Jean-Pierre Bayard et la Tradition
mardi 25 juillet 2006

par Arkhghan


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Rencontre du 2 février 2006

Arkghan  : Jean-Pierre Bayard, pourriez-vous donner une définition de la Tradition avec un grand T ou avec un grand Tau ? Est-ce qu’elle existe pour vous ? Ce mot mérite d’être défini ou redéfini car si on l’emploie souvent en Orient ou en Occident, on ne sait pas toujours ce qu’il désigne.

Jean-Pierre Bayard : Je pourrais vous répondre que ce mot, je l’ai défini dans un ouvrage, « La Grande Encyclopédie des symboles ». Pour moi, c’est déjà la chaîne qui nous relie à tout ce qui est ancien, à notre passé. Cette Tradition, c’est toujours dans une notion de valeur sacrée naturellement. La valeur historique a son importance car elle permet de nous resituer dans un climat déterminé. Mais pour moi, la Tradition, c’est en dehors d’un historique très pur, arriver à la pensée spirituelle, ce qui peut nous rattacher aux valeurs sacrées. Avec la Tradition, que l’on appelle la Tradition Primordiale, c’est nous relier directement à Adam, à nos origines humaines. Pour moi, il y a eu une transmission. Les recherches de l’archéologie ont fait de nos ancêtres des êtres un peu hirsutes, des animaux alors qu’on voit que de tout temps, c’est l’homme qui a su observer la nature, devenir maître de la nature et qui a su certainement dépasser des moments difficiles et qui a su par une expérience, une recherche spirituelle se relier au Cosmos.

Arkghan  : Tradition, est-ce que cela veut dire conservatisme ou transmission, filiation ?

Jean-Pierre Bayard : La Tradition n’a pas pour synonyme passéisme, conservatisme ou routine car elle s’élève contre toute intolérance et tout dogme, tout en défendant les grands courants spirituels. Elle est une transmission vivante de la pensée Primordiale, une prise de conscience des principes immanents d’ordre universel. Cette filiation spirituelle qui se transmet de Maître à disciple implique un élément supra-humain, sacré. C’est une force ordinatrice qui ne se relie pas aux faits historiques mais aux valeurs spirituelles. Ses principes transcendent ce qui est humain ou individuel mais lient à ce qui est universel.

On se rattache à un centre primordial de nature sacrée à caractère révélé, d’où nous provenons et que nous tendons à réintégrer par le truchement de l’initiation. La Tradition est véhiculée par les mythes, les doctrines métaphysiques, d’une part et les comportements et principes qui en découlent.

Arkghan : Je comprends bien ces notions mais d’autre part, quand vous parlez de se relier au Cosmos ; en latin « Religare » a donné le mot religion. Est-ce la religion naturelle pour vous ?

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(Collection personnelle de JPB)

Jean-Pierre Bayard : Pour moi, toute la nature recouvre une grande notion... presque algébrique. On s’aperçoit que toute la nature est composée géométriquement. Il y a une valeur géométrique que l’on retrouve dans le nombre d’Or. On s’aperçoit de cela en art, mais aussi dans l’observation des étoiles qui ont des distances se rapprochant du nombre d’or. L’homme, je crois, a toujours su voir ces mesures. Jusqu’aux époques les plus reculées, jusqu’à 35.000 ans, au fond on retrouve cette même recherche de l’harmonie, de la proportion qui rythme tout.

Arkghan : Justement, je voulais vous demander si nous devons opposer tradition et modernité. Pensez-vous que nous aurions perdu quelque chose de la sagesse de nos pères ou la vie moderne nous place-t-elle dans un sentiment de supériorité radicale consécutive au développement des sciences et des technologies ? Nous vivons sous le règne de la performance, mais les inquiétudes sur l’épuisement des ressources terrestres, les dégradations ou catastrophes écologiques sont largement fondées. L’idée d’une Tradition tout de même renverse l’idée d’un progrès linéaire et continu dans sa prétention à nous situer en marche vers la Lumière de la raison.

