Avec Maïtreyi Amma (1)
Rencontre du 7 juin 2006
mercredi 29 novembre 2006

par Arkhghan


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Arkghan : Mère, pouvez-vous nous parler de l’impact de l’Inde, de l’ambiance de l’Inde ?

Maïtreyi Amma : L’Inde c’est d’abord une abondance, une abondance de parfums, de couleurs, de sons et de vie, où Dieu est présent partout. Pour l’âme, c’est le bonheur de rentrer à la maison. Fin mai 1996, je rencontre un Français qui me dit : « Tu ne connais pas Bénarès ? C’est une ville comme nulle autre sur la terre ! ». Alors, le lendemain, nous achetons des billets de train et nous nous y rendons. Là, je mesure toute la profondeur de l’Inde. C’est très difficile de mettre des mots sur cette expérience, c’est comme si tout d’un coup mon âme chantait sa musique divine. KASHI... le bord de la Ganga... on a vraiment l’impression que le Divin est là, manifesté sur la terre. Je suis touchée au plus profond de mon être. A Kachi la Divine, je rentre enfin à la maison.

Arkghan  : Beaucoup de gens ont une recherche, parfois dans beaucoup de directions, et pourtant on a parfois l’impression qu’avec tous ces efforts en Occident, ils n’avancent pas, ne sont pas libres ni épanouis, comme s’ils tournaient en rond sans trouver la terre promise. Il leur manque l’impact direct des forces de l’esprit. Mais quand ils vont en Inde, alors là, il se passe quelque chose, ils reviennent changés. On peut se convaincre alors que le message fondamental de l’Inde s’adresse absolument à tous. Il est tellement universel que l’on veut dire aux gens d’aller se ressourcer, d’embrasser cette terre, de visiter les lieux saints et de rencontrer les sages qui les attendent.

Maïtreyi Amma : En Inde, l’expérience est à chaque instant, c’est vraiment unique. Cela peut aller jusqu’à des états fusionnels avec le Divin, entraînant souvent une grande euphorie, un sentiment intense de liberté. En vivant cela, il faut faire très attention, ne pas tomber dans l’excès, dans la fuite du monde occidental, comme vouloir jeter ses papiers d’identité dans la Ganga. La bonne démarche, c’est d’aller à la source, de prendre un bain de jouvence et de revenir en Occident pour laisser évoluer sa nouvelle conscience et partager les connaissances que l’on a acquises. Si l’on veut que le monde occidental change, il faut cet échange entre l’Orient et l’Occident.

Arkghan  : Il faut cet aller retour entre l’Orient et l’Occident, mais ce voyage, notre âme le connaît, elle l’a fait bien des fois, vous avez fort bien développé ce sujet dans votre Conférence récente au Mans. C’est pour cela que nous avons ce sentiment quand nous sommes en Inde que c’est le retour à la maison et que là tout est plus facile pour les buts de l’âme. Des âmes d’Orient vont s’incarner en Occident et des âmes d’Occident retournent ou retourneront en Orient, il y a là un jeu divin...

Maïtreyi Amma : A mon sens, il n’y a pas des âmes d’Orient et des âmes d’Occident. L’âme est issue du rayonnement cosmique, tantôt elle est incarnée en Orient, tantôt elle est incarnée en Occident. Actuellement, il faut que l’humanité fasse un grand pas, un saut même dans son évolution et c’est pour cela qu’il y a beaucoup de Maîtres qui s’incarnent en Occident et aussi des Maîtres indiens ou orientaux qui visitent les pays occidentaux et notamment la France.

Arkghan  : La France qui a un rôle à jouer, pouvez-vous en parler ?

Maïtreyi Amma : La France est active par rapport à l’émergence de la haute spiritualité. Regardez le rôle de Vijayananda à l’ashram d’Ananda Mayi Mâ, de Satprem pour Mère et Aurobindo. Et dans le cas de Chandra Swami, le Français Yvan Amar a largement contribué à le faire connaître. On disait dans les temps anciens que la France est la fille aînée de l’Eglise. Elle devait montrer le chemin. Aujourd’hui, elle a de nouveau un rôle à jouer. Sri Tathâta dit que mon incarnation ne pouvait être qu’en France.

Arkghan  : Merci de nous donner ces encouragements dans une période où ce n’est tout de même pas évident pour la spiritualité en France. Je reviens sur la notion de réincarnation. Elle n’est pas indispensable pour s’approcher du divin, et les grands mystiques chrétiens qui ignoraient ce concept qui n’était plus enseigné dans l’Eglise ont pu sans cette connaissance aller jusqu’à la fusion avec le Seigneur. Mais cette compréhension est aujourd’hui utile pour obtenir une certaine sagesse, une compréhension des lois cosmiques.

