"Dis-moi combien pèse un flocon de neige ?" demanda la mésange charbonnière à la colombe. "Rien dautre que rien", fut la réponse. Et la mésange raconta alors à la colombe une histoire : "Jétais sur la branche dun sapin quand il se mit à neiger. Pas une tempête, non, juste un rêve, doucement, sans violence. Comme je navais rien de mieux à faire, je commençais à compter les flocons qui tombaient sur la branche où je me tenais. Il en tomba 3751 952. Lorsque le 3 751953 ème tomba sur la branche (rien dautre que rien, comme tu las dit), celle-ci cassa". Sur ce, la mésange senvola. La colombe, une autorité en matière de paix depuis lépoque dun certain Noé, réfléchit un moment et se dit finalement : "Peut être ne manque-t-il quune personne pour que tout bascule et que le monde vive en paix".
La sinistre journée du 11 septembre 2001 marquée par les attentats terroristes sur le sol des Etats Unis dAmérique est une date qui a bouleversé la donne des relations internationales. Cet événement a des conséquences que nous voyons non sans inquiétude se dérouler devant nos yeux avec le déclenchement par ce même grand pays amide de la guerre en Irak. Chacun aujourdhui a eu le temps de délibérer en soi même pour se faire (ou pas !) une opinion sur la légitimité ou lillégalité de cette aventure militaire. Il a été abreuvé largement par la grande quantité dinformations et de désinformations, darguments contradictoires de ceux qui sont pour et de ceux qui sont contre. Nous ne saurions en rajouter une seule louchée et voulons aborder la question sous un autre angle. Si nous prenons la parole aujourdhui cest pour évoquer une autre journée du 11 septembre qui sest effacée bien trop tôt de la mémoire collective, pensons-nous. "A chacun son 11 septembre" en quelque sorte est notre véritable propos comme vous lallez comprendre.
Soit nous prenons pour fondement ce 11 septembre 2001 pour justifier une 10e croisade du bien contre le mal. Cette croisade a été jadis celle du Christianisme contre lIslam, aujourdhui elle se nomme la démocratie contre la dictature mais tout autant quautrefois sy mêlent motivations géostratégiques et économiques diverses et douteuses. Soit nous choisissons, pour établir les bases de ce nouveau millénaire de nous en référer au 11 septembre 1906. Ce choix est celui de vivre dans le troisième millénaire dans un monde de guerres ou un monde de Paix. Mais que diable sest-il passé sur terre à cette date ? Rien, rien dautre que rien comme il est dit dans le dialogue de la mésange et de la colombe que jai mis en exergue de cet article. Rien, vraiment rien ou si peu. Si ce nest que
Reprenons cette année 1906 dans la vie dun petit bonhomme Indien, Mohandas Karamchand Gandhi à cette époque où il est en train de devenir le Mahatma Gandhi. Il est installé au Transvaal près de Johannesburg en Afrique du sud alors quéclate la révolte des Zoulous. On connaissait déjà ce curieux avocat, défenseur des droits civiques des sujets noirs et indiens de lEmpire Britannique avec ses curieuses méthodes. Il était allé jusquà créer un corps dambulancier pendant la seconde guerre des Boers en 1899 pour convaincre son maître Impérial de sa cause. Le voilà maintenant à soigner les Zoulous que les médecins blancs abandonnent. A cette époque Gandhi avait déjà longuement mûri le concept de " non-violence " ou Ahisma comme le ressort de son action. Ce principe, il la tété si lon peut dire avec le lait de sa mère. En effet Porbandar la ville natale du jeune Mohania, ville de pêcheurs et darmateurs sur le bord de la mer dOman est une petite principauté avec une forte communauté de religion Jaïne. Sa mère très pieuse appartient à une secte Hindoue qui allie lHindouisme et le Coran. Sa méthode révolutionnaire conduira à faire plier le joug des colons britanniques, eux qui se croyaient installés sur le joyau de la Couronne pour des siècles, est celle, légaliste, dun avocat. Mais cest lesprit résolu voire obstiné de celui que son biographe, lécrivain français Romain Rolland va surnommer " le saint mulet " qui saura à la fois galvaniser ses compatriotes et décourager les Anglais, jusquà les défaire psychologiquement par larme de la non-violence. Pour désarmer ladversaire il faut lémouvoir mais non pas rendre linjustice pour linjustice.
