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Avec Jean-Pierre Bayard : aux origines de la Franc-Maçonnerie...
dimanche 25 février 2007

par Arkhghan


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Arkghan  : Les grandes religions, elles aussi pour la plupart se réclament de ce grand principe créateur, mais elles divergent et parfois s’opposent et font des guerres au nom de ce même principe créateur, alors qu’est-ce qui donne sa cohérence à la Franc-Maçonnerie ?

Jean-Pierre Bayard : La Franc-Maçonnerie est cohérente dans sa pensée par le respect et l’acceptation de l’autre individu, quelle que soit sa religion, quelle que soit sa race. Vous venez en Maçonnerie régulière. Qu’est-ce que ça veut dire régulière ? Régulière par rapport à quoi ? Il faudrait le définir. Pour beaucoup, la Maçonnerie régulière, c’est la Grande Loge Nationale Française qui malheureusement prend appui sur la Maçonnerie anglaise. On a déterminé, parce que c’était à Londres de régenter la Maçonnerie mondiale, un esprit bien anglais de vouloir tout régenter ! Mais ce n’est pas parce qu’on considère sa naissance à Londres en 1717 qu’on doit imposer une suprématie. La Maçonnerie est beaucoup plus ancienne et il faudrait remonter à l’origine du monde pour voir les hommes s’assembler pour travailler et puiser dans le sacré. Alors la Maçonnerie est universelle.

Arkghan  : Nous devons entrer un peu dans l’Histoire afin de tenter de saisir ce qui est peut être un paradoxe.

Jean-Pierre Bayard : En 1717 se constitue la Grande Loge de Londres autour de Désaguliers et autour des amis de Newton qui lui n’était pas Maçon mais qui a été le pivot de ce groupe. Désaguliers était le bras droit de Newton dans la recherche scientifique. C’était un protestant français né à la Rochelle. S’il n’y avait pas eu la révocation de l’Edit de Nantes par le roi Louis XIV, peut être que la Franc-Maçonnerie aurait été française à l’origine et la régularité alors serait parisienne....

Arkghan  : Avec des si, on mettrait Paris en bouteilles, dit-on, et je vois que vous ne seriez pas fâché de la voir, si ce n’est à la place de Londres, en tout cas son égale en ce qui concerne la Maçonnerie. Ah ! cette sacrée révocation de l’Edit de Nantes ! Toujours est-il que le protestantisme va constituer si je comprends bien un terreau pour le développement de la Franc-Maçonnerie. La Franc-Maçonnerie n’est donc pas dans son origine historique étrangère aux débats religieux ?

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Collection particulière de J.P. Bayard

Jean-Pierre Bayard : On dit que la Franc-Maçonnerie ne s’occupe ni de politique ni de religion. A la base, elle est à la fois politique et religieuse. C’est une querelle de princes sur fond de religion puisque le chef de la Maison de Hanovre protestante chasse son beau-père catholique Charles Stuart II. La Franc-Maçonnerie se constitue comme une aristocratie savante mais ose prendre appui sur des rituels ouvriers, ceux du Compagnonnage. Ce sont d’anciens traités qui réglementaient avec précision les anciennes organisations, les confréries. En réalité nous ne connaissons pas leurs anciens rituels qui n’ont jamais été transcrits mais petit à petit dévoilés par les procès intentés principalement au Compagnonnage français qui a continué de vivre et qui est encore présent à notre époque.

Arkghan  : Donc, c’est bien un paradoxe puisque les fondateurs prennent appui sur les traditions ouvrières alors qu’ils sont tous issus des classes dirigeantes et même de l’élite intellectuelle.

Jean-Pierre Bayard : Sur les 64 membres qui composent les 4 Loges à Londres en 1717, 28 appartiennent à l’Académie Royale. En effet, c’est donc une classe sociale élevée.

Arkghan  : Mais la Franc-Maçonnerie n’a pas des bases seulement franco-anglaises ?

Jean-Pierre Bayard : Effectivement l’historique est assez complexe car souché sur le Compagnonnage. Celui-ci est très développé en France et en Allemagne mais fort peu en Angleterre...

Arkghan  : Ce qui milite contre la « Régularité anglaise », je suppose...

