Accueil du site Sur les routes Espagne Le Camino del Ebro Etape 40 : De Oliveiroa par Hospital, Cee et Corcubion à FISTERRA
Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 40 : De Oliveiroa par Hospital, Cee et Corcubion à FISTERRA
Camino de Fisterra : 91 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Dimanche 26 mai 2002
Etape de 35 km

Fisterra, Finistère, fin de la terre, bout du monde, j’arrive au port... !

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Un pèlerin arrivé au port... Des rires et des larmes...

Je me réveille doucement à 6 heures pour sortir de mon lit vers 6h30, je n’entends plus la pluie sur le toit. J’ouvre la fenêtre pour retrouver un ciel de brume, je suis un peu fébrile, c’est peut-être ma dernière étape... J’avale rapidement un morceau de fromage avec quelques biscottes, il est 7h30 quand je quitte le refuge, en tirant la porte à moi.

Le Camino monte à nouveau très rapidement et en même temps, le soleil apparaît libérant la visibilité. J’ai beaucoup de chance, à chaque étape importante ou spectaculaire, j’ai toujours été accompagné par un temps favorable depuis trois ans que je parcours les chemins d’Espagne. Je suis à environ 6 à 700 mètres d’altitude, aucun arbre, le soleil se voile et je suis au milieu d’une garrigue austère semblable à du maquis. Le paysage est grandiose, à mes pieds en contre bas, une retenue collinaire importante. Le barrage laisse échapper une chute d’eau, elle se transforme en torrent en se glissant entre les collines. Le Camino redescend vers un vallon, l’endroit semble solitaire et loin du monde, seul le bruit d’un ruissellement d’eau attire mon attention. Il pleut depuis plusieurs jours et je soupçonne déjà un possible problème. Il n’y a pas de passerelle, le passage doit se faire habituellement à gué et sans effort, mais aujourd’hui l’eau recouvre toutes les pierres qui sont au milieu du ruisseau. Je reste pensif un bon moment pour trouver une solution. Deux possibilités revenir en arrière alors que je marche déjà depuis plus d’une heure ou tenter la traversée. Finalement je me décide avec l’aide de mes deux bâtons à m’engager sur les pierres. Il y a un peu de courant et par endroits environ un bon mètre de profondeur, je m’avance en prenant mille précautions pour poser mes pieds et en assurant le meilleur équilibre possible. Je suis bloqué... ! Je ne peux plus avancer... ! L’eau recouvre complètement mes chaussures et les pierres sont de plus en plus glissantes. La rage au cœur je renonce et le retour sur mes pas est la seule solution. Je suis soulagé de retrouver la terre ferme car je viens de me rendre compte que je ne suis pas passé très loin d’un moment désagréable...

Cette petite plaisanterie me fait perdre au moins deux heures. Il me faut revenir presque au départ pour retrouver la route et reprendre une montée de plusieurs kilomètres avant d’atteindre Hospital. Ce village semble inexistant, quelques maisons disséminées et un bar au bord de la route. J’en profite bien sûr pour déjeuner copieusement et reprendre ma route.

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L’usine et la nature

Dans ce décor rude d’une nature sans arbre, presque primitive, explose brutalement le XXe siècle. Une activité métallurgique s’est installée là. Tout autour le dénuement, le contraste est saisissant entre ces six grandes cheminées qui semblent cracher l’enfer et l’environnement. Le Camino passe à quelques mètres pour laisser entendre le souffle mauvais d’un four. Il veut peut-être me dire que souffrir sur le chemin de ma destinée n’est rien. À ce jour j’ai été, je suis et je reste un privilégié... Je m’éloigne, je n’oublierai pas cette vision... Un chemin gorgé d’eau, quelques flaques qui reflètent un ciel torturé, la lande dont la couleur veut trancher avec le jaune vif des genêts ou des ajoncs, sans parler des multiples couleurs possibles des fougères. Au loin ces fumées qui sont comme un vaisseau qui disparaît en même temps que je marche vers l’Océan. Je suis ému, je ressens cet instant au plus profond de mon être.

Il ne pleut toujours pas, parfois quelques gouttes, juste pour me laisser dans l’indécision de mettre ou non mon poncho. Je cherche au loin l’Océan, mais le plafond est bas et la visibilité quelconque. De temps en temps j’inspire profondément pour essayer de trouver l’odeur des embruns maritimes, mais pour l’instant les effluves de la terre mouillée couvrent tout.

