Thaumaturgie - pouvoirs de la pensée
samedi 5 juin 2004

par Célestin Valois


Cet article s’inscrit dans le cadre d’une vaste étude intitulée "Balzac et le Martinisme". Pour revenir à la page précédente...

La description du Swedenborgien que fait Balzac est tout à fait celle que l’on pourrait faire d’un personnage comme le Maître Philippe de Lyon.

"Non seulement ce grand inconnu qui vit encore guérissait par lui-même, à distance, les maladies les plus cruelles, les plus invétérées, soudainement et radicalement comme jadis le Sauveur des Hommes, mais encore ... La physionomie de cet inconnu qui dit ne relever que de Dieu et communiquer avec les anges est celle du bien, il y éclate une énergie concentrée irrésistible". On remarquera que Balzac emploie deux fois le terme Inconnu qui, nous l’avons vu, a une grande signification dans le martinisme.

La femme, que le magnétiseur plonge dans le sommeil somnambulique, peut alors quitter son corps en libérant son être intérieur pour visiter les régions terrestres et supra terrestres. Balzac donne des précisions sur ce phénomène qui laisse penser qu’il en avait une connaissance personnelle. "La vue et l’ouïe s’exercent dans l’état somnambulique d’une manière plus parfaite que dans l’état de veille..." Pour l’homme mis dans cet état, les distances et les obstacles matériels n’existent pas ou sont traversés par une vie qui est en nous et pour laquelle notre corps est une réserve, un point d’appui nécessaire, une enveloppe. La somnambule fournira des preuves qu’elle perçoit à distance lieux et pensées. En effet, le docteur lui demande de se rendre à Nemours et elle lui décrit la scène où Ursule trace un cercle à l’encre rouge autour du nom de Savinien sur le calendrier lui apprenant ainsi l’inclination de sa filleule pour le jeune de la Portendvere.

Dans ce roman, le surnaturel est véritablement un élément majeur de l’intrigue.

Ursule, pendant son sommeil, libère consciemment son être intérieur. Après la mort de son parrain, elle entre en contact avec lui dans ses rêves et celui-ci montre les scènes du vol de l’héritage et du testament de Minoret Levreau dans les deux volumes de la bibliothèque où ils étaient cachés. Il la guide et lui ordonne de se défendre, il menace des foudres de la justice divine le fils Minoret si son père n’avoue pas à temps et restitue ce qu’il doit. Or, précisément, cette menace sera mise à exécution. Le rêve prémonitoire est assez précis, car Ursule entend "dans le lointain, un bruit étrange de chevaux et de cris d’homme" et c’est un accident de voiture à cheval qui tue le fils Minoret.

Dans "La Recherche de l’Absolu", c’était l’abbé de Solis qui était familiarisé avec l’illuminisme, ici l’abbé Chaperon est très versé dans les études Swedenborgiennes. Comme Ursule lui confesse ses rêves, il lui donne l’explication occulte du phénomène. Balzac fait alors état d’une connaissance basée sur la compréhension philosophique et scientifique et non sur la croyance aveugle ou la superstition :

"Ainsi, les idées de votre parrain peuvent vous envelopper et peut-être les avez-vous revêtues de son apparence. Puis, si Minoret a commis ces actions, elles se résolvent en idées ; car toute action est le résultat de plusieurs idées. Or, si les idées se meuvent dans le monde spirituel, votre esprit a pu les apercevoir en y pénétrant. Ces phénomènes ne sont pas plus étranges que ceux de la mémoire et ceux de la mémoire sont aussi surprenants et inexplicables que ceux du parfum des plantes qui sont peut-être les idées de la plante" .

Si le parfum est une idée, c’est que la pensée est créatrice et donc toute puissante et immortelle et d’autre part, le monde des sens n’est qu’une projection du monde de l’idée. C’est la vision Platonicienne qui est conforme à la Tradition ésotérique universelle à laquelle se rattache Balzac.

La mémoire ne serait pas confinée à la matière, mais appartiendrait à l’esprit.