Jean-Pierre Bayard : En fait, les plus anciens documents, les Vieux Devoirs, c’est-à-dire la réglementation administrative des ouvriers, principalement ceux du bâtiment, sont conservés en Angleterre. C’est en consultant ces documents qu’une équipe de 14 membres autour de Désaguliers et d’Anderson constituent leur organisation en 1723 et ils disent avoir détruit ces sources. En fait, ces nouvelles Constitutions approuvées en 1723 sont fort différentes des vieux règlements qui invoquent Dieu et dont l’organisation diffère. Aussi d’anciens Maçons, principalement écossais, se révoltent contre ces prétendus Maçons qu’ils nomment « modernes » qui ont l’appui des nobles, des savants et de la monarchie protestante. Une lutte inégale s’engage entre « Modernes » et « Anciens » et ne se terminera qu’en 1813 où les règlements des anciens prédominent. Mais en 1717, le groupe prêche la tolérance sous l’influence des philosophes et reconnaît toutes les religions. On invoque 1717, mais en réalité la Maçonnerie que nous pratiquons est celle de 1813 qui, plus corporative, reconnaît le culte chrétien et reconnaît la Charte des Anciens conçue par Dermotte en 1753.

Arkghan  : Est-ce que nous pouvons revenir à cette date, même si elle est symbolique de 1717 afin de saisir ce qui se passe d’important. J’ai des amis qui sont un peu « toqués » du chiffre 17, alors je veux bien y voir un point de départ marquant dans le domaine de la Tradition.

Jean-Pierre Bayard : Je ne vais pas vous décevoir car en 1717 au mois de juin, le 24 juin au moment de la Saint Jean se constitue la Grande Loge de Londres, donc d’une nouvelle Franc-Maçonnerie. Ensuite pour l’équinoxe d’hiver de la même année se forme un mouvement néo-druidique auquel adhèrent de nombreux et nouveaux Francs-Maçons. Les historiens maçonniques ne mettent pas assez en évidence ce fait que des jeunes Maçons appartiennent à l’Académie Royale, à la Maçonnerie d’Anderson et au Druid Order et bien des articles de ces trois Constitutions sont semblables. On y trouve principalement la tolérance envers les cultes religieux. Cela beaucoup de Maçons ne le savent pas. 1717 : c’est donc aussi le départ du premier mouvement du Celtisme qui se forme autour de John Toland. Tous ces hommes se connaissent et participent au même esprit de recherche.

Arkghan  : Cela me ravit en effet de voir le druidisme renaître à cette date mais aussi de voir réapparaître Newton, on se croirait dans le « Da Vinci Code », (mais nous reparlerons du « Da Vinci Code »). De plus, Newton est, si je ne m’abuse, reconnu par les Rose-Croix modernes et la Franc-Maçonnerie reconnaît à travers certains grades ou symboles sa dette, si je puis dire, envers cette autre Fraternité non moins mythique. Revenons à nos Druides, car je crois en effet que bien peu de Maçons connaissent ce frère jumeau-là né en 1717 ! Quels sont les objectifs de ce groupe ?

Jean-Pierre Bayard : En effet la plupart des Franc-Maçons ignorent totalement qu’il s’est formé en 1717 dans le cœur de l’Université d’Oxford ce groupe de druides qui prône également l’amélioration de l’homme. Et la date de 1717 est bien, en effet, une date clé ce qui fait que la Grande Loge Nationale de France qui s’appuie sur la Grande Loge d’Angleterre de 1813 renie un peu son passé, celui de 1717.

Arkghan  : Mais la Grande Loge Nationale de France est cependant une bonne Obédience ?

Jean-Pierre Bayard : C’est une Obédience très valable. Elle est née en 1913 d’une scission au Grand Orient qui avait abandonné les invocations au Grand Architecte de l’Univers. Edouard de Ribaucourt et ses amis se sont retirés du Grande Orient de France pour former le R.E.R. (Rite écossais Rectifié) avec invocation au Grand Architecte de l’Univers, leur groupe ayant été organisé en 1910 par le Directoire Helvétique. Cette Obédience qui se nomme alors Grande Loge Nationale Indépendante pour la France et ses colonies est reconnue immédiatement par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Edouard de Ribaucourt avec l’aide de Papus forme une Loge maçonnique tendance Martiniste « La France N° 3 ». En 1915, elle modifie ses statuts, mais refuse toute relation avec les autres Obédiences maçonniques françaises qui ne reçoivent que des hommes.