Oui, maintenant j’en suis sûr, comme un soupçon, là-bas au loin, je vois l’Océan Atlantique, le but bientôt d’une randonnée de 1000 km... Plusieurs heures encore pour arriver enfin à Cee et découvrir une petite cité balnéaire et son port. Encore un contraste, en quelques kilomètres. J’ai laissé une solitude complète pour me retrouver dans une sorte d’effervescence touristique... ! Le soleil arrive pour parapher l’effet carte postale, mais j’ai surtout une grande faim... J’avise un bar-restaurant et une fois installé au comptoir, le patron me propose un plat de pois chiches à l’Espagnole que je m’empresse d’accepter. J’ai une pensée pour ma grand-mère qui les préparait divinement. Le cuistot a un drôle d’accent et il s’avère qu’il est Français marié à une fille de la région, qu’importe, sa cuisine est bonne...

Je reprends mon sac, l’estomac bien calé et je suis en pleine forme, bien que la plaisanterie de ce matin ait allongé ma journée. Je ne suis pas encore arrivé et je me dirige le long de la côte vers Corcubion. Il me faut à nouveau monter sur une colline que je trouve un peu raide. Arrivé en haut, j’aperçois enfin dans le lointain la découpe d’une terre qui s’avance dans la mer. Enfin je vois le bout du monde...

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La bas, le bout du monde...

Je suis surpris de ma résistance, je me sens bien et la fin de la journée va être une vraie balade. Fisterra est maintenant tout près, à environ trois ou quatre km et le chemin rejoint en pente douce le bord de mer. Le Camino est aménagé le long de la plage jusqu’au port de Fistéra à la dimension très humaine et très simple, il est 16h30. Je trouve rapidement le refuge dans une petite rue tout près du port, il ouvre à 19 heures... !

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Le port de Fisterra

Pourtant à 17 heures, mon hôtesse, une jeune femme arrive, suivie par une trentaine de personnes âgées qui viennent visiter les aménagements créés pour les pèlerins. Pendant quelques minutes, je sers un peu de bête curieuse et je réponds à la curiosité générale. À leur départ, l’hôtesse m’installe avec gentillesse dans un bâtiment vraiment très agréable. Je lui remets mon « passeport » sur lequel figurent les témoignages de mes étapes pour arriver ici et j’ai droit à ce fameux certificat de la mairie de Fisterra ainsi libellé :

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Attestation de mon arrivée au bout du monde à Fisterra
O Concello de Fisterra acredita que
Bernard DILLON
Chegou a esta terras da Costa da Morte
E fin do Camiño Jacobeo
Fisterra 26 maio 2002 O Alcalde.

Ce certificat plastifié en couleur est là sous mes yeux. Il est affiché en permanence dans mon bureau. J’en suis très fier... Tous les pèlerins n’ont pas droit à ce document, il n’est donné qu’à ceux qui font toutes les étapes par leurs propres moyens. Ce soir à 19 heures, l’autobus de Santiago va en déposer quelques-uns, ils passeront la soirée dans l’albergue et demain ils iront comme moi au phare du bout du monde en faisant les quatre derniers kilomètres à pied.

Il est 19 heures, je suis seul attablé au restaurant devant le port, un autobus arrive et j’en vois descendre des Brésiliens connus pendant ce voyage. Je me précipite pour des effusions, embrassades et cris de joie qui font sourire tous les témoins. Ce soir, nous allons passer tous ensemble notre dernière nuit dans un refuge. Demain, pour les quatre derniers kilomètres, je veux prendre la journée entière pour profiter de cette arrivée à ce Finistère mythique et savourer mon bonheur en prenant le temps d’avoir des heures pour le savourer. Pour demain soir, j’ai déjà trouvé une pension pour 12 euros la nuit car le pèlerin ne peut profiter du refuge gratuit qu’une seule nuit.

Il est 21 heures, je me glisse dans mon duvet pour la dernière fois et j’ai du mal à m’endormir, je suis profondément heureux et en même temps déjà triste. Je sais déjà que demain quelque chose de merveilleux va s’achever, je LUI parle déjà d’après-demain...

Qu’IL soit toujours à mes côtés...

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Les photos ont été prises par l’auteur pendant son pèlerinage.

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