En cette année 1906,
le chevalier pacifique des temps modernes va se forger une arme spécifique pour son combat de libération. Elle savèrera dune redoutable efficacité. Le gouvernement du Transvaal a publié une ordonnance obligeant tous les Indiens à se faire inscrire auprès des autorités et à laisser leurs empreintes digitales sous peine damende, de prison ou de déportation. Cest la " Loi Noire ". Le 11 septembre 1906, Gandhi a réuni 3000 personnes au Théâtre Impérial de Johannesburg et obtient de lassemblée ainsi réunie - comme dans une sorte de nouveau " serment du jeu de paume " de notre bien trop sanglante révolution française - le " serment de désobéissance ". Ce principe a vu le jour et il deviendra la fronde du combat de ce David contre le Goliath Impérial. Cest à cette époque quil va donner à ce concept moral et politique la force dun mot. Si, comme disait Albert Camus : "Mal nommer les choses cest ajouter aux malheurs du monde", à linverse, bien les nommer est la marque dun grand maître de vie. Gandhi va, pour désigner la désobéissance civile, forger ce mot " satyâgraha " à partir du sanscrit "satya" : vérité et "graha" : force. On peut le traduire par : "force de la vérité".
Mais l'histoire de lenregistrement ne va pas se terminer là et vaudra en 1907 à Gandhi ses deux premiers séjours en prison. Cest au cours du deuxième quil va découvrir le traité de désobéissance civile de lécrivain abolitionniste William Thoreau. A travers ces quelques lignes, certains ont peut-être eu lévocation des images du film du cinéaste Richard Attenborough où Gandhi est merveilleusement incarné par lacteur Ben Kingsley.
Hélas, au cours des années de vie de la plus grande démocratie du monde depuis lindépendance jusquà nos jours, cette figure héroïque et mythique du sage a été largement écornée en Inde. LInde moderne se soucie-t-elle encore du message Gandhi ? LInde qui a donné le nom dun Dieu Védique (AGNI le dieu du feu) à son programme d'armement nucléaire ne contribue-t-elle pas à la dégradation du logos et au malheur des peuples ? Cette Inde prodigue-là et non pas celle du petit peuple des campagnes ayant gardé toute sa ferveur envers le père de la nation, se moque volontiers des petits travers du personnage.
Elle ironise sur ses manies, ses excès dascèse, de sagesse, déconomie ou elle safflige de sa conduite dans ses affaires familiales. Est-ce pour se dédouaner de son infidélité ou de son échec ? Car les idées qui devraient animer encore le pays et surtout le Parti du Congrès nont-elles pas fondu sous le calot de Gandhi ? Il reste leur ornement vide, ce calot qui est celui des prisonniers dAfrique du sud.
Le message de Gandhi porté par son exemple historique, la communauté humaine tout entière et non seulement lInde en est héritière. Le serment du 11 septembre 1906 peut devenir notre serment dans les temps qui sannoncent. Enfin ces paroles de Gandhi prononcées le 11 septembre de cette année-là peuvent-elles résonner encore en nous ?
"A chacun de savoir ce quil a dans le cur. Si une voix intérieure lui dit quil a la force nécessaire, alors seulement il sengagera et à ce moment-là cet engagement portera ses fruits
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Bien que nous nous engagions tous ensemble, nul ne doit ignorer que la rupture du contrat dun ou de plusieurs ne libère pas les autres de leurs obligations ".
Ce jour-là, à sa manière, Gandhi lui aussi avait dit : "Et sil nen reste quun, je serai celui-là !". Alors quon veut remettre au goût du jour la notion dengagement chez les jeunes, voilà lexemple dun homme qui a su donner tout son sens à ce mot afin que certains se disent : "Et sil nen manquait quun, je serai celui-là."...