2 - La tour prend garde !
mercredi 19 avril 2006

par Marguerite Berline Hélouin


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Le jour se lève à peine, déjà Marharid et Youen s’agitent dans la cuisine où ils ont dormi dans les lits clos, de chaque côté de la cheminée. Le bruit du feu qui pétille, des marmites et des pots entrechoqués, l’odeur de la soupe chaude, réveillent Maître Ivo qui émerge du lit clos de la grande salle. Des yeux, il cherche Jehan qui dort roulé dans une peau de mouton devant la cheminée. L’astrologue s’approche...

Horreur... durant son sommeil, la volonté du Korrig s’est engourdie, l’apparence de l’enfant a disparue, c’est bien un gnome qui repose là ! Il vaut mieux éviter ce rappel aux serviteurs.

Il se baisse et secoue le petit homme : "Debout garçon." L’autre s’ébroue comme un chien, se lève d’un bond...

Maître Ivo gourmande :
- Où est Jehan ?

Le lutin comprend l’allusion, l’anneau miroite et Jehan est de nouveau devant son grand-père d’occasion.

Il était temps ! Marharid et Youen font irruption, l’un portant la soupière, l’autre les bols et les cuillers de bois.

Tandis que tous font honneur à cette collation, Maître Ivo propose : "Jehan, il te faut un coin pour dormir ailleurs que dans cette salle commune. Que dirais-tu du grenier ? Entre le passage des deux cheminées ? Tu y serais au chaud et tranquille."

Le nain saisit très bien la raison de cet arrangement, le Maître ne veut pas qu’on le voit sous son aspect réel.

- Bien, Tad-Koz, comme tu voudras.

Le déjeuner terminé, Jehan propose son aide à Marharid. Il veut travailler, soit ! Qu’il balaie donc la grande salle ! Tandis qu’elle s’occupera du repas de midi.

Elle ignore, la pauvre femme, que Jehan a des idées très personnelles sur la question... Elle est retournée dans la cuisine... Dommage ! Si elle voyait son aide à l’œuvre... !

Le lutin s’est placé devant la porte ouverte. Face à la salle, il se baisse, place ses mains presque au ras du sol et marmonne des sons incompréhensibles. Et voilà la poussière qui se soulève du sol, des meubles, et accourt vers lui. Il n’a qu’à pivoter sur ses talons et elle passe en trombe à côté de lui pour aller se perdre dans l’enclos.

Mais... que se passe-t-il ? Les cendres chaudes de l’âtre et les tisons brûlants arrivent à la suite prennent le même chemin.

Si la salle, cheminée comprise, est à présent incroyablement propre, par contre, il n’y a plus de feu couvant sous la cendre ! C’est ce que constatent les trois humains attirés par l’odeur d’herbe brûlée.

Il faut absolument expliquer à Jehan l’art de conserver les tisons dans la cendre chaude pour réveiller le feu chaque matin sans avoir à le rallumer.

Penaud, le lutin baisse la tête, Youen part en bougonnant rechercher bois, paille et brindilles.

Marharid hausse les épaules : "Va quérir de l’eau, là, tu ne pourras pas te tromper."

Sitôt dit, sitôt fait, il court au puit avec la sailh [1] et la ramène pleine ras bord... mais Du, le gros chien qui ne l’aime guère, le bouscule pour entrer le premier. Vlan ! La salle balayée est à présent lavée à grande eau !

- Ma Doué, quelle calamité ! s’exclame Marharid.

Jehan, découragé, doit sécher la salle et retourner chercher de l’eau. Il n’imaginait pas comme cela la vie chez les hommes.

Il va se réfugier au bûcher où Youen coupe du bois. Il le regarde avec surprise s’évertuer avec une hache.

- Je peux t’aider ?

Youen laisse tomber sa hache, se redresse, essuie d’un revers de manche son front ruisselant de sueur et toise l’autre avec dédain.

- Toi ? Que vas-tu encore inventer ?

Le lutin répond : "Ca !"

Il s’approche des grosses branches que l’homme est en train de couper et, à petits coups secs répétés, du tranchant de la main droite, le voilà qui se met à débiter à toute allure des bûches bien régulières.

Youen n’en croit pas ses yeux. Puis il s’agit de scier un tronc, Youen peine, c’est visible.
- Arrête-toi, vieux, là aussi, je peux t’aider.

De fait, il promène ses mains au-dessus de la scie, et celle-ci va et vient comme dans du beurre.

- Tu es le diable, petit !
- Non, seulement un Korrig ! Ce n’est pas difficile pour nous. Tiens, rangeons le bois.

Assez fier de son travail, il sent néanmoins qu’il ne faut pas faire trop étalage de ses pouvoirs... Si on commence à croire qu’il est le diable...

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Marguerite Berline Hélouin

 

Les photos ont été prises par "Les Baladins de la Tradition".


[1] Sailh : grand seau

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