Arkghan : A ce moment-là, il existait deux grands groupes en France, le Grand Orient de France et la Grande Loge de France qui est la plus ancienne Loge.

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Collection particulière de J.P. Bayard

Jean-Pierre Bayard : Quand se forme, en 1732, la Franc-Maçonnerie française, ce sont des dirigeants anglais qui commandent. A partir de 1738, des personnalités approchant de très près la royauté dirigent la Maçonnerie française qui s’appelle Grande Loge de Paris et qui devient la Grande Loge de France. Le premier maître français est le Duc d’Antin qui a succédé à Lord Derwentwater, donc en 1738.

Arkghan : Oui, je ne dois pas confondre 1732 et 1723 qui est l’année des Constitutions d’Anderson, du nom d’un pasteur d’origine calviniste, nous retrouvons là le lien avec le protestantisme dont nous parlions. Cette Franc-Maçonnerie britannique va s’expatrier à partir de là dans le monde entier, la première Loge française indépendante de l’Angleterre est homologuée à Paris en 1738. Ce succès provoque des réactions, hélas, car la Franc-Maçonnerie ne va pas tarder à être condamnée par l’Eglise en 1738 justement avec la bulle « Apostolatus Specula » de Clément XII.

Jean-Pierre Bayard : « In eminente » plutôt datée du 4 mai 1738 qui sera la base de toutes les autres bulles qui excommunient régulièrement la Franc-Maçonnerie.

Mais les bulles non enregistrées par le parlement français n’ont guère d’action sur la Franc-Maçonnerie qui compte parmi ses membres de nombreux prêtres et même des évêques. En 1771, à la mort du Comte de Clermont, le duc de Chartres, futur Philippe Egalité dirige la future Grande Loge de France. Mais le 5 mars 1773 un schisme se produit et ainsi se forme le Grand Orient de France qui devient une Obédience fort importante. Parmi ses nombreuses Loges figure la « Loge des Trois sœurs » qui, dirigée par Lalande, initie Voltaire en 1778, le 7 avril, date très près de sa mort, le 30 mai 1778.

Arkghan  : Jean-Pierre Bayard, il est temps de dévoiler votre appartenance à la Grande Loge de France, mais ce n’est pas celle de 1738, n’est-ce pas ?

Jean-Pierre Bayard : Cette Grande Loge de France de 1738 que vous mentionnez va disparaître, elle n’a pas de relation avec l’actuelle Grande Loge de France formée le 7 novembre 1894 par le suprême conseil de France de 1804. Mais ce qui se nomme aujourd’hui la Grande Loge de France s’appuie aussi sur les Constitutions de 1717, comme le fait toute la Maçonnerie mondiale.

Arkghan  : Et comme vous le disiez, la Franc-Maçonnerie se développe et se transforme dans un contexte où elle doit trouver sa place dans les aléas de l’Histoire politique et religieuse de l’Europe que nous observons pour le moment entre le XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. En 1799 par exemple, en France, Napoléon opère une fusion des 2 Obédiences...

Jean-Pierre Bayard : Il tente de faire l’union entre les Obédiences et établit un Concordat.

Arkghan  : Merci de rectifier... et il remet le Grand Orient entre les mains de son frère Joseph qui en est le Grand Maître. Donc influence politique, mais aussi religieuse puisqu’en 1813 la Franc-Maçonnerie anglo-saxonne impose l’obligation de croire en un Dieu révélé ce qui est la source encore aujourd’hui des divisions avec les Obédiences françaises non régulières. Mais ce qui m’interpelle plus que l’histoire religieuse et politique dans leur aspect exotérique, c’est le chemin que la Tradition, et avec elle, l’ésotérisme vont se tracer au sein de cette ou de ces organisations. A ce titre, je crois que nous devons réfléchir à la mise en place des rites. Votre Obédience revêt un intérêt particulier car elle va abriter le rite Ecossais dit REAA, c’est-à-dire Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui en tant que rite va garder une certaine autonomie par rapport aux Obédiences. Mais là nous dépassons le cadre de l’Europe.