Le docteur Minoret discute avec l’abbé Chaperon, l’homme de science et l’homme de foi tentent de se comprendre. Ni l’un, ni l’autre, ne sont prisonniers des dogmes et tabous de leur discipline. Il n’est donc pas question ici de croyances, ni pour l’un, ni pour l’autre. A chaque fois qu’Ursule confie son expérience au curé, elle lui demande : "Que croyez-vous ? Celui-ci ne lui donne aucune réponse catégorique, car dit-il "l’histoire offre des témoignages, mais l’Eglise n’en fait pas article de foi et la science ...... en France, elle s’en moque".

De l’avis de l’abbé Chaperon, Swedenborg offre un témoignage irréfutable de la possibilité de communiquer avec les mots : "En Suède, Swedenborg, répondit l’abbé Chaperon, a prouvé jusqu’à l’évidence qu’il communiquait avec les morts". L’homme de science a une démarche d’esprit plus déductive, mais qui arrive aux mêmes conclusions.

"Votre parrain, mon enfant, procédait par hypothèse. Il avait reconnu la possibilité d’existence d’un monde spirituel, d’un monde des idées. Si les idées sont une création propre à l’homme, si elles subsistent en vivant d’une vie qui leur soit propre, elles doivent avoir des formes insaisissables à nos sens extérieurs, mais perceptibles à nos sens intérieurs quand ils sont dans certaines conditions".

Quant à Ursule, après avoir été rassurée par le bon abbé Chaperon, elle s’explique son expérience par référence religieuse : son parrain lui est apparu comme Jésus à ses disciples dans une enveloppe de lumière jaune.

Ursule, comme la somnambule de Paris, a libéré son être intérieur pendant son sommeil et fait une description précise au curé de la chambre de Zélie Minoret où le spectre de son parrain l’a conduite. Or, elle ne s’est jamais trouvée dans cette pièce dans son corps de chair et ne peut donc en avoir aucun souvenir. Balzac établit donc dans la fiction une preuve de la réalité d’un phénomène auquel il croit lui-même sûrement et dont il a pu, personnellement, faire l’expérience .

Dans ce roman, si Balzac fait intervenir le surnaturel d’une façon ostentatoire, il évite cependant l’imagerie fantastique et veut faire prendre son sujet au sérieux .

La recherche occulte est une quête spirituelle et métaphysique qui doit apporter des réponses tangibles aux questions que l’homme se pose sur sa destinée mais aussi elle a des applications pratiques dans la vie quotidienne qui en fait un instrument pour la justice, le bonheur et la santé.

Dans "L’Envers de l’Histoire Contemporaine", madame de la Chanterie exerce sur tous ceux qui l’approchent en ascendant moral auquel Godefroy, l’Initié, et même son pire ennemi de Boursac vont succomber. Ce roman établit un contraste entre le surnaturel hystérique de la fille du baron et celui que manifeste madame de la Chanterie par une utilisation discrète et efficace du pouvoir.

La jeune somnambule est incapable de soupçonner la misère où vivent son père et son fils. Ceux-ci se saignent aux quatre veines pour donner l’illusion à la malade qui ne sort jamais de sa chambre que le luxe maintenu dans celle-ci est représentatif du train de vie de la famille qui, en réalité, a sombré dans la plus grande misère.

Clairvoyance, mais pourtant aveugle.

"Ma fille, Monsieur, fut d’une clairvoyance miraculeuse, son âme a été le théâtre de tous les progrès du somnambulisme, comme son corps est le théâtre de toutes les maladies".... elle est devenue angélique".

Cet idéal de sainteté sublime comme celui de Lambert, de B. Claës est admirable mais conserve un aspect pathologique qui est tout à fait absent chez madame de la Chanterie. La sainteté sans les oeuvres est incomplète et de peu d’utilité à l’humanité. Ici, Balzac est très proche de la philosophie martiniste encore une fois. Au contraire, madame de la Chanterie et ses quatre commensaux gouvernent une vaste organisation qui conspire au service du Bien.

"Or, quoiqu’il y ait dans Paris dix mille individus plus ou moins aptes à nous servir, ces douze élus ne se rencontrent pas en un an".

