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Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 24 : De Fromista par Carrion de Los Condes à Calzadilla de la Cueza
Camino del Ebro : 639 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Jeudi 28 septembre 2006
Etape de 37 km

Ne cherchez pas ce village étape sur la carte, il y a tout juste une centaine d’habitants dans le hameau... ! Les sanitaires de l’auberge sont très bien équipés et dans la cour il a même une petite piscine. L’unique bar-restaurant géré par la même personne est à une centaine de mètres...

J’ai passé une bonne nuit à Fromista. Hier, au restaurant, nous étions huit pèlerins pour former une tablée joyeuse : une Canadienne, deux Italiens et des Français... L’ambiance était même devenue intime et certains se sont un peu livrés en parlant des enfants. Un moment, une émotion s’était même installée, mais très vite nous avons chassé les nuages pour revenir à ce moment heureux que nous partagions.

Une longue journée commence aujourd’hui. Il est 7h30 et je suis déjà sur le chemin bien qu’il fasse encore nuit. Les jours raccourcissent de plus en plus. Oui il fait nuit, mais le chemin est facile, impossible de se perdre. Il y a deux chemins possibles à la sortie de Fromista, je prends le plus court pour rejoindre presque en ligne droite la ville de Carrion de Los Condes. Ces vingt premiers kilomètres pour atteindre cette ville sont très praticables et me permettent d’avancer rapidement, j’y suis vers 11h30. Je m’installe sur un tabouret confortable au comptoir d’un bar pour déguster une omelette aux pommes de terre. Je prends mon temps, il est un peu plus de midi... Il est trop tôt pour faire étape ici, mais le prochain village est à 17 kms, soit environ au moins quatre heures de plus de balade... Je décide de continuer, la configuration de l’étape est plate, les huit heures de randonnée se feront sans laisser trop de traces. Je suis bien, tout va bien...

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Le pont médiéval à la sortie de Clarion à été refait

Je sors de la ville, je franchis le pont médiéval sur le fleuve Carrion et je m’engage sur une ancienne voie romaine mal empierrée qui doit me conduire à Calzadilla de la Cueza. Seulement voilà, cette voie romaine est rectiligne sur 17 kms et surtout le chemin est exécrable... ! Le revêtement est fait pour les tracteurs, les cailloux sont grossiers et parfois assez instables pour malmener une cheville... C’est le type même de chemin qui favorise le déclenchement des ampoules, mais j’ai la chance à ce jour de ne pas avoir eu l’expérience de cet inconvénient... Pendant presque quatre heures, je vais marcher avec prudence les yeux rivés au sol. Parfois je vais même passer dans les champs non encore travaillés pour retrouver un peu de confort. Malheureusement il y en a peu, la préparation de la terre a commencé, bientôt il y aura les céréales d’hiver à semer...

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Les arbres aussi sont parfois solitaires

Cette fin d’étape est désagréable par la structure du chemin, mais il n’y a pas un seul mètre du Camino que je renierais ou qui pourrait me laisser un mauvais souvenir... ! Je dirais qu’il m’a fait découvrir le « beau mal »... ! Non, pas un jour de randonnée pénible comme il m’arrive d’en faire dans les Pyrénées et que je connais bien... Non, je parle de cette douleur qu’il faut dominer et qui apparaît nécessaire, de celle qui s’oublie très vite avant de basculer dans un état fort qui fait côtoyer l’exaltation... !

Après huit heures de « balades », j’arrive dans ce petit village et je trouve facilement le refuge. Il est de plain-pied pour une trentaine de lits et c’est un bâtiment récent très bien équipé. J’en profite en arrivant pour me précipiter sous la douche bienfaitrice... Encore un moment ordinaire qui devient douceur... Une glace me donne à voir mon visage qui se creuse un peu, mais surtout il est mangé par une barbe pour le moins désordonnée. À la première occasion je vais demander à un coiffeur un coup de tondeuse. Oui j’ai une barbe blanche d’un homme de 60 ans, mais je ne veux pas non plus avoir l’air d’un vieillard... ! Derrière le bâtiment du dortoir, il y a même une piscine, la trouver en plein été doit être un bonheur, mais en cette fin d’après-midi personne ne semble vouloir en profiter. Nous sommes fin septembre et seul un couple trempe ses pieds. Tous les autres pèlerins sont installés autour du bassin, il y a des tables accueillantes chauffées par un soleil très supportable...

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Refuge et sa piscine de Calzadilla de la Cueza

Je suis là occupé à écrire quelques idées sur mon carnet à spirales. Un homme d’une trentaine d’années vient partager ma table. Grand, presque athlétique, barbu, les cheveux longs, le teint mat, l’œil vif et pénétrant, quelques colliers autour du cou parmi lesquels je distingue un Tau et une mini-croix de Saint-Jacques. Pour résumer, j’ai une image, il me rappelle un étudiant attardé de mai soixante-huit qui ferait le Camino... Nous engageons une conversation sympa. Il est parti de Lourdes et il fait le chemin du retour... ! Bravo, mais après un moment de discussion ma petite étoile semble clignoter... ? Il fait son pèlerinage en plusieurs fois et il travaille dans les champs de temps en temps pour financer son voyage... ! On retrouve ainsi de temps en temps de « drôles de pèlerins » qui profite des auberges partout en Espagne. Certains hospitaleros se laissent prendre. Il évoque même de petits moyens financiers et des problèmes pour faire des repas réguliers... Un dernier détail accentue encore ma méfiance, bien que l’homme soit très sympathique. Il fume du tabac qu’il roule lui-même, rien de particulier, sauf qu’il le roule en ajoutant un petit cône de carton à sa feuille de papier... J’ai souvent vu cette manière de faire en prison, les mercredis, pendant mes visites à ceux qui parfois ont abusé des paradis artificiels... !

Demain nous en reparlerons, les faits vont confirmer mes doutes...

Le restaurant pour les pèlerins est à une centaine de mètres du refuge. C’est le même homme qui semble en être le patron... Pas de problème, il doit bien gagner sa vie, mais il le fait correctement. Je vais bien dormir pour 5 euros et bien manger pour 8... ! Aucune critique à formuler au contraire. Le resto est confortable, le personnel est en « tenue » et il est même étonnant de trouver un tel établissement ici. Je découvre qu’il y a aussi un hôtel de quelques chambres et qu’il est sûrement bien accueilli par quelques pèlerins qui ont besoin de se refaire une santé...

Bon, ce soir je plonge dans mon lit avec délice. Les oreilles équipées de boules Quies, je crois bien que je me suis endormi bien avant l’extinction des feux... La journée a été longue, mais l’étape me laissera des souvenirs, comme tous les jours sur le Camino... Merci à LUI.

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