Jean-Pierre Bayard : En effet, la Maçonnerie française se transforme en 1804 pour adopter le Rite Ecossais Ancien et Accepté qui est composé de 33 degrés alors que le Grand Orient possède le rite français qui est composé de 7 degrés, puisque 4 hauts grades surplombent les 3 degrés fondamentaux. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté a pour origine un rite français de 25 degrés qui a été « exporté » en Amérique et qui nous revient avec 33 degrés, ce qui est bien plus que 7 degrés. Alors tout le monde veut atteindre le 33e degré. Pourtant on ne peut l’inscrire sur sa carte de visite, mais ça fait mieux quand même...

Arkghan : Si vous pouvez plaisanter sur ce sujet, c’est qu’on peut franchir des degrés sans se prendre trop au sérieux ni se croire supérieur et cela me rassure. Si nous parlions des rites Ecossais de la Grande Loge Nationale de France.

Jean-Pierre Bayard : Comme je l’ai indiqué, c’est en 1913 par l’installation du Rite Ecossais Rectifié qui vient de Suisse que de Ribaucourt fonde la Grande Loge Nationale de France. Jusqu’en 1964, la Grande Loge Nationale de France ne pratique que deux rites le Rite Ecossais Rectifié et le rite Emulation surtout pratiqué en Angleterre. En 1964, il se passe une scission au sein de la Grande Loge de France, 800 membres partent et rejoignent la Grande Loge Nationale de France ; le Suprême Conseil de France de la rue de Puteaux voit ainsi se former un Suprême Conseil pour la France dont les Loges de base appartiennent à la Grande Loge Nationale de France.

Arkghan  : Et ceci est le résultat des tentatives débutées en 1962 (entrée dans l’ère zodiacale du Verseau) où la Grande Loge de France voulait redonner une unité à la Maçonnerie française en se rapprochant du Grand Orient. La faille est profonde et les choses ne vont pas comme cela. Quels seront les changements au niveau des rites à partir de cette date pour la Grande Loge Nationale de France ?

Jean-Pierre Bayard : A ce moment-là, la Grande Loge Nationale de France va pratiquer le Rite Ecossais Rectifié, le Rite Ecossais Ancien et Accepté et le rite Emulation, donc 3 rites.

Arkghan : Sur le plan religieux, on dit la Grande Loge Nationale de France proche de Rome.

Jean-Pierre Bayard : Effectivement, elle est mieux acceptée par l’Eglise catholique romaine, elle fait même des invocations à Dieu. Elle a même parmi ses membres quelques-uns de ses prêtres.

Arkghan : Et la Grande Loge de France ?

Jean-Pierre Bayard : Elle reste déiste, elle fait des invocations au Grand Architecte de l’Univers alors que le Grand Orient a supprimé l’invocation au Grand Architecte de l’Univers en septembre 1877.

Arkghan  : Donc, nous vérifions bien l’importance de savoir dans quelle Obédience on veut entrer.

Jean-Pierre Bayard : Effectivement, le parrain devrait orienter le candidat vers l’Obédience qui correspond le mieux aux aptitudes de l’intéressé. Je regrette aussi que les jeunes Maçons ne connaissent pas ces distinctions : on ne les renseigne guère sur les différentes Obédiences qui constituent l’univers maçonnique.

Arkghan  : Jean-Pierre Bayard, nous n’avons pas encore parlé de la place des femmes dans la Franc-Maçonnerie et des Loges féminines.

Jean-Pierre Bayard : La Grande Loge Féminine de France est une émanation de la Grande Loge de France qui a possédé assez tôt des Loges d’adoption. Ces Loges avaient un rituel légèrement modifié donné par les hommes... les femmes ne pouvant pas tout comprendre ! Alors, on leur a facilité la tâche. Mais ensuite, d’elles-mêmes, elles deviennent indépendantes et elles invoquent le Grand Architecte de l’Univers. Il y a ainsi des Loges féminines dans d’autres Obédiences et des Loges mixtes où hommes et femmes travaillent sur un pied d’égalité.

Arkghan : Je vous remercie de prendre le temps de développer pour « Les Baladins de la Tradition » des notions de bases afin de comprendre la Maçonnerie alors que bien des choses exposées ici sont déjà dans des livres très bien faits dont les vôtres. Cependant n’hésitez pas à nous donner votre avis sur tel ou tel aspect comme vous le faites avec franchise ou avec humour. Que pensez-vous par exemple de la mixité des Loges en dehors des Fraternelles ?