Jean-Pierre Bayard : Actuellement, on se gorge du mot modernité, mais pour moi, c’est tout à fait inexact. Cette modernité d’ailleurs elle est à toute époque. À toute époque, il y a une modernité. C’est relatif en somme. Si, par exemple, nous avons une personne qui utilise une diligence ou si elle emploie un avion, là il y a un décalage, on pourrait dire qu’il y a une modernité dans le mode de déplacement. Mais si tout le monde est logé à la même enseigne la modernité disparaît. Les gens à l’époque des cavernes avaient aussi leur modernité.

Je suis un petit peu contre la pensée du Père Teilhard de Chardin qui dit que l’homme se cérébralise de plus en plus et qu’il vient vers le point Omega... Est-ce véritablement un aboutissement ? On peut se poser la question. Toute transmission entraîne une perte d’énergie, c’est une désagrégation déterminée par l’équation de Carnot. Par ailleurs, j’admire beaucoup le Père Teilhard de Chardin qui a beaucoup de valeur, c’est un poète -donc son style enflammé est très beau-, mais en fait je suis désolé qu’on puisse dire cela. Je crois que si nous nous éloignons de notre point de commencement de vie, nous nous éloignons de plus en plus du sacré. D’après la Bible, Adam, créé par Dieu dans le Paradis, a été directement en rapport avec Dieu. Il avait donc la Connaissance, on ne peut que s’éloigner de ce lieu de Connaissance où la Parole est révélée.

Arkghan : Alors qu’est-ce pour vous la modernité dans le sens positif comme quand Rimbaud dit qu’il faut être moderne ?

Jean-Pierre Bayard : Pour moi la modernité, c’est de vivre en se rapprochant de la nature qui, en fait, est immuable. J’avais pris cet exemple, il y a très longtemps en disant que si un animal à vie très courte se trouve devant la mer, la mer se retire continuellement, il meurt et il a toujours vu la mer se retirer. Nous sommes quelque chose d’infime dans une immensité. Nous sommes cet insecte à vie extrêmement courte. Je crois que dans la nature tout est immuable, quand il y a un progrès d’un côté, il y a une perte de l’autre.

Arkghan : Si je comprends bien la notion de modernité nous condamne le plus souvent par le mode de vie et de pensée qu’elle induit à nous agiter à la surface de nous-même alors que l’homme dans sa réalité profonde demeure au cours des âges, toujours le même ?

Jean-Pierre Bayard : Exactement le même. Je me demande véritablement si nous arrivons à être plus heureux quand on voit sur le Globe toutes ces personnes qui meurent de faim. Il y a des guerres sans cesse. Et même pour nous, dans un pays qui est tranquille... Je ne sais pas si la femme, la petite Parisienne qui va au bureau, qui prend le métro, va perdre des heures pour aller faire un travail qui ne lui plaît pas, qui revient chez elle pour aller faire de la cuisine, du repassage, si elle est véritablement plus heureuse que les femmes d’autrefois moins modernes mais vivant dans leur famille. Je me rappelle un jour en Espagne ou au Portugal, il y avait des lavandières avec des lessiveuses immenses, et toutes elles chantaient, riaient. Elles n’avaient pas de machines à laver, mais n’étaient-elles pas plus heureuses ?

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Bibliothèque de Jean-Pierre Bayard

Arkghan : Jean-Pierre Bayard, vous avez passé un temps très important de votre vie à effectuer des travaux Maçonniques qui se font en Temple, c’est un lieu fermé, même s’il est sacré. Alors quand je vous entends parler ainsi de la vie au grand air, avec les lavandières ou de la nature à contempler, je me demande si vous ne regrettez pas un peu parfois tout ce temps passé dans un espace clos même si je ne doute pas que ce soit une façon sage et pondérée de fréquenter le genre humain. (Nous reparlerons sans doute du genre en question). Est-ce que les travaux sur les symboles ne sont pas un peu abstraits, loin de la nature ?

Jean-Pierre Bayard : Les symboles sont contenus dans la nature. La Maçonnerie ne peut être régulière que par le respect de la Tradition spirituelle et Primordiale qu’elle transmet à ses membres de façon ininterrompue. Les travaux Maçonniques sont assez courts. Un Maçon n’a d’ordinaire que deux réunions par mois, réunions qui durent une ou deux heures. Et cependant ils permettent à l’être de se transformer, de s’améliorer.

