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Initiations, obscurité, Christ et lumière |
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Initiations, obscurité, Christ et lumière
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Cet article s’inscrit dans un vaste dossier : Via crucis, Via lucis La tradition chrétienne nous offre deux exemples de personnages passés pour morts, mis dans une grotte ou un tombeau, puis réapparus quelque temps après. Il s’agit bien sûr de Lazare et du Christ lui-même. Ces récits fondateurs de la religion chrétienne sont loin d’être isolés dans l’histoire des traditions dans le monde. A des degrés divers, sur tous les continents, des pratiques de passage en cellule obscure sont attestées, allant de la simple initiation à la transfiguration totale. Il s’agit là d’une structure initiatique quasi universelle, lieus et époques confondus, utilisant une même logique : isolement, obscurité, transformation. Voici quelques exemples non exhaustifs bien sûr, puisque la plupart du temps il s’agit de pratiques réservées au domaine de l’initiation, donc discrètes voir secrètes. Au Gabon et au Cameroun, dans la tradition du "Bwiti", le novice est plongé dans l’obscurité pendant une partie du rituel. L’absorption de la plante Iboga favorise l’émergence de visions et la communication avec les ancêtres. On retrouve en Afrique de l’ouest des pratiques similaires dans la tradition "Poro", et son pendant féminin le "Sande". Dans les traditions chamaniques sibériennes et leurs cousines amérindiennes, le chamane est dit décomposé et reconstruit au cours de telles pratiques. Pendant son passage en cellule obscure, il fait la rencontre des esprits et traverse une mort symbolique, aidé ou non de plantes favorisant les visions. Une telle retraite appelée "Khalwa" existe également chez les soufis, au cours de laquelle le pratiquant récite le "dhikr" en autre, faisant l’expérience de l’unité et de la dissolution de l’égo. Dans l’histoire, les exemples sont nombreux également. Au cours des mystères d’Eleusis, le myste pénétrait dans le "Telesterion" obscur pour vivre des expériences tenues secrètes qui aboutissaient à la vision directe et finale appelée "Epoteia". Les archéologues évoquent bien la possibilité que les artistes qui ont peint dans des temps immémoriaux des figures sur la paroi des grottes aient été animés par le désir d’une connexion avec les esprits des animaux ou des ancêtres. Compte tenu de l’universalité des pratiques utilisant l’obscurité, il n’est ni absurde ni interdit de penser qu’ils aient été inspirés par les images visuelles que le passage prolongé dans l’obscurité provoque. Le point commun à toutes ces pratiques est de faire accéder l’initié aux visions par le moyen de la privation de lumière naturelle. L’utilisation qu’en font les traditions peut varier, allant de rites de passages sociaux à la transfiguration absolue de l’être. Cependant les structures initiatiques et le moyen utilisé restent similaires. Évoquons maintenant l’une des plus saisissantes traditions utilisant la cellule obscure, et surtout l’une des plus documentée. Il s’agit au Tibet de la tradition Dzogchen. Le Dzogchen est hébergée par un courant de la religion bouddhiste appelée "Nyingma", la plus ancienne au Tibet, et par la religion Bön, préexistante au bouddhisme dans cette région. Le terme Dzogchen signifie "grande perfection" et désigne la nature fondamentale de tout être, primordialement pure, intemporelle et intrinsèquement consciente. La pratique du Dzogchen consiste à demeurer dans cette nature sans s’en déporter. Une fois que le pratiquant, par sa pratique continue, a tranché toutes les émotions qui l’attachent aux apparences que l’ignorance lui fait percevoir comme objectives, il passe à la libération des formes que lui suggèrent les cinq sens à partir de traces mémorielles. Celles-ci construisent les reflets illusoires du monde dont il s’entoure et que tout à chacun appelle le réel. C’est là que le passage en cellule obscure intervient par la pratique de "Thögal". Toujours plongé dans sa nature fondamentale, il fait l’expérience des visions que procurent l’obscurité : des dieux, des villes, des paysages, des mandalas et quantité de phénomènes visuels apparaissent devant ses yeux. Tout cela semble tellement concret qu’il serait tenté de tendre la main pour les toucher. Mais, s’il ne se laisse pas déporter de son état primordial par une relation sujet-objet, il comprend que ce théâtre ne se déroule pas hors, mais en lui-même. Au sortir de sa retraite, il a fait un pas important vers la libération. Le réel a changé de camp, L’esprit qui lui semblait volatil est désormais fixe, et ce qu’il prenait pour fixe est volatilisé, rendu à son état d’émergence spontanée. Il réalise que le monde qu’il prenait pour objectif n’est pas différend des visions apparaissant dans la chambre noire. Le fruit de la pratique du Dzogchen est appelé corps d’arc en ciel. On peut citer comme maîtres ayant atteint ce stade avec de nombreuses sources aussi solides que possible, bien sûr disciples mais aussi autorités policières, témoins oculaires etc. : Certains de ces maîtres ne se sont pas contenté de disparaitre à la vue de tout à chacun, mais ont généré un corps tangible pour une mission particulière. Ainsi, Tapihritsa, maître éminent de la tradition Bön est-il apparu sous la forme d’un jeune berger au service d’un seigneur qui deviendra son disciple. Celui-ci eut par la suite une importance capitale dans la survivance du Dzogchen Bön. La tradition rapporte une dispute philosophique entre eux à l’issue de laquelle Tapihritsa se montrant sous sa forme céleste acheva de rallier le seigneur à la "vue" du Dzogchen. Aussi exotiques que peuvent nous sembler ces histoires, elles ne sont pas sans nous rappeler le Christ, qui fût enfermé au tombeau, et ressuscita sous une forme humaine pour l’édification de ses disciples et la continuation de sa mission terrestre. Plus près de nous l’alchimie, tellement méconnue dans son essence, utilise également des cellules sombres pour certaines opérations. Les maisons alchimiques sont souvent dotées de caves et de cabinets spéciaux favorisant l’obscurité, dont certains ayant un caractère historique sont toujours visibles. Plus l’observateur s’approche du cœur des traditions, plus le caractère universel de celles-ci devient patent. Comment pourrait-il en être autrement ? La nature de l’homme et de tout être vivant est identique, elle se déploie en myriade de formes et de mondes sur une base unique. Le retour de la conscience à cette base, dans le ventre de sa propre mère comme disent les adeptes, est le désir absolu de tout être, et ce désir, le ferment de la lumière aspirant à la liberté. Puissions-nous nous rendre compte que nous avons vécu jusqu’alors tel un mendiant vivant pauvrement dans une grotte en or, et contempler infiniment le jaillissement de la lumière sans borne. |
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