Jean-Pierre Bayard : Tout d’abord, les Fraternelles sont à proscrire car le plus grand nombre ont des buts contestables. Il y a des Fraternelles dans le bâtiment, par exemple, qui permettent que les frères se reconnaissent et que les entreprises fonctionnent bien entre elles, c’est donc un but commercial qui est souvent recherché et d’où proviennent d’ailleurs les clubs services.

Arkghan : Les Fraternelles, expliquons ou faisons le rappel de ce que c’est, sont des réunions informelles sur une base professionnelle ?

Jean-Pierre Bayard : Oui, les Fraternelles ne pratiquent aucun rituel, il n’y a plus de recherche spirituelle, ce sont des réunions profanes. Donc, la plupart des Fraternelles sont à proscrire, elles nous emmènent vers des questions politiques ou commerciales, et souvent d’elles proviennent des incidents regrettables.

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Collection particulière de J.P. Bayard

Arkghan : Et la Franc-Maçonnerie mixte ? Car si les femmes sont un peu lentes à comprendre d’après ce que vous venez de nous dire, elles ont tout de même une âme, c’est bien de leur laisser une chance de se développer...

Jean-Pierre Bayard : Une femme, bien entendu, est tout aussi capable de travailler qu’un homme sur le plan spirituel, et même peut-être mieux.

Arkghan  : Ah ! (de soulagement et non pas d’étonnement...)

Jean-Pierre Bayard : Mais je suis, pour ma part, contre la mixité. Je trouve qu’on est quand même mieux chacun chez soi. Un homme n’est jamais égal à une femme, une femme jamais égale à un homme. Il y a des réactions sentimentales qui répondent à la nature humaine de la femme ou de l’homme et qui fait que l’on a des raisonnements non pas différents mais ayant des incidences différentes.

Les rituels des Maçons viennent des gestes des corps de métiers et, pour ma part, je trouve que les rituels féminins devraient correspondre à des métiers plus féminins. Dans certains degrés, on prend l’épée, ou même le poignard, je ne sais si ce sont là des armes très féminines.

Arkghan : La féminité en arme est parfois impressionnante, mais les armes sont-elles féminines, ou quelles armes seraient féminines ? Il serait curieux de voir des degrés en Loge féminine faire usage du poison par exemple. Mais ce que vous dites au sujet des métiers est, je l’avoue, un argument assez fort. A quels métiers féminins pensez-vous ?

Jean-Pierre Bayard : Il y a le tissage, par exemple, qui a un très beau symbolisme, extraordinaire, avec des fils croisés, des croix, les navettes. Si je vous en parle, c’est que deux Loges qui pratiquent un tel rituel : une en France, Loge extrêmement fermée, l’autre aux Pays-Bas. Ces Loges ne reçoivent pas les hommes. On a également découvert d’émouvants rituels celtes basés sur le culte de la lune.

Arkghan : Kabir aurait regretté de ne pas pouvoir y être admis... Vous pensez donc que la séparation des sexes a des avantages pédagogiques sur la plan de l’initiation ?

Jean-Pierre Bayard : Oui, je le crois. Quand j’étais au Gabon où je suis resté quelques jours pour faire des conférences, j’ai rencontré des sorciers membres d’un groupe initiatique très important en Afrique. Celui qui coiffait tout l’ensemble ne connaissait pas les rituels féminins dirigés par une femme. Dans les sociétés archaïques, les outils sont sacrés et ils appartiennent soit à l’homme, soit à la femme, en correspondance du sexe. Il y a un grand respect mutuel, c’est fort éloigné de la discrimination et de la rivalité homme-femme. Chacun a sa conception correspondant à son tempérament et à sa nature. L’homme et la femme sont ainsi complémentaires sans qu’on puisse considérer une supériorité d’un sexe sur l’autre. Et d’ailleurs, jamais un homme ne pourra mettre un enfant au monde, cette merveille de la nature.

Arkghan : Apollinaire chantera l’éternité différente de l’homme et de la femme, il doit donc bien y avoir une vérité dans ce que vous défendez, je l’admets s’il s’agit de garder une différentiation et non pas une supériorité d’un sexe sur l’autre.

