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Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 34 : De Sarria par Portomarin à Hospital de la Cruz
Camino del Ebro : 945 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Dimanche 8 octobre 2006
Etape de 34 km

Je suis avec Nicolas dans la cuisine de l’auberge municipale, il est occupé à faire cuire des châtaignes ramassées sur la route... Curieusement l’étape d’aujourd’hui m’a semblé plus longue que celle d’hier. Monter et descendre sans interruption m’a un peu coupé les jambes.

La descente de l’Ô Cebreiro hier a été très très humide, mais j’ai réussi ce matin à repartir complètement au sec. J’espère pour aujourd’hui avoir des conditions atmosphériques plus clémentes. Je suis sorti de Sarria vers huit heures, j’ai voulu prendre un bon petit déjeuner, mais même à cette heure il fait encore nuit. Je retrouve une enseignante québécoise et nous faisons un bout de chemin ensemble. Nous bavardons quelques instants tout en traversant de sombres sous-bois. Les frontales nous permettent juste de mettre un pied devant l’autre et d’éviter les flaques d’eau qui par endroits sont de vraies mares. Il ne pleut pas, mais l’air est particulièrement humide et la terre offre cette odeur forte et presque sensuelle que j’aime tant... A chaque fois que je parle de la terre et de ses émanations, l’adjectif sensuel vient toujours à mon esprit... Pourquoi ? Il doit y avoir de l’inconscient, la féminité, la vie, la mort, c’est la terre notre mère à tous... ! Quelle que soit la saison, il y a notre rapport à elle et à la nature qu’elle nourrit...

J’ai laissé la gentille Québécoise dans une montée un peu rude, marcher seul est un besoin et je n’y déroge que quelques instants... Le jour se lève, la forêt s’éclaire progressivement, la lumière naissante joue avec des arbres torturés et devient fantasmagorique. Les troncs de certains châtaigniers semblent évoquer une sorcière et les dessinateurs de bandes dessinées de mon enfance ont dû s’en inspirer. Voilà maintenant un rayon de soleil qui, en maître, bouscule tout pour un résultat du plus bel effet. Je m’arrête quelques minutes pour en jouir, elles seront brèves ces minutes, le soleil était en représentation rien que pour moi. Il m’a fait un cadeau... ! Mon Dieu que c’est beau, j’espère vous en donner une toute petite idée par la photo...

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Un cadeau du soleil ce matin...

Il y a comme ça dans ma solitude, des instants lumineux que j’aimerais partager avec une ou deux personnes que j’aime. C’est encore une contradiction de ma nature, mais il y en a d’autres...

Je suis en haut d’une colline, le soleil entre deux nuages est maintenant bien présent. Les nuages le magnifient et dans les vallons la brume traîne encore. C’est beau... ! Non c’est bien plus, c’est une palpitation et une douceur pour les yeux...

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Encore un silo à grain.

J’avance tranquillement vers Portomarin sur un chemin qui se prend pour un toboggan, il est aussi casse-pattes en montant qu’en descendant, mais il traverse un grand nombre de petits hameaux et lieux-dits. Je vais en compter plus d’une vingtaine entre Sarria et Portomarin. Ainsi le chemin semble plus court, l’œil et l’esprit sont constamment interpellés. Ici par une petite église, là par un cimetière, mais aussi par une porte ouverte sur une étable, qui fait songer à une caverne sombre laissant s’échapper des vapeurs de fumier odorantes...

Il a dû me voir arriver de loin. Il est petit, sec comme une branche morte, le pantalon déborde de ses bottes trop grandes, une veste sans couleur qui flotte sur un pull de laine troué. Il approche avec un large sourire montrant une bouche édentée... Un visage presque momifié, des traînées de crasse autour des yeux et son aspect rieur n’arrive pas à atténuer une image d’un autre âge. Cet homme et sa casquette doivent être ensemble la nuit et le jour et quand il arrive à ma hauteur une odeur de mort l’accompagne... Il m’émeut et me fait de la peine quand ces mains me tendent quelques petites pommes. Excusez-moi, mais toucher ses mains provoque un petit frisson de dégoût que je masque comme je peux... « Priez pour moi à Santiago me dit-il et que le Camino vous soit favorable... »... Cette rencontre n’a duré que quelques instants, mais elle m’accompagnera longtemps... Je n’ai pas mangé les pommes... !

Dans un de ses petits villages un autobus a dû déposer des touristes allemands. Pendant quelques kilomètres, ils seront quelques-uns à me dépasser et leur bavardage incessant est un peu exaspérant. Je m’arrête dans un petit bar pour boire un café au lait et je vais très vite les oublier...

J’aperçois Portomarin, les touristes doivent s’arrêter là. J’arrive dans ce village par le grand pont qui traverse le Rio Miño. Il se jette depuis 1962 dans un grand lac artificiel qui a inondé le vieux Portomarin et qui donne maintenant « l’Embalse de Belesar ». Aujourd’hui la retenue est vide et le pont est presque impressionnant à franchir. Il surplombe un vide spectaculaire de plusieurs dizaines de mètres, je me force pour approcher... J’ai peur du vide... !

Je ne reste pas à Portomarin et je ne prendrai pas le grand escalier vers la chapelle de las Niéves et le nouveau village... Le Camino passe vers la gauche et il me reste encore 13 km à faire pour atteindre mon objectif Hospital de la Cruz. Il est presque 13h, il ne pleut pas, il fait presque bon, tout va bien. Aucun pèlerin autour de moi, personne en vue, c’est comme ça que j’aime égoïstement le Camino...

J’arrive enfin à Hospital de la Cruz dans un de ces refuges gratuits et classiques de la Galice. Je retrouve avec plaisir Nicolas et aussi une bande de jeunes italiens et brésiliennes qui parlent français ou espagnol... L’ambiance est joyeuse et bien agréable.

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Brésil, Italie, France, harmonie... (malgré la coupe du monde... !)

Après l’intendance assurée et le choix d’un lit bien placé, je retrouve tout ce petit monde dans la cuisine... Justement Nicolas s’occupe à faire griller des châtaignes, nous allons nous régaler. A côté du refuge, il y a un bon restaurant, mais ce soir, pour la seule fois dans l’année il sera fermé pour cause de fête familiale... Le couple propriétaire semble désolé et à 18 heures, ils se mettent en quatre pour nous préparer des sandwichs gigantesques qui feront l’affaire pour ce soir. Le hameau est très petit et il est même impossible de trouver autre chose de comestible, il n’y a pas d’épicerie...

C’est dans la cuisine finalement que tout se met en commun et personne n’ira se coucher la faim au ventre. La soirée est presque familiale et Nicolas se livre un peu plus, il est en pleine affaire de divorce... Mon portable sonne, c’est Luis mon ami espagnol de Santiago. J’ai chaud au cœur, il a pensé à moi et il m’attend avec impatience. J’ai le cœur gonflé de gratitude quand je vais me coucher, je suis heureux pour tout et pour tous... La vie est belle merci à LUI

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El Peregrino

Les photos ont été prises par l’auteur pendant son pèlerinage.

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