Il y a ici miracle, il réside dans la perfection obtenue dans l’action, la maîtrise acquise dans la voie des oeuvres , tout ceci accompli dans une attitude intérieure de parfait désintéressement. Il faut tout connaître, tout comprendre et se trouver au moment voulu, à l’endroit voulu, pour exécuter les desseins de Dieu en se faisant l’instrument de sa Providence. Le mystère frappe alors celui qui se demande si vraiment le hasard existe.

Balzac ne nous montre pas ici les facultés psychiques des membres de l’Ordre, comme par respect pour la règle de discrétion qui incombe à tout véritable initié dans ce domaine. Le maître mot, ici, c’est la Charité comme nous l’avons vu au début de cette étude. Madame de la Chanterie recommande à Godefroy la célèbre épître de Paul sur la Charité : "Tous les pouvoirs de l’esprit ne sont rien si je n’ai pas la Charité".

Les seules indications que nous ayons sur la puissance détenue par Madame de la Chanterie sont données en ces termes à Godefroy par Monsieur Alain.

"N’a-t’elle pas sur Job l’avantage de n’avoir jamais murmuré ? Ne vous étonnez plus de trouver sa parole si puissante, sa vieillesse si jeune, son âme si communicative, ses regards si convaincants, elle a reçu des pouvoirs extraordinaires pour confesser les souffrances, car elle a tout souffert. Toute douleur se tait auprès d’elle".

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Célestin Valois

 

Le portrait de Maître Philippe est tiré de : http://cdcp.free.fr/.

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Thaumaturgie - pouvoirs de la pensée
17 octobre 2015, par Gérard-Antoine

Quand on a étudié comme moi (et oui, j’ose le dire) le mage Philippe dans ses tenants et ses aboutissants, en prenant garde de rester hors des propos de la mouvance philippophile (car on découvre jour après jour que beaucoup de choses sont fausses ou manipulées, afin de créer une véritable légende dorée plus ou moins chétienne...), après cela, disais-je, on doit avouer être incapable de bien cerner le personnage. Il soignait, il guérissait en honnête homme, dans le don de soi, la charité, l’humilité, cela est certain. Mais pour bien le comprendre il est nécessaire d’étudier quelque peu ses proches comme Papus ou Marc Haven, passeurs de la Tradition et de la Connaissance, proches réels et reconnus et non auto-proclamés comme beaucoup. Et encore maintenant certains, plus ou moins inconnus, se battent en son nom, justement au nom de la spiritualité chrétienne, quel beau paradoxe !


Thaumaturgie - pouvoirs de la pensée : Monsieur Philippe de Lyon
3 septembre 2013, par Népomucène Landarosa (ex G.Rare)

J’ai l’heur d’être, déjà depuis un certain temps, le voisin de Nizier-Anthèlme Philippe, je l’ai déjà écrit lors de commentaires précédents. Et petit à petit, j’ai approfondi mes réflexions quant au Maitre du Clos Landar...jusqu’à participer quotidiennement à un site qui lui est consacré, jusqu’à avoir fait des rencontres privilégiées, jusqu’à me procurer des documents ou livres anciens...
Et, comme je le dis, à réfléchir (et même un peu plus) sur ses pensées, ses paroles, ses actions, et à les partager avec d’autres.
J’ai déjà annoncé la réédition du livre de Serge Caillet Monsieur Philippe l’Ami de Dieu (Dervy), aujourdhui voici un ouvrage complémentaire qui ouvre et aborde des horizons nouveaux grâce à des documents. Voici la courte présentation que j’ai publiée sur mon blog personnel :

jAjout du 2 Septembre : dans le cours du texte ci-dessus, j’ai annoncé la parution du livre revue et corrigé de Serge Caillet réédité chez Dervy sous le titre de Monsieur Philippe l’Ami de Dieu, ouvrage en tous points remarquable qui apporte de nouveaux éléments au sujet et qui se trouve en toutes librairies. Ce jour un nouvel ouvrage vient de paraitre édité par un collectif d’amis de Maitre Philippe aux éditions Arqa sous le titre de Enseignements oraux de M.Philippe de Lyon. Il est tout-à-fait complémentaire à celui de Serge Caillet, présentant des documents inédits ; il ne fait pas concurrence à celui de Serge Caillet mais au contraire vient en complément du texte principal des écrits des familiers de MP, des archives telles une lettre de la main de Monsieur Philippe, des correspondances avec la cour de Russie, ainsi que la reproduction d’un carnet à l’écriture codée, etc...
266 pages - ISBN 2-7551-0061-3
on peut le commander directement aux Editions Arqa via leur site internet :
(panier de commande sur la page)
http://www.editions-arqa.com/editio...