Jean-Pierre Bayard : Il faut rester avec son caractère. Il y a un côté féminin que l’homme ne pourra jamais comprendre totalement. De même la femme dans l’autre sens ne pourra jamais totalement comprendre l’aspect masculin. Il y a une petite séparation mais c’est une complémentarité. Etudier les polarités magnétiques permet de mieux comprendre ce point de vue que je défends.

Fin du récit de notre première rencontre avec Jean-Pierre Bayard le 2 février 2006.
Pour lire le récit de la seconde rencontre du 4 mai 2006...

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Avec Jean-Pierre Bayard : aux origines de la Franc-Maçonnerie...
9 décembre 2010, par Hamlet

Outre cette mise au point entre Ordre et obédience ,toutes sont respectables il faudrait situer ou replacer le rôle de tout cet ensemble initiatique dans la croissance de l’être qui est toujours individuelle donc de l’individu face au système à tout système. J’apprécie ce que dit Solaris dans son Journal d’un mutant
et en termine là :
" Les groupes dans une obédience quelle qu’elle soit semblent
rebelles à l’Inattendu et l’Inconnu qu’ils semblent appeler pourtant si
sincèrement. En fait, c’est une mascarade, parce qu’ils sont bien plus
préoccupés par l’association que par la percée de l’individu dans l’instant
de la situation. Eux-mêmes sont le jouet du diviseur qui oblitère la
réceptivité à la Force et son génie d’intrusion comme Elle Veut et où Elle
Veut, toujours AUTRE que comme on voudrait La penser. N’est-ce pas ce
qui arrive dans toutes les communautés lorsque le personnage
charismatique disparaît ? Les images et les livres, le parfum, les clauses
juridiques, tout ça est bien plus important que l’émergence de l’Âme dans
l’individu.
Ne se laisser décourager par rien car ce n’est pas ce qui semble
arriver qui est obstacle, mais la limite mentale qui obstrue le flux de la
Vie, de la Conscience-Amour dans son infinie orchestration. Se laisser
pénétrer et fouiller par Elle, là est notre dépassement suprême, notre
réalisation.
"
http://www.inconnaissance.com/


Avec Jean-Pierre Bayard : aux origines de la Franc-Maçonnerie...
29 avril 2010, par Mirka

Bonjour,

Pourriez-vous nous dire quelques mots de l’engrammologie numérale (qui serait d’une meilleure compréhension que la numérologie bidon importée par l’Amérique)pratiquée par certains Francs-Maçons ?
D’avance, merci


Avec Jean-Pierre Bayard : aux origines de la Franc-Maçonnerie...
16 mars 2007, par El Peregrino

La maçonnerie nous fait comprendre aussi que la spiritualité n’oblige pas à une religion, il y a un distinguo entre les deux... Être un « cherchant » en maçonnerie implique avec le temps sûrement la reconnaissance d’une spiritualité universelle, soit le Grand Architecte de l’Univers, mais lui donner un nom ou une « structure, une église » est néfaste pour l’harmonie des hommes...
Amicalement du pays cathare.
El Peregrino


Avec Jean-Pierre Bayard : aux origines de la Franc-Maçonnerie...
28 février 2007, par Arkhghan

Jean-Pierre Bayard remercie les Baladins pour cette publication qui le touche et dont il va reprendre connaissance en se connectant sur le site pour en lire les éventuels débats et la mise en forme texte/ image. Certains amis lui ont déjà dit l’avoir vu sur internet « dans sa bibliothèque ».Il ne souhaite pas cependant intervenir à nouveau dans les pages forum, estimant qu’il s’est déjà suffisamment exprimé et que chacun est entièrement libre de s’exprimer à son tour pour donner des avis divers ou divergents. D’autre part sa pensée est dans ses livres, c’est à eux qu’il souhaite renvoyer les chercheurs comme c’est à eux qu’il souhaite consacrée toute l’énergie que l’âge et ses problèmes l’autorise encore à déployer.
Comme je l’ai déjà dit notre ami est absorbé par d’importants travaux. Il veut est toujours à pied d’ouvre aux éditions Dangles avec deux préfaces de livres qui lui restent à faire et il est encore engagé dans la publication d’un livre qui lui importe beaucoup dont le titre est « G comme Géométrie » dont il avait suspendu la rédaction pour rédiger, rien de moins que trois autres livres, mais qu’il a repris maintenant et qu’il veut achever. Je ferai donc mon possible pour répondre aux internautes qui interviendront dans ce forum sans prétendre pouvoir instruire comme pourrait le faire notre cher Jean-Pierre Bayard.