Arkghan  : D’ordinaire deux réunions par mois, mais cela dépend du rôle que l’on joue dans l’organisation peut-être ?

Jean-Pierre Bayard : Bien entendu en s’agrégeant dans les différents degrés, les réunions sont plus nombreuses et absorbent plus de temps. Mais en ce lieu, on se ressource, le travail ne s’arrête pas à la simple réunion. C’est un travail continuel de la vie et dans la vie. Nous ne sommes pas des moines qui sont enfermés dans un monastère. C’est au contraire un travail qui se continue dans la vie pratique, dans chaque moment de notre existence et qui transforme notre manière d’être.

Arkghan : Oui, la voie du Maçon n’est pas la voie de l’orant mais la voie du métier, on y progresse humainement comme dans l’exercice de son métier et on le spiritualise tout en se spiritualisant soi-même. Pouvez-vous m’éclairer un peu plus dans cette compréhension en me parlant un peu de vous si vous le voulez bien ?

Jean-Pierre Bayard : Pour moi, j’étais ingénieur. Ce qui m’a fait du bien, c’est d’être en relation avec des hommes sur des chantiers, des ouvriers, puisque je suis dans les travaux publics. Ce rapport humain, on peut le magnifier, il peut aussi nous transformer. Cela nous aide à perdre un peu cet ego que l’on a en soi, surtout quand on est jeune et que l’on sort avec des diplômes. J’ai eu à travailler, je me souviens avec des équipes de terrassiers, des hommes de 40/45 ans, des hommes très forts. C’était un travail sans pelles mécaniques. Cela m’a fait du bien. Je me suis rendu compte que chacun est fait pour une chose déterminée et que l’on cherche à améliorer.

Arkghan  : Vous croyez que les travaux en Loge favorisent cette aptitude à s’adapter aux situations sociales et professionnelles ?

Jean-Pierre Bayard : Je crois que le travail en Loge et en tout groupe de pensée spirituelle est là pour nous mettre sur la voie, pour nous permettre de prendre du recul avec tout ce qui est à l’extérieur et il est là pour montrer que la Nature est cette Grandeur. Elle nous apprend l’humilité.

Arkghan : Est-ce que dès lors l’homme invente des symboles afin de croître en direction de cette grandeur qu’il perçoit dans la Nature ?

Jean-Pierre Bayard : En ce qui concerne les symboles, ils ne sont pas faits par l’homme. Les hommes les emploient. Ils existent de toute éternité et c’est bien la valeur qu’on veut leur donner. Un symbole ne rentre pas dans une définition fixe. Un symbole va prendre de l’ampleur à partir de notre propre réflexion. Mais est-ce que ce n’est pas une forme d’interprétation du monde « intelligible » que l’homme extrapole ?

Arkghan : Vous dites que les symboles ne sont pas faits par l’homme donc d’après vous il n’y a pas des symboles abstraits et des symboles naturels.

Jean-Pierre Bayard : Je dirai que les symboles sont dans la nature, dans les proportions, dans les harmonies générales et c’est seulement ensuite que l’homme va chercher à leur donner une définition philosophique, éventuellement à partir d’une règle mathématique. Un symbole est mouvant, il est sans cesse en évolution.

Arkghan : Pour changer du sujet tout en restant naturellement dans le monde de la Tradition, je vais rappeler un message que vous avez livré aux "Baladins de la Tradition" au début de cette année 2006 et qui est paru dans le rouleau funèbre de Raymond Bernard. Vous y avez vanté les qualités et mérites que vous reconnaissez à notre cher et regretté ami commun, qualités et mérites que nous sommes nombreux à avoir vus et appréciés, mais vous avez ajouté quelque chose qui montre que vous le connaissiez intimement ce qui m’a beaucoup touché en disant : « Il savait aussi rêver ».

Or ne vivons-nous pas dans un monde qui souffre d’un excès de réel tout en étant de plus en plus artificiel comme on le voit dans le film « Matrix » ce qui se solde par l’appauvrissement ou la disparition de la vie onirique comme de véritables productions artistiques... Dans son dernier texte « Aurélia » Nerval ira jusqu’au bout de son projet de vie « l’épanchement du rêve dans la vie réelle » ce qui constitue bien la recherche de l’Origine, du Paradis perdu. L’artiste cherche à dominer la séparation, voir le conflit du commun des mortels entre le rêve et la vie. Qu’en est-il dans ce chemin de vie qu’est l’initiation et quel rapport entretient-il avec l’inspiration ?