Maïtreyi Amma : C’est vrai, pour l’Occidental qui était dans la religion chrétienne, cela n’avait pas grande importance. Il était dans l’inspiration de la pure Bhakti, la totale dévotion au Seigneur. Il ne se posait aucune question. Il vivait le pur amour pour le Divin, la transformation se faisait toute seule. Mais aujourd’hui, le mental est si puissant qu’il cherche, parfois qu’il exige, des réponses au pourquoi de l’existence. Alors, il est bon que des clés lui soient données pour l’apaiser.

Arkghan  : Pour ramener les gens vers la spiritualité. Car ils ne peuvent plus maintenant avancer sans ces clés là ?

Maïtreyi Amma : Tout à fait. Si une personne en Inde à un moment donné de sa vie fait le choix de se tourner vers le Divin, de choisir une vie spirituelle, il y a toujours quelqu’un autour d’elle dans la famille, qui a un Maître, et qui va lui donner la bonne adresse. Elle ne va pas se perdre. Toutefois pour un Occidental qui peut-être est devenu athée, ou qui a une façon de voir très terre à terre, cela ne va pas être facile de retrouver le chemin du Divin. Si on ne veut pas entrer en religion, il n’y a pas beaucoup de choix. Ce que j’ai pu constater, c’est que depuis une vingtaine d’années, les gens sont allés vers quelque chose de plus pur. Beaucoup se sont rapprochés de la nature, par exemple en marchant, randonnant, faisant du vélo. Un grand nombre aujourd’hui respecte l’environnement et cherche à retrouver une présence dans cette relation à la nature. D’autres poussent plus loin leur recherche et rencontrent des maîtres, et enfin leur Maître.

Arkghan  : Il y a une expérience racontée dans votre biographie, où vous parlez de la conscience que vous avez de votre descente en incarnation avant la naissance. Est-ce que vous avez pris la réincarnation comme une croyance ou est-ce que vous saviez ?

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Sri Tathâta

Maïtreyi Amma : J’ai toujours su cela, je suis arrivée avec cette conscience, qu’il s’agisse de la réincarnation ou plus largement de la réalité de l’existence de Dieu. Beaucoup de gens sont dans l’effort pour rejoindre le Divin, ils s’efforcent de croire. Mais la foi n’est pas une croyance, c’est une force intérieure, un état d’être. A l’âge de 7 ans, je parlais déjà du Divin, et de la réincarnation comme quelque chose de naturel, alors que j’étais dans une famille chrétienne à peine pratiquante.

Arkghan  : Vous avez tout de même pu vous épanouir dans ce contexte de « minimum vital spirituel » ?

Maïtreyi Amma : C’était un milieu qui me laissait pratiquer, dire des prières et tout ce que je voulais, aller à l’église aussi, et c’est là que j’allais parce qu’il n’y avait pas d’autres portes. Mais lorsque j’ai commencé à poser ces questions sur la réincarnation au prêtre, à mes parents, très vite on m’a dit qu’on ne parle pas de ces choses-là.

Arkghan  : Mais vous aviez votre monde à vous ?

Maïtreyi Amma : De la naissance à l’âge de six ans, je suis aveugle. Je vis alors dans deux mondes : mon monde secret avec Jésus, Marie, des Yogis, des êtres de lumière ; et ma famille terrestre. Jusqu’à ce que j’y voie clair, le passage d’un monde à l’autre se fait naturellement. Le fait d’être aveugle me protège, me permet de ne jamais oublier le Divin. Car les autres enfants, eux, oublient. Puis vers les 11 ans et demi, je découvre avec une grande tristesse que les autres n’ont pas accès à ce plan de conscience que je connais. Je me sens terriblement seule.

Arkghan  : Cela correspond à quoi, 11 ans et demi ?

Maïtreyi Amma : C’est ma communion solennelle. Je m’aperçois que les autres ne voient et ne perçoivent pas d’autres mondes. C’est un choc. Je me demande comment on peut vivre dans une telle ignorance.

Arkghan  : C’est vrai, je me souviens de ce qui est raconté au sujet de votre communion solennelle dans votre biographie. Mais avez-vous alors envie d’aider vos proches ?

Maïtreyi Amma : Lorsque je réalise cette ignorance, je sais aussi que le but est la fusion avec le Divin et la transformation des cellules en lumière. Je prends conscience de l’ampleur de la tâche pour aider les humains. Déjà à l’âge de 7 ans, j’ai dit à mes parents « Vous ne priez pas assez, vous allez devoir revenir de nombreuses fois ». Mais ils n’ont pas compris ce que j’ai dit.

Arkghan  : Est-ce que cette compréhension provient de souvenirs ?

Maïtreyi Amma : Non, mais déjà je sais que l’on vient sur la terre, pour faire des expériences, puis que l’on meurt et que l’on vient à nouveau jusqu’à devenir parfait.

Arkghan  : C’est une Connaissance ?

Maïtreyi Amma : Oui, c’est cela. Avant de venir sur terre, l’évolution humaine m’a été expliquée et montrée comme un film.

