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La Bhagavad Gita
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Ce texte célèbre est, pourrait-on dire, la Bible des Indiens. Il est l’enseignement majeur donné à l’homme par la divinité il y a 5000 ans à l’entrée dans le cycle du Kali Yuga l’ère d’ignorance spirituelle et des conflits. Il donne les directives de base pour le combat spirituel. Bhagavad veut dire bienheureux, de la racine Bhaj, participer. Le mot évoque donc la Bhakti, la voie ou le Yoga de la dévotion. Le Dieu incarné Krishna qui est un Avatar de Vishnou s’adresse directement à son disciple Arjouna et le guide. Il est l’aurige Divin qui dirige l’archer dans la bataille. En effet, Arjouna, héros de la famille des Pandavas, est en lutte contre les Kauravas, cette famille rivale mais apparentée qui par ruse et tricherie triomphe des hommes vertueux. Torturé par le doute et le découragement, avant d’affronter ses puissants et valeureux adversaires Arjouna s’entretient avec son maître divin dans ce dialogue célèbre qui fait de la Gitâ un chant de la bahkti mais aussi un texte qui valorise l’action dans le monde en temps que champs de bataille et d’épreuve évolutive. C’est le karma Yoga, yoga de l’action et la défense du Dharma, de la Loi Cosmique. L’action dharmique est menée dans l’abandon au Seigneur de Ses fruits, dans le détachement donc. C’est le travail du seigneur qui se fait en nous dans le "non-agir". Un autre aspect du message de la Gita est qu’il relativise le système des castes comme le fait souvent l’enseignement du Yoga puisqu’il valorise le SwaDharma, la loi propre de l’être de chacun par rapport au Dharma de caste. La Gitâ occupe la place centrale de l’ensemble des 18 livres qui constituent le poème épique Mahabharata. Elle comporte 700 versets en 18 chapitres. On sait que 18 ou 108 est un chiffre sacré. C’est le livre de l’orthodoxie par excellence puisqu’il sert de référence à toutes les sectes pour toutes les castes. Il sert de base doctrinale à chaque nouveau réformateur qui devra pour s’assurer un succès pouvoir en tirer des commentaires éclairés. Il a été traduit en 1785 en Français par Wilkins et aura une influence sur les romantiques. C’est, on s’en souvient, le livre de chevet de Gandhi . Cependant, comme pour beaucoup d’écrits de la tradition Indienne, il faudra attendre le grand Sri Aurobindo pour appréhender toute la dimension métaphysique du texte. Son exégèse lumineuse met à portée des modernes le sens profond de la Gitâ. En effet "Essays on the Gita" paru après "The secret of the Veda" et "l’Isha Upanisad" est considéré comme l’étude la plus profonde et la plus complète jamais écrite sur la Baghavad Gitâ. Si son effort est fructueux, ce n’est pas tant qu’il aurait retrouvé le sens exact métaphysique que les anciens mettaient dans ce texte. C’est plutôt qu’il y puise les vérités vivantes pour les mettre à la portée de l’humanité d’aujourd’hui afin de satisfaire ses besoins spirituels. En effet : "Seules continuent à être d’une importance vitale pour l’homme les Ecritures, les religions, les philosophies qui peuvent être constamment renouvelées, revécues, et dont la substance de vérité permanente peut être sans cesse renouvelée et développée dans la pensée intérieure et l’expérience spirituelle d’une humanité en voie de développement." La Gitâ, tout comme les Upanisads qui la précèdent est une synthèse philosophique. Aussi, nulle école, qu’elle soit du monisme pur ou du dualisme mitigé comme la théorie de la Maya d’un Sankhara, qu’elle soit du dualisme des systèmes Samkhya ou encore le Théisme Vishnouiste ne peut se l’arroger bien qu’elle les évoque tous. La synthèse ultérieure sera celle du tantrisme. Plus riche encore, elle inclut directement les acquisitions du Raja Yoga et du Hatha Yoga qui nous intéressent plus particulièrement. Le moment de la pensée et de l’action spirituelle de Sri Aurobindo et de la Mère après celui de Sri Ramakrishna et Vivekananda est celui d’une synthèse encore plus large qui introduit toute la recherche et l’expérience philosophique et scientifique de l’occident. Une nouvelle synthèse se prépare pour l’ère nouvelle dans laquelle les connaissances d’un très lointain passé et de cultures ancestrales voire antédiluviennes reviendront à jour. Dans le champ d’accomplissement du Dharma, la période actuelle de crise ne peut pas, elle non plus, se résoudre sans luttes avant le règne de la Paix Universelle à laquelle tous aspirent. C’est la leçon que nous donne la Gitâ aujourd’hui. Pour des raison très personnelles, je citerai un verset du livre 1 (verset 17/18) : "Et Kâshya au grand arc, et Sikhandin au grand char, Dhristadyanumna et Virâta et Sâtyaki l’invaincu, Drupada et les fils de Draupadi, ô Seigneur de la terre, et Saubhadra au bras puissant, firent de toutes part résonner leurs conques." Voici, pour terminer, un poème que j’ai écrit dans des circonstances de crise "évolutives" en 1993. |
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