Jean-Pierre Bayard : Je ne pensais pas spécialement dans ces mots au sujet de Raymond Bernard à la vie onirique mais bien au rêve éveillé que l’on peut avoir c’est-à-dire s’évader des contingences matérielles pour accéder au subconscient... C’est là que les symboles agissent en faisant revenir vers une réalité qu’on ne soupçonnait pas. Je pense que même un artiste peintre ou tout autre créateur n’est pas responsable de sa propre vision. Même dans l’expérience scientifique, comme pour la poussée d’Archimède, quelque chose en dehors de l’homme déclenche une réflexion. Même le savant ne découvre pas ; il essaie de démontrer son impression, sa sensation. Dans le milieu artistique, c’est encore beaucoup plus développé. On vit « quelque chose » dans une atmosphère, une ambiance qui nous est étrangère. Il y a bien sûr une base de travail, mais un peintre qui va juxtaposer ses couleurs les unes à côté des autres ne perçoit pas toujours pourquoi il le fait. Il y a une impulsion intérieure. C’est pourquoi j’aime beaucoup Gérard de Nerval et ce qu’il écrit dans son « Voyage en Orient » par exemple. C’est un rat de bibliothèque, mais même en dehors des renseignements qu’il a pu puiser dans les livres, il apporte une émancipation, un rêve. Il faut avoir une base et se laisser aller, rêver, ne plus avoir de contrainte et transmettre ce que l’on a pu rencontrer à des moments très fugitifs.

Arkghan : Je vous suis volontiers à mon tour sur les traces de Nerval qui est également pour moi une passion. Avec Nerval, nous retrouvons le thème évoqué de la dialectique "espace clos, lieu d’apprentissage et découverte à ciel ouvert". Nerval en effet est un voyageur ou un vagabond des rues de Paris à l’Orient, il marche, il déambule, mais si aucune initiation effective n’a été établie chez ses biographes, le lieu d’initiation pour lui est la bibliothèque. Elle est évoquée dans son périple dans le Valois de « Sylvie » mais aussi dans la préface des illuminés où elle n’est qu’un débarras mais aussi un sanctuaire qu’il a violé dans la jeunesse car Nerval est Prométhée et c’est là qu’il a puisé un savoir déclassé, le plus utile pour étancher la soif de l’âme. Dans « Aurélia » encore Nerval écrit : « Un soir, je crus avec certitude être transporté sur les bords du Rhin. En face de moi se trouvaient des rocs sinistres dont la perspective s’ébauchait dans l’ombre. J’entrai dans une maison riante, dont un rayon du soleil couchant traversait gaiement les contrevents verts que festonnait la vigne. Il me semblait que je rentrais dans une demeure connue, celle d’un oncle maternel, peintre flamand, mort depuis plus d’un siècle... » On sait qu’il s’agit là pour le voyant qui cherche à dominer son rêve selon les enseignements Martinistes et Swedenborgiens d’une référence à son père spirituel et que la maison du Grand Oncle maternel Antoine Boucher fait pendant à celle du Valois qu’il va découvrir dans son enfance. Cette vaste bibliothèque sera une mine d’informations sur les cultures gréco-romaines et Asiatiques que Nerval complètera toute sa vie pour édifier sa vaste culture au point que d’après certains chercheurs, ses connaissances lui permettent d’être en avance sur les découvertes d’un Georges Dumézil par exemple.

Cher Jean-Pierre Bayard, je vous ai rendu visite il y a 15 ans et j’avoue que parmi les souvenirs qui me restaient en mémoire de votre maison il en est un qui ne m’a jamais quitté c’est celui de votre bibliothèque. Combien compte-elle d’ouvrages ?

Jean-Pierre Bayard : 15.000 ouvrages environ.