Avec Jean-Pierre Bayard : aux origines de la Franc-Maçonnerie...
27 février 2007, par El Peregrino

Mon Très Cher Frère Jean-Pierre,

Je suis un peu dubitatif à la lecture de l’échange ci-dessous.
L’exactitude du mot à mot peut masquer une erreur sur le fond qui pourrait faire croire que la Maçonnerie à la GLNF est Théiste dans son ensemble... ! ! !

Arkghan : Sur le plan religieux, on dit la Grande Loge Nationale de France proche de Rome.
Jean-Pierre Bayard : Effectivement, elle est mieux acceptée par l’Eglise catholique romaine, elle fait même des invocations à Dieu. Elle a même parmi ses membres quelques-uns de ses prêtres.

Je suis maçon depuis presque 20 ans et après avoir été 17 ans à la GLNF je suis maintenant à la GLDF... Il sera donc difficile de me taxer d’une tendance trop favorable à GLNF (surtout en connaissant les circonstances de ma démission pour aller à la GLDF !).
A la lecture de cet échange ci-dessus, il serait tendancieux de faire croire à un théisme général à la GLNF... Il serait regrettable de confondre ou faire des amalgames entre les différents Rites au sein d’une même Obédience et surtout d’oublier la différence entre un Ordre et une Obédience...
Par exemple le Grand Orient de France, la Grande Loge de France et la Grande loge Nationale Française sont des Obédiences Maçonniques et Le REAA (Rite Ecossai Ancien et Accepté) ou le RER (Rite Ecossais Rectifié) pour ne citer qu’eux, sont des Ordres dont le Rite est pratiqué dans les Obédiences.
Mis à par la « reconnaissance » des Obédiences sur la forme par la grande Loge d’Angleterre, il y a une seule vraie différence fondamentale entre ces Obédiences : la GLDF et la GLNF travaillent à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers et le Grand Orient de France refuse cette expression...
Par exemple, que ce soit à la GLNF ou à la GLDF le REAA est Déiste, mais il est incontestable que le RER à la GLNF est Théiste... ! J’insiste le REAA exprime une spiritualité identique à la GLNF ou à la GLDF et si les loges pratiquant le RER sont peut être plus nombreuses à la GLNF, il ne faut pas mettre en pointe ce constat et donner un sens générale à la spiritualité de l’Obédience...
Soyons un peu schématique pour l’information de tous : un Frère, je dis bien un Frère, qui exprime une spiritualité athée continuera dans les meilleures conditions sa recherche personnelle au Grand Orient de France... Un autre qui préfère mettre un nom, une croyance ou une interrogation sur l’expression « Grand Architecte de l’Univers » restera un « cherchant » plus serein à la GLNF ou à la GLDF...
Pardon à tous pour ces précisions presque techniques, oui notre société à besoin d’entendre la Tradition Universelle. Trois mots pourront alors s’écrire porteur de lumière Amour, éthique et rigueur...

Un dernier mot permettez-moi d’avoir de l’admiration pour l’auteur du texte ci-dessous dont les livres ont souvent accompagné mon cheminement :

« L’ésotérisme n’a rien de commun avec une volonté de secret. L’ésotérisme est l’aspect spirituel du monde,inaccessible à l’intelligence cérébrale, et il faut être préparé pour le saisir, l’entendre, le sentir. Ce « pouvoir » ne peut s’acquérir que par la victoire de l’homme sur sa nature animal-humaine.
L’ésotérisme ne s’explique pas, c’est une question de conscience du disciple, et non une doctrine. L’initiation ne réside pas dans les textes, mais dans la culture de l’intelligence du cœur, qui est cette faculté « d’entendre » l’instinct et de le traduire cérébralement, pour devenir l’intuition. C’est seulement à l’intelligence du cœur que veut parler l’enseignement ésotérique, et c’est cette intelligence du cœur qui peut conduire l’homme vers sa libération ».
Jean-Pierre Bayard

Cœur à cœur El peregrino


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