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Via dolorosa et Unicité
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Cet article s’inscrit dans un vaste dossier : Via crucis, Via lucis « Mes bien chers frères, nous devons apprendre à devenir ce que nous sommes déjà ; La « Via Dolorosa », en français : « Chemin de la Souffrance » n’est pas seulement une rue de Jérusalem. C’est aussi une voie, un chemin spirituel emprunté par de nombreux mystiques, parfois volontairement, comme ces pénitents flagellants et autres porteurs de silices en rébellion contre leur incarnation, mais aussi, souvent par une obligation sociale, si l’on peut dire, infligée par l’autorité religieuse. La plus célèbre d’entre elles est celle du Christ, elle constitue un modèle. Le Christ est un archétype ; c’est-à-dire un modèle humain animé, construit sur un ensemble de caractéristiques spécifiques et identifiables regroupant un ensemble de critères physiques, psychologiques préfixés et reconnus par le public comme étant communes à une fonction ou un rôle déjà accommodé par la Tradition. On trouvera facilement dans les religions antiques des modèles préfigurant le parcours du Christ depuis sa conception miraculeuse jusqu’à sa résurrection. Selon Carl Jung, un archétype est ce qui organise et structure l’ensemble des processus psychiques de l’être humain. Il considérait le Christ comme l’archétype du « Soi », c’est-à-dire la totalité de la psyché, englobant les aspects conscients et inconscients. Christ, en tant qu’archétype, représente la plénitude et l’intégration de l’humain et du divin, l’expression du processus d’individuation. [1] En ce sens, son cheminement est certainement peu ou prou commun à chaque être humain et l’on peut sans aucun doute retrouver dans l’histoire de vie de bien des gens les traces de ce modèle. C’est peut-être pour cette raison que l’Église invite ses fidèles à la « Sequela Christi » c’est-à-dire marcher à la suite du Christ jusque sur la « Via dolorosa » : le Chemin de croix. Il nous faut à présent examiner les raisons qui ont conduit l’homme Jésus à subir le supplice du Chemin de croix et de cette mort ignominieuse. Que se passe-t-il lors du procès devant le Sanhédrin (selon certaines sources) et devant le grand prêtre (selon d’autres) ? Au questionnement des prêtres, Jésus répond : « Je suis » . [2] Or, cette locution est un blasphème pour un Juif car elle est le « nom de Dieu », le nom divin imprononçable que Dieu se donne Lui-même dans la Thora en une seule occasion, l’épisode du Buisson ardent. C’est, dans la tradition biblique, la révélation du Dieu Éternel à Moïse dans le pays de Madian. Lors de ce passage, YHWH l’appelle de l’intérieur d’un buisson qui brûle sans jamais se consumer. Dieu se donne alors un nom ineffable qu’Il confie à Moïse. Or ce nom signifie en hébreu « Je suis » [3] et constitue, dans la bouche d’un humain un blasphème. (Il n’y a d’ailleurs pas de verbe « être » dans la Bible hébraïque ; cette occurrence est un hapax et nos traductions le rajoutent pour la compréhension du texte). En disant « Je suis » , pour les Juifs, Jésus se dit être Dieu et donc commet un grave blasphème punissable de mort selon la loi en vigueur à cette époque et en ce pays. Il ne vous aura pas échappé que nous avons introduit ici une distinction entre le Christ, l’Archétype et Jésus, l’homme. Ce dernier deviendra, pour les Chrétiens « vrai homme et vrai dieu » (Conciles de Nicée et de Constantinople) et cela est juste si l’on considère qu’ayant réalisé le schéma archétypal, il a accompli le « Soi ». Mais est-il le seul à avoir emprunté la « Via dolorosa » et souffert une mort ignominieuse pour avoir confessé son identité divine ? Nous pouvons trouver d’autres exemples dans l’histoire et des traditions différentes. En Islam, pour commencer, nous trouvons des similitudes frappantes chez Al-Hallaj, par exemple. |
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– La photo d’en-tête a été prise par "Les Baladins de la Tradition" dans la chapelle Notre Dame de Grâce (Paris XVe)
[1] « J’emploie l’expression d’individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un in-dividu psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité… » G.G. Jung [2] Luc 22 ; 70 [3] « Ehyeh Asher Ehyeh » peut être rendu en français par « Je suis ce qui est », ou par « Je suis ce qui suis » ou plus sûrement « Je être (tout ?) ce que être » |
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