Arkghan : Alors je vous pose la même question que pour le travail en Loge au sujet de ces lectures. Tout ce temps passé en tête à tête avec les livres, vous ne le regrettez pas ? La lecture attend ses défenseurs face à l’invasion des sous-produits pseudos culturels que nos enfants petits et plus grands ingurgitent à longueur de journée sur les écrans TV et sur le net. Est-ce que toutes ces lectures vous ont transformé ?

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Maison de Pierre Mac Orlan

Jean-Pierre Bayard : Elles m’ont transformé entièrement. J’ai toujours lu énormément. A 10-11 ans, j‘avais lu je ne sais combien de livres de Jules Verne, Alexandre Dumas, Georges Sand. A 13-14 ans, j’avais lu dans la présentation de Boulanger, les livres du Graal. A 12 ans, j’habitais à Argenteuil à quelques kilomètres de Paris et mes parents m’ont mis au lycée Chaptal à Paris. Puis ils ont jugé que ce serait trop fatigant et ils m’ont mis en pension à Versailles pendant 7 ans. Je m’étais tout de suite porté présent pour ranger la bibliothèque moyennant quoi j’avais le droit d’emporter tous les livres que je voulais, alors que mes camarades n’en avaient qu’un ou deux par semaine. Et c’est là par exemple que j’ai lu tous les livres de Boulanger sur la quête du Graal... Vers les 13 ans, je m’étais fait un petit dictionnaire de mots que je ne comprenais pas. La lecture transforme énormément.

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Salon de Pierre Mac Orlan

J’ai eu la chance de faire une rencontre précieuse vers 14 ans. Mes parents avaient une maison à la campagne où venaient mes grands-parents. Elle était dans un petit hameau à 5 Kms de Saint Cyr sur Morin où habitait l’écrivain Pierre Mac Orlan. A 14 ans...j’ai été chez Pierre Mac Orlan, j’ai été voir cet homme, lui poser des questions. Il m’a reçu, m’a conseillé, et presque toutes les quinzaines, je me rendais chez lui. Il a été ensuite mon parrain à la Société des Gens de Lettres.

Arkghan : La culture est présente dans votre enfance, ce n’est pas un détail dans ce que vous voulez bien nous confier aujourd’hui de votre vie. Je crois qu’il faut faire ce cadeau à notre jeunesse de pouvoir bénéficier d’une culture digne de ce nom. Mais le processus de se cultiver est sans fin. Vous avez eu une vie professionnelle très remplie alors comment avez-vous continué à vous cultiver après cette jeunesse studieuse ?

Jean-Pierre Bayard : Par exemple on m’avait proposé d’avoir un chantier sur un barrage à construire en Afrique noire. Il fallait s’engager pendant 4 ans au moins, j’ai refusé. J’ai fait l’école du Pétrole, on voulait me faire travailler à Bordeaux, j’ai refusé. J’ai refusé bien des places pour me cantonner à Paris même. J’ai toujours essayé de rester à Paris ou autour de Paris en n’allant que quelques jours sur les chantiers extérieurs. Et en même temps, je fréquentais les milieux littéraires, poétiques, artistiques.

Arkghan  : Cela vous a profité au niveau de la création ?

Jean-Pierre Bayard : Je n’ai pas fait tout ce que j’ai voulu mais en partie. Par exemple nous avons composé un film sur Abélard. J’ai eu l’idée, je me suis arrêté et je n’ai pas été voir d’autres producteurs. Cependant j’avais réalisé le découpage du film avec les décors, les meubles du Moyen Age. Tout est resté dans mes cartons... ! Je n’avais pas un besoin alimentaire venant de la création, peut-être que si j’avais eu faim, je me serais battu pour défendre ces projets artistiques. Mais en tout cas, j’ai toujours eu mon indépendance, j’ai écrit ce que je voulais sans pression extérieure.

Arkghan  : Je voulais encore vous poser une question sur la Franc-Maçonnerie en toute ingénuité comme une personne extérieure, non-initiée à cette tradition, je le précise pour les lecteurs...

Jean-Pierre Bayard : Comme je dis souvent, il y a quand même des gens très bien en dehors de la Maçonnerie !