Arkghan  : Dans le film de Pierre Fougea sorti en 1998 « Hanuman » qui se déroule dans l’antique cité de Kishkindha, royaume des singes en Inde du sud, l’ermite gardien du sanctuaire du Dieu a été tué. L’une des dernières images du film est assez émouvante car on voit sur la montagne dans la grotte du sage un autre ermite qui prend sa place. Cela symbolise la perpétuation de la Connaissance et d’une mission sacrée. C’’est comme dans l’Arunachala ou encore en tant d’autres lieux, un sage s’en va, un autre sage arrive à sa place. Les hommes ne sont jamais abandonnés dans leur quête de protection et d’avancement spirituel. Prenez-vous le relais de celle que l’on nommait Douce Mère, la compagne de Sri Aurobindo et qui nous a quitté en 1976 à l’âge de 95 ans ? Vous êtes vous aussi une Mère Française, vous propagez l’enseignement d’un sage Indien comme elle l’a fait. Or ce sage, Sri Tathâta, ressemble assez à Sri Aurobindo, on en reparlera sans doute.

Maïtreyi Amma : On peut en parler tout de suite si vous voulez. Sri Tathâta n’est pas une réincarnation de Sri Aurobindo malgré la ressemblance étonnante ; il était déjà né avant le départ de Sri Aurobindo. Mais je crois que Dieu joue et fait des clins d’œil. Avec Mère, j’ai vraiment un lien. Cette histoire est racontée dans ma biographie. En juillet 2002, je vais à Pondichéry. C’est une période où je trouve les Français lents à se réveiller spirituellement. Je suis presque découragée et me dis « Mais on n’y arrivera jamais ». De fait j’ai un peu le caractère de Mère, un peu impatiente comme elle. Je me rends au Samadhi de Sri Aurobindo et Mère à Pondichéry, et en m’inclinant sur leur tombe je demande à Mère toute son aide. Je lui dis : « Toi qui connais les Français, aide-moi à les réveiller ! ». Puis je m’assieds près du mur pour méditer. Le moine de Sri Tathâta qui m’accompagne est assis à ma droite. Une dame anglaise assez âgée est assise sur une chaise juste à ma gauche. Une fleur de l’arbre qui ombrage le samadhi tombe sur ses genoux. La dame me tapote l’épaule et me donne la fleur en me disant « Douce Mère vient de me dire que cette fleur est pour vous ». Pour moi, c’est un beau signe de Mère. Je la remercie infiniment. De retour en France, je comprends que la réponse est au-delà de mes espérances ! Je ne suis plus seule, des personnes deviennent proches de moi pour former le petit groupe qui m’accompagne aujourd’hui pour la mission.

Arkghan  : Connaissez-vous Mère Meera qui réside en Allemagne ?

Maïtreyi Amma : Oui, je connais un petit peu son travail qui se fait dans le silence.

Arkghan  : Comme elle donne aussi un Darshan j’en viens à vous demander ce qui se passe lorsque vous donnez le Darshan.

Maïtreyi Amma : Pendant le Darshan, j’offre de l’amour, et aussi ce dont la personne a besoin de recevoir à ce moment pour son évolution. Par exemple la force, la confiance, ou encore le lâcher prise si la personne a besoin de s’abandonner.

Arkghan  : C’est donc une réponse au besoin de l’être. J’ai retrouvé une personne de ma connaissance qui a reçu le Darshan au Mans, c’est une personne qui découvre juste la spiritualité indienne et qui a l’air de comprendre vite. Elle m’a dit que la conférence a été pour elle formidable car elle avait tout compris. Ceci m’a confirmé dans mon sentiment que votre enseignement dans son apparente simplicité peut en réalité toucher des chercheurs à tous les niveaux du sentier ; car moi par exemple qui connaît bien les sujets que vous développez, j’ai trouvé vos explications très précises, très utiles et fort instructives. Vous avez donc cette faculté de vous adapter aussi bien à tel ou tel auditoire donc à un ensemble, à un collectif, qu’à chaque personne. Le Darshan est individuel et chacun va en effet recevoir ce qui lui revient. Cette dame dont je parle était encore plus ravie par le Darshan car il lui a semblé que les quelques mots que vous lui avez dit ne pouvaient s’adresser qu’à elle.

Maïtreyi Amma : Je voudrais donner une précision à ce sujet. Les quelques mots que je donne parfois lors du darshan ne sont pas du channeling.

Arkghan  : Je dois dire que cela ne me fait pas du tout l’effet d’un channeling.

Maïtreyi Amma : Au moment du darshan, c’est une explosion de lumière en moi. La Présence de la Mère Divine agit, de façon spontanée. Je peux donner le darshan dans l’instant, l’énergie est là. Plus la personne est centrée et plus elle reçoit. C’est le rayon de la Mère Divine correspondant à son besoin profond qui vient en elle à ce moment.

Arkghan  : C’est une présence en vous, la présence de la Mère Divine, mais qui se manifeste à certains moments en fonction des sollicitations extérieures ?

Maïtreyi Amma : Cette Présence est tout le temps là. Mais elle se manifeste de façon plus intense lors du darshan.

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