Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Les jours d’avant...

par El Peregrino


Nous sommes le 30 août 2006.

L’impatience me gagne vraiment comme à chaque fois que je prépare ma mochila pour le Camino... C’est le nom du sac à dos en espagnol, il va être mon compagnon pendant un mois et le rappel de toutes mes peurs... !

Curieusement depuis quelques jours, mon corps semble approcher naturellement mon rythme futur. J’ai besoin de m’endormir vers 22h, mais à 6h j’ai les yeux grands ouverts.

Non, on ne s’entraîne pas au Camino... ! Une vie saine, une visite chez le podologue, un ou deux jours de randonnées par semaine et une motivation forte suffisent. Quelle que soit la préparation, pendant une dizaine de jours je vais souffrir, je le sais. C’est peut-être pour cela que derrière l’engouement du départ et le goût de l’aventure, il y a la crainte. La crainte de ne plus savoir écouter mon corps. À tout moment et jusqu’au dernier jour du voyage, il peut avoir une faiblesse... Pour éviter le kilomètre de trop, c’est l’humilité qui aide, mais l’ego n’est pas toujours facile à contrôler... Je sais par expérience que sur cent partants 30 à 40 seulement arrivent à Santiago...

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Tortosa

Lundi 4 septembre 2006.

Réveil en fanfare à 5h15 après une nuit agitée... C’est mon beau-frère Thierry qui m’embarque et me conduit vers la Tour de Carol à la frontière franco-espagnole à 80 kilomètres de Foix. À huit heures nous sommes dans la ville frontière et après nous être quittés sans effusion, je grimpe dans le tortillard qui en trois heures me conduit à Barcelone. Il y a là quelques jeunes canadiens avec qui je sympathise et je vais avoir le plaisir de leur servir plusieurs fois d’interprète auprès du contrôleur ou en arrivant à Barcelone...

Je suis dans la grande gare cosmopolite de Barcelone. Je crois que c’est dans une gare où la solitude humaine se fait le plus sentir, ainsi que le « besoin » individuel... ! Un petit bocadillo (sandwich) à la main je suis assis dans un coin et j’observe ce tumultueux va et vient dans cette sorte d’étendue vide et mouvante où chacun semble bousculé dans un esquif incontrôlé...

Tortosa 18h. Après avoir longé la côte touristique où les stations balnéaires se succèdent, le train me dépose à mon point de départ : le delta de l’Ebre... Le wagon était climatisé et en le quittant j’ai l’impression de plonger dans un bain trop chaud... 40° à l’ombre... Je ne me plains pas, mon corps s’adapte bien, même aux grosses chaleurs.

Voilà, je me suis fait piéger... ! C’est jour de fête à Tortosa. Tout est fermé. En arrivant à cette bonne heure dans la ville, je croyais pouvoir me renseigner facilement pour trouver un refuge et passer la nuit... C’est un flic sympa qui m’indique un hôtel et qui me donne un plan pour me repérer et sortir de la ville demain. J’espère trouver très vite les flèches jaunes du chemin de Compostelle. Il est évident et il sera évident dans les jours à venir, que manier la langue de Cervantès est presque une obligation pour partir sur un chemin très peu fréquenté comme le Camino de l’Ebro.

L’hôtel est très correct, 30 € la nuit, mais le restaurant est fermé. Ce soir il faudra faire avec un bocadillo, mais demain matin le bar est ouvert de bonne heure. Mon premier départ de pèlerin se fera au moins avec un vrai petit déjeuner...

Il faut trouver le sommeil avec la fête en bruit de fond, demain et les jours suivants les boules Quies en cire d’abeille seront une habitude... Oui j’ai un peu peur. Le mot est excessif, disons que penser aux vingt premiers jours d’un chemin inconnu et pendant lesquels je ne rencontrerai aucun autre pèlerin, me procure un plaisir plein de contradictions... !

Se mettre volontairement dans cette situation c’est peut-être le bonheur de la vie... C’est avoir la curiosité de soi dans des conditions inhabituelles. Il me semble que souvent dans la vie ordinaire, c’est la crainte du hors normes qui nous fait passer à côté du bonheur...

Demain je vais oser, merci à LUI.

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Les photos ont été prises par l’auteur pendant son pèlerinage.

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