Arkghan : Merci, je veux aussi le croire. Ma question est celle d’un observateur qui pourrait être dérouté par l’existence de branches ou « obédiences » diverses selon le terme consacré au sein de la Franc-Maçonnerie. Il y a des obédiences et qui plus est, il y a une ligne de fracture entre la Franc-Maçonnerie régulière d’une part et la Franc-Maçonnerie dite irrégulière mais qui ne se considère pas comme telle d’autre part. C’est à priori assez compliqué, or il me semble que les candidats à l’initiation maçonnique arrivent du monde profane peu avertis dans l’ensemble puisqu’ils ont été appelés dans une Loge par un proche, un ami, un camarade de travail. Pourtant l’orientation qu’il va recevoir, s’il y accède, va l’engager malgré lui car les Loges sont bien loin d’être interchangeables et le clivage que je viens de mentionner, j‘ai pu le constater en me rendant à des conférences de l’une ou de l’autre de ces obédiences, demeure très vif.

Jean-Pierre Bayard : Il est exact que l’on entre en FM présenté par son parrain qui oriente vers la Loge ou l’obédience dans laquelle il se trouve. Les obédiences ont différentes tendances. Comme dans l’Église Catholique romaine, il y a des groupes assez différents les uns des autres, qui rivalisent, font une Maçonnerie vivante, ayant quelques tendances plus ou moins affirmées, mais qui toutes se relient à un même esprit de tolérance, de fraternité à la recherche du sacré pouvant améliorer la nature humaine. C’est une école mutuelle reposant sur le grand principe créateur universel qui existe dans toutes les Traditions.

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Les photos de la maison de Pierre Mac Orlan proviennent du site : http://marne-et-morin.com/.

Les autres photos sont toutes publiées avec l’aimable autorisation de Monsieur Jean-Pierre Bayard que nous remercions vivement.

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Jean-Pierre Bayard et la Tradition
18 mars 2008, par El Peregrino

Très cher Arkghan,

Ce n’est pas l’histoire de la maçonnerie qui est intéressante, c’est ce que deviennent les femmes et les hommes ici et maintenant après vingt ans sur les colonnes d’une Loge…

Quel que soit le chemin emprunté : Rite Ecossais Ancien et Accepté, Rite Ecossais Rectifié, Rite Emulation, Rite York , Rite Français et autres encore… ! Quelle que soit l’Obédience : Grande Loge de France, Grand Orient de France, Grande Loge Nationale Française, Grande Loge Féminine Française, etc. etc.… Toutes ces femmes et ces hommes à la spiritualité bien différente parfois, savent partager sur les symboles de la Tradition…

Alors mon cher Arkghan ne vous affectez pas trop de nos différences... Le plus souvent, la grande majorité de ces femmes et de ces hommes, "loin de toutes manifestations sociales malsaines", ont l’essentiel en commun..…


Jean-Pierre Bayard et la Tradition
7 mars 2007, par Adjar

Pierre Mac Orlan a eu la digne charge de Satrape du collège de Pataphysique en 1968, comme l’écrivain philosophe français Jean Baudrillard, lui en 2001.
Petit rappel sur le corps des Satrapes :
Le corps des Satrapes est symbolique de la gratuité du Collège. Il « n’est soumis à aucune règle et ne s’en donne aucune (...) ne se réunit qu’à son escient et nul n’y est tenu à une présence indispensable, ni aucun enseignement ou activité », etc. Il est présidé par un Modérateur Amovible sans aucun pouvoir (« Il ne s’autoriserait même pas à réclamer le silence »). Le Corps des Satrapes se recrute lui-même." où l’on voit que c’est bien éloigné des rigueurs et contraintes de l’entrée en Maçonnerie.L’Ordre idéal, celui dont rêva Hermann Hesse en sa Castalie serait celui ayant la métaphysique Maçonnique et la liberté Pataphysique.Qu’en pensez-vous ?


Jean-Pierre Bayard et la Tradition
4 août 2006, par M.

Est-ce volontaire d’avoir publé en même temps sur Jean-Pierre Bayard et sur cet Hindou constructeur avec son Dharma Pîtha ?


Jean-Pierre Bayard et la Tradition
30 juillet 2006, par Jean

Génial cette rencontre avec Jean-Pierre Bayard ! On va lire la suite et après on aura sans doute des trucs à dire.


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