Connaissant l’intérêt de plusieurs lecteurs du site des Baladins sur le sujet, j’essaie donc de faire profiter tout le monde de cette information. Et je pense que Célestin Valois en sera heureux.


Thaumaturgie - pouvoirs de la pensée
7 janvier 2013, par G.rare

Je viens de visiter le site d’une amie par internet qui a réalisé un ensemble d’une très grande richesse sur Maitre Philippe de Lyon. Etant le régional de l’étape, et lui ayant transmis quelques coordonnées d’ amis parmi les Amis, voici maintenant son site enrichi par de très nombreux témoignages, études et récits. On ne peut que s’en réjouir !
http://www.philippedelyon.fr/ tel est le nom de ce site


Maitre Philippe de Lyon
8 février 2012, par G.rare

Toujours de l’Arbresle, j’ajoute quelques précisions pour ceux que Maitre Philippe intéresse...et il y en a...En ce que concerne le Clos Landar (que je vois tous les matins en ouvrant mes volets...) rien n’a bougé, cause de financements, cause de décisions administratives ; par contre il semblerait que des protections aient été installées : tous les volets sont désormais fermés et la totalité des fenêtres du grenier ont été obstrués par des fermetures de bois.
En ce qui concerne Maitre Philippe je précise que le livre de Marie Lalande qui épousa en secondes noces le gendre de Maitre Philippe, après le décès de sa fille Victoire, "Lumière blanche" qui était introuvable (des Amis de Maitre Philippe m’en avait questionné) a été réédité par Le Mercure Dauphinois, avec beaucoup de fac-similés. D’ailleurs cet éditeur de Grenoble est spécialisé sur le sujet puisque il a édité 9 livres (d’auteurs comme Sédir, Phaneg, Philippe Collin et des proches de Maitre Philippe et de Papus) ainsi qu’un DVD : http://www.lemercuredauphinois.fr/
Enfin le hasard m’a fait un petit cadeau personnel : l’édition 1966 de Maitre Philippe de Lyon par le fils de Papus, le docteur Philippe Encausse !


Thaumaturgie - pouvoirs de la pensée
7 janvier 2008, par G.RARE du Rhône...

Une petite information pour les Amis de Maitre Philippe. La propriété où il vécut à l’Arbresle (Rhône), le Clos Landar, et il reçut TOUS ses amis de l’époque (Papus etc...), était à l’abandon depuis de nombreuses années et même semblait être sur le point d’être reprise par des promoteurs immobliers. L’association des Amis du vieux l’Arbresle, sur la demande "bien inspirée" de certains de ses Membres, fit du lobbying (le mot est affreux) auprès de la Mairie pour la reprise de ce domaine. La commune a donc acheté l’ensemble, bâtiments et parc,qui se trouve maintenant préservé de la griffe de promoteurs.Dans un deuxième temps, un projet, assez lourd pour les finances de la Commune, a été mis en place pour créer un ensemble culturel : la maison de maître (sans jeu de mot) sera conservée telle que pour devenir un musée confié à l’Association des Amis du vieux l’Arbresle.Les batiments annexes en fort piteux état seront,non pas démolis, mais restaurés pour l’installation d’un centre culturel. Ce projet verra peu à peu le jour dans les 3/4/5 ans à venir, il est déjà bien avancé au niveau des choix architecturaux et financement. Le hasard m’ayant fait habiter la commune, je me tiens au courant du dossier...


Thaumaturgie - pouvoirs de la pensée
24 janvier 2007, par André L.

