
Sophia perennis et physique quantique
Vers une théorie de l’art - la musique

Chemin de croix - Station 01
De la couronne à la croix
Tomar : la Passion du Christ (1)
Mains lavées, liées, clouées, trouées
I - Jésus condamné à mort
Mystères du chapelet : nombres et lumière

Chemin de croix - Via crucis
Du Gloria de la crèche à l’ange du tombeau
Pourquoi 14 stations au Chemin de croix ?
Sens de la procession du Chemin de croix
Amis lecteurs, cette page est la vôtre !
"Via crucis, Via lucis" : tous les articles

Christ

Eglise catholique
L’Unicité dans l’histoire de la pensée
Ecriture et tradition
Le martyr byzantin de Notre Dame du Puy-en-Velay

Etre intérieur (Soi, Sirr, centre secret)
Intégrité
Itsuo Studa
Rainer Maria Rilke
"Entrer dans le silence..."
Lorsque j’ai vu la couronne d’épines...

Jésus-Christ
Swami Premananda évoque notre monde, le futur, les religions...
IX - Jésus tombe pour la troisième fois
"Jesus…"
Rudolph Steiner parle du sang versé au Golgotha
Amma

Jung (Carl-Gustav)
Ma pierre
Carl Gustav Jung
Jacob Boehme et la naissance de Dieu

Réintégration
Angelus Silesius
Alphonse de Lamartine
Lettre à un jeune chevalier
Saint André
"Frère, l’humanité sera une..."

Sentier mystique
L’Ermite
"La qualité fondamentale du mystique est donc d’être lui-même."
Réintégration et... vinaigrette !
"Premiers contacts avec la Tradition"
L’échelle sur la Via crucis

Soi (Le)
"La prière unit l’homme à Dieu..."
Quand les pierres rencontrent le yoga...
« Il est bon que l’homme réagisse par des "pourquoi ?" »
Liberté
Initiation : un grand mystère bien ordinaire

Tétragramme
Elie, quelques préliminaires...
Agni, dieu de la Lumière
Judas trahit Jésus : vraiment ?
La Couronne de l’Avent : 4ème bougie

Tradition
Raymond Bernard : "pourquoi j’ai fondé le CIRCES..."
Soutenez ce site par un don !
10 ans !!! Bon anniversaire !!!
Plan général de l’étude sur Balzac
Jean-Pierre Bayard et la Tradition

Unicité
Maryam, bien aimée de Dieu
Epilogue...
Et voici que le voile du Temple se déchira...
La Théologie apophatique
Voyage symbolique en compagnie de la cigogne


Il y a actuellement 0 contribution(s) au forum.


Ajouter un commentaire à cet article

 


Accueil - Alphabétiquement vôtre - Sur les Routes - Horizons Traditionnels - Champs du monde - Vie du site - Plan
Copyright © 2002/2026 - Les Baladins de la Tradition