Pèlerinage à Compostelle par le Camino del Ebro

Etape 2 : De Xerta à Gandesa
Camino de l’Ebro : 50 km déjà parcourus

par El Peregrino


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Mercredi 6 septembre 2006
Etape de 30 km

Plus de 30 km, j’ai marché plus de 7 heures et pour une deuxième étape, c’est trop...

Pourtant tout commence bien...

Je me réveille sans attendre la sonnerie de mon portable, il est 6h30. Le bar à côté ouvre à 7 heures et c’est toujours un plaisir d’avoir un petit déjeuner avant de prendre la route. Je retrouve le Camino et toujours le canal qui l’accompagne. Le ciel est un peu mouvementé, mais il fait chaud. Autour de moi des orangers, des mandariniers, plus tard des amandiers, des oliviers par milliers, je suis vraiment dans un pays du sud...

Comme aujourd’hui, pendant de nombreux jours, j’assisterai le matin au soleil qui se lève. Spectacle toujours renouvelé, jamais identique quand quelques nuages lui disputent l’horizon.

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Un matin sur l’Ebre

Les pays ont une odeur et ces rives de l’Ebre interpellent tous les sens dont l’homme peut jouir. Il y a même des variations surprenantes en fonction de la saison, mais la nature de tous les pays a ces effluves qui exaltent. Il suffit de s’éloigner un peu des zones urbaines pour réapprendre à écouter ses sens et retrouver des sensibilités oubliées...

Je marche depuis quelques heures et je quitte les bords de l’Ebre pour suivre une ancienne voie de chemin de fer transformée en piste touristique. Elle traverse la sierra de Pandols. C’est une succession de petites montagnes arides et pelées et la voie ferrée trouve son chemin en utilisant des ponts sur des gorges magnifiques très westerns, mais aussi en empruntant une multitude de tunnels. Ces derniers n’ont pas d’éclairage et certains sont longs et en courbes, impossible d’en deviner la fin... ! J’ai heureusement ma frontale pour éclairer mon chemin. Cet accessoire est absolument nécessaire pour éviter l’accident et la désorientation à l’intérieur de ces longs tunnels. Au début, pénétrer dans ces ténèbres donne une sensation d’interdit... ! C’est presque un peu stressant, mais l’opération se répète tellement souvent que cela devient amusant.

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Les tunnels

Le problème de la journée arrive à la gare désaffectée de « El Pinel de Brai »... Je me suis installé pour manger un peu de fromage, il fait beau et même chaud et cet arrêt dans cette gare sans rails, sans témoignage d’une autre présence humaine à quelque chose de surréaliste... J’ai à peine fait quelques centaines de mètres sur la piste, que je me retrouve devant un nouveau tunnel, mais il y a une barrière qui en interdit l’entrée : « Danger, passage interdit » dit le panneau...

Avec du recul, je regrette d’avoir été trop sage, mais je suis seul et si j’ai un problème le portable ne me serait d’aucune utilité dans le tunnel... Obligé de contourner la montagne, je trouve la petite route goudronnée qui me fait rejoindre El Pinel de Brai à 7 km, mais aussi 13 de plus toujours sur le goudron pour atteindre Gandesa, mon but aujourd’hui... ! Je suis vraiment fatigué... !

L’ayuntamiento (la mairie) est fermé quand j’arrive. Comme toutes les mairies en Espagne, elles ferment entre 14 et 15 h jusqu’au lendemain matin... ! ! Les boutiques font de même, mais elles ouvrent à nouveau en fin d’après midi vers 17 h. Un marcheur qui arrive dans un village vers 15 ou 16 h trouve tous les lieux officiels fermés y compris les églises. Restent les bars et toujours quelqu’un pour répondre à la question : dites-moi où je peux dormir ce soir... ?

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Chaleur et poussière

C’est dans cette solitude que parler la langue du pays s’avère nécessaire. Ici à Gandesa, il n’y a pas d’albergue et le curé est absent, mais le patron du bar me donne une précieuse indication. Il y a une fondation qui héberge les ouvriers et c’est très bien pour un pèlerin. Un très relatif confort compensera la nuit spartiate d’hier. Ce soir je vais souper et dormir dans les draps d’un mauvais lit pour 20 euros.

En fin de journée, je vais faire quelques achats de première nécessité pour demain, quelques tranches de jambon, du fromage, des biscottes... Oui j’ai fait le choix de ces petites biscottes qui restent fermes et toujours mangeables, le pain durcit très vite ou devient une éponge dans la mochila. Cette fondation est peu fréquentée à l’heure de mon dîner. Le jeune directeur très sympa a accepté de me servir à une heure inhabituelle pour le pays. Il est 20 h, la salle à manger est un peu vide et triste.

Sur le Camino comme d’ailleurs en d’autres circonstances, il est préférable de ne pas s’ennuyer avec soi-même pour retirer quelques lumières d’une solitude bénéfique... Voilà encore une parenté entre la Franc-Maçonnerie et le Chemin de Compostelle, tous les deux laissent en moi moins de réponses que des questions ou des doutes... Alors les certitudes s’estompent et un homme comme moi en a bien besoin pour dominer cet ego qui s’exprime un peu trop, même sur le camino...

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Des amandiers

Depuis l’an 2000 où j’ai fait mon premier voyage et quel que soit son apparence, je vois d’un autre œil un homme ou une femme qui marche en solitaire... Les femmes dans ce cas sont encore plus rares et donc elles m’intéressent encore plus... ! Oui désolé pour quelques machos que je connais, j’ai tendance déjà à trouver plus d’intérêts à la conversation et au fonctionnement des femmes, alors pour le reste, n’en parlons pas... !

La chambre est bruyante, la fenêtre donne sur la route nationale. Qu’importe, les boules de cire aux oreilles vont m’aider à dormir comme un enfant... Tiens ! voilà encore une question, pourquoi beaucoup ne supportent pas, quand ils utilisent ces boules, ce qu’ils appellent : « Ce grand silence dans leur tête..." ?

Je dors déjà. Justement, ce silence dans ma tête m’aide à plonger dans l’imagination et là je suis toujours un homme recommandable... Encore l’ego... !

Merci à LUI, la vie est belle.

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