Bravo pour cette étude, et pour cet échange avec Bayazid.Je signale un ouvrage qui est publié, les carnets de la fille bien aimée de Maître Philippe.
http://www.dgdiffusion.com/dg-livre...


Thaumaturgie - pouvoirs de la pensée
5 juillet 2006, par Bayazid

Cher Célestin,

A propos des facultés psychiques de l’initié, au sercice du Bien ("tout connaître, tout comprendre et se trouver au moment voulu"...), il est intéressant de comparer la vision balzacienne, martiniste, à celle de la tradition musulmane.

Pour Muhy ed-Dîn Ibn Arabi (1165-1240), ces "pouvoirs" font partie de la "Parure des Abdâl" (Hilyatu-l-Abdâl).
L’Abdâl est le terme qui désigne l’état d’accomplissement de l’initié.

Dans son traité, Ibn Arabi explique longuement comment les règles initiatiques : le Silence, la Solitude, la Faim, la Veille mènent à cet état d’accomplissement. Pour faire vite, on dira que ces éléments d’ascèse, ces quatre échelons, ne constituent nullement des "modes d’emploi". Ils sont plutôt les signes d’une transformation de l’être, transformation qu’ils opèrent, et dont ils sont en même temps le symptôme.

Par ces quatre stades, on connaît successivemnt Allâh (le Principe), le Monde (le microcosme), Satan (le néant : la puissance de dissolution), et" l’âme universelle" (l’immutabilité).... A ce stade l’espace-temps n’est pluis le même pour l’initié.

Ecoutons Ibn Arabi : "Lorsque l’homme s’éloigne des créatures et fait taire en lui la conscience du moi pour laisser place seulement à la connaissance du Seigneur ...sa nature humaine est transmuée en nature angélique, sa servitude en seigneurerie, son intelligence (’aql) est convertie en intuition (hiss), sa réalité invisible (ghayb) devient manifeste (shahâda) ! Alors, lorsqu’il quitte un endroit, il y laisse un substitut (badal), constitué par une substance subtile avec lequelle se tiennent en rapport les esprits de l’endroit : quand quelqu’un de cet endroit manifeste un désir vif de la personne absente, cette substance subtile (haqîqa rûhâniyya) prend forme corporelle (tajassadat) devant ceux-ci : ses interlocuteurs s’imaginent qu’ils ont affaire avec l’être véritable, alors que celui-ci est loin de là jusqu’à ce qu’il ait terminé ce qu’il a à faire.
Cette substance subtile peut prendre forme corporelle aussi dans le cas où celui auquel elle appartient conçoit lui-même un désir intense de l’endroit quitté ou lorsqu’il est provoqué par une attache qui sollicite sa force spirituelle".

Voici décrit le pouvoir d’ubiquité.

Balzac, lui, fait dire à l’abbé Chaperon :"Ainsi, les idées de votre parrain peuvent vous envelopper ...Si les idées se meuvent dans le monde spirituel, votre esprit a pu les apercevoir en y pénétrant" (Ursule Mirouët)

Ibn Arabi va plus loin, donne des précisions : "le "Badal" (ce terme désigne l’Etre véritable de l’Abdal, l’initié), lorsqu’il quitte son lieu, sait qu’il y laisse un "substitut", alors que celui qui n’est pas encore Badal, ne sait rien quoiqu’il en ait laissé un".

Seule la connaisance du dédoublement donne vraiment le pouvoir d’ubiquité, et l’accès à la réalité de ce qu’Henri Corbin a appelé "le monde imaginal" : le monde subtil de la matérialisation spirituelle...

Ibn arabi conclut par une prière : "demandons à Allâh la grâce d’accomplir ces régles, et d’accéder aux degrés de la Vertu Parfaite (al-Ihsân) et de la Connaissance".

Car dans les Futûhât (traité de chevalerie soufie) le maître insiste sur les conditions de coeur et de grandeur d’âme, de fraternité et d’amour du Bien, qui doivent servir d’assise aux "pouvoirs".

"La sainteté sans les oeuvres est incomplète et de peu d’utilité à l’humanité"...


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