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Le mystère d’une marque au Quatre de chiffre sous les couverts de Mirepoix
dimanche 21 janvier 2007

par Bayazid


Les marques dites « au Quatre de Chiffre » appartiennent à un type de marque de métier qui est fréquemment (mais pas exclusivement) utilisé par les imprimeurs, aux XVe et XVIe siècles. On en trouve un spécimen tout à fait remarquable sous les « couverts » de la place centrale de Mirepoix, en Ariège, petite ville située à 85 Km au sud-Est de Toulouse, entre Pamiers et Carcasonne.

Comme toutes les marques au « Quatre de Chiffre », celle de Mirepoix s’inspire de la géométrie sacrée des compagnons tailleurs de pierres du Moyen-Age, tout en développant, autour du chiffre 4, une iconographie symbolique et une esthétique très caractéristiques. Ce chiffre est ici sous forme de blason, il est conçu pour signaler l’activité d’un artisan par son signe distinctif, et évoquer la maîtrise de son art. Le motif figurant au centre devait être utilisé pour signer les œuvres du maître.

Plusieurs auteurs ont analysé le « Quatre de Chiffre ».
Les premiers d’entre eux furent plus intéressés à le comprendre sous l’angle du métier dans son environnement historique. Ce fut le cas de Paul Delalain [1] et Léon Gruel [2]. Par la suite, des auteurs plus sensibles à la dimension ésotérique ont pu révéler les aspects symboliques de ces marques. Ce fut le cas de René Guénon [3], puis de Jean-Michel Mathonière [4].

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Les « couverts » sont une suite de galeries passantes à arcades (XIIIe/XVe siècles).

Plus récemment, d’autres contributions sont venues compléter ces recherches [5]. Tous ces travaux m’ont servi pour tenter de comprendre l’iconographie du blason.

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Le blason au « Quatre de Chiffre » est placé au-dessus d’une porte tout à fait ordinaire située entre un coiffeur et un antiquaire au N°1 de la place des couverts.

Est-ce la localisation d’origine de ce blason ?
Si c’est le cas, il eut mérité une restauration de son environnement plus aboutie que celle que suggèrent les restes de pierres de taille qui encadrent la porte.

Si ce n’est pas le cas, d’où viendrait-il ?

Il pourrait venir d’un autre endroit, peut-être d’un endroit plus...ensoleillé. En effet, si l’on regarde bien la partie haute du « blason », au-dessus des inscriptions IHS & MA, on perçoit une encoche par où aurait bien pu passer un style (tige de fer pointant vers le sol), qui aurait donné à notre « blason » une fonction de cadran solaire de type « méridional ». Si l’hypothèse était vérifiée, le blason devait être plein sud et non sous les couverts, où il n’aurait été placé qu’à posteriori. Mais d’autres hypothèses sont envisageables, bien sûr !

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L’encoche du style d’un cadran solaire méridional ?

Et est-ce bien la marque d’un imprimeur ?
Il est difficile de répondre avec certitude à cette question, car ce type de marque n’était pas utilisé par les seuls imprimeurs, même si ces derniers l’employaient très majoritairement. Rappelons qu’à l’époque, le métier d’imprimeur désignait toute la filière (éditeurs, libraires, relieurs, graveurs...), et que c’était un métier récent (l’invention de Gutenberg date de 1454). Au vu de la complexité spirituelle et symbolique de la marque de Mirepoix, on peut envisager qu’elle était celle d’un métier de l’imprimerie, noble métier nécessitant une vaste et profonde culture antique, classique et biblique. Mais cette marque pouvait également signaler un autre métier, issu des compagnonnages médiévaux : celui de maçon, de verrier, d’orfèvre...

Toutefois, si la marque est bien celle d’un métier de l’imprimerie, il ne signalait sans doute pas un imprimeur stricto sensu : la ville de Mirepoix était trop petite à l’époque pour rendre possible et rentable une profession qui nécessitait toute une organisation industrielle, et une clientèle importante. On songerait plutôt alors à un libraire : un commerçant du livre proposant un comptoir de lecture et de vente ; un commanditaire qui aurait fait travailler un imprimeur toulousain. Le fait que le blason ait fait éventuellement office de cadran solaire n’infirme pas l’hypothèse d’une marque de métier qui mettrait ainsi, comme on dit « midi à sa porte ».

Le double mystère

Nous sommes en face de deux mystères. Il y a d’une part celui des marques aux « Quatre de Chiffre » en général : elles ont déjà fait couler beaucoup d’encre sans qu’on puisse avoir des certitudes sur leur signification. Il y a ensuite le mystère du blason de Mirepoix, très original dans son style, inexpliqué dans sa situation géographique actuelle, et donc difficile à attribuer à un propriétaire. En attendant que des réponses étayées arrivent de la part de nos visiteurs, et en retour aux sondages que j’ai lancé auprès de quelques historiens et spécialistes, je tracerai néanmoins quelques pistes....

Pourtant, avant de commencer cette aventure, je voudrais attirer l’attention de mes lecteurs sur la difficulté qu’il y a à observer une image symbolique conçue au XVIe siècle avec notre mentalité du XXIe siècle. Le Quatre de Chiffre ne sera jamais dé-chiffrable. Son contenu « codé » a pu être conçu comme signe de reconnaissance entre compagnons et maîtres. Mais il exprime avant tout un rapport intime au métier et à l’Univers (ce qui était la même chose à cette époque).

Moi qui observe cette marque aujourd’hui, je ne peux vraiment « traduire » ce qui a été exprimé. Bien sûr, il nous faut nous replonger dans le contexte historique, matériel et spirituel de l’époque, c’est l’approche de l’historien. Mais devant « l’image » que me propose cette marque, je me trouve comme devant une œuvre, quelle qu’elle soit : qu’est-ce qu’elle me donne à voir ? Il n’y a pas d’autre « savoir caché » à découvrir. La vision que je propose de cette marque, les réflexions qu’elle m’inspire seront donc entièrement subjectives.

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- La photo des "couverts" en haut de l’article provient du site : http://www.gites-mirepoix.com/
- Toutes les autres photos ont été prises par l’auteur de l’article.


[1] « Au sujet du chiffre quatre dans les marques d’imprimeurs et de libraires », 1892

[2] « Recherches sur les origines des marques anciennes qui se rencontrent dans l’art et l’industrie du XVe au XIXe siècle par rapport au chiffre quatre » en 1926

[3] « Le quatre de Chiffre » in Etudes Traditionnelles de juin 1948

[4] « Étude sur les marques au quatre de chiffre » Nef de Salomon 1994 http://perso.wanadoo.fr/jean-michel.mathoniere/

[5] J-P Laurent « Approche ésotérique du cœur » par Renaissance Traditionnelle- 2003. et Aurélie Vertu DESS/ENSSIB « Les marques typographiques d’imprimeurs »-2004.

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