Bruno en Chartreuse
samedi 6 octobre 2007

par Dazur


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Bruno et ses frères

En 1083, Bruno quitte Reims ainsi que le confort matériel, intellectuel et, osons le terme, spirituel dont il jouit depuis des années. Il est suivi par quelques proches qui, touchés par sa démarche, l’accompagnent à Sèche-Fontaine près de Troyes en Champagne [1] où ils forment ensemble une première communauté d’ermites souhaitant se tourner vers la simplicité des tout premiers contemplatifs.

Mais, ils comprennent vite qu’ils sont trop près du monde en voyant affluer les visiteurs, anciens élèves, amis, curieux…

Au printemps 1084, ils sont sept à quitter Sèche-Fontaine et à se mettre en route vers le sud. Au mois de juin, ils arrivent à Grenoble et Hugues, le jeune évêque, reçoit son ancien maître avec émotion. Ecoutant son récit et la requête qu’il lui fait d’un coin de montagne où se retirer avec ses six compagnons, Hugues est saisi par la signification qu’il donne immédiatement au songe qu’il a eu peu de jours auparavant.

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Le songe de Saint Hugues

Dans son rêve, il voyait sept étoiles se déplacer et s’arrêter au-dessus d’un massif voisin qu’il n’avait eu aucun mal à identifier.

Hugues conduit Bruno et ses six compagnons dans les fins fonds d’un vallon du massif de Chartreuse [2].

Il faut avoir gravi l’aride sentier qui mène à ce lieu étonnant de rudesse [3] et y avoir goûté les traces encore si présentes du Silence qui fut ici initié, pour effleurer l’écho de la foi profonde et lumineuse de ces vigoureux contemplatifs. Là, c’est presque… physiquement que l’on se sent… dans le Cœur de Dieu !

Cette fois, le petit groupe d’ermites a tout le loisir de s’organiser. Bruno donne le tempo de cette vie de silence. Il en règle la cadence avec une simplicité telle que Guigues, son cinquième successeur à la tête de la communauté, n’aura qu’à rédiger les « Coutumes de Chartreuse » [4] telles qu’elles se pratiquent depuis l’origine pour en faire une Règle qui, plus de neuf cents ans plus tard, est toujours appliquée sans avoir eu besoin d’être jamais modifiée !

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Lys de Saint Bruno

A cette époque, plusieurs ordres monastiques vivent selon un mode communautaire : offices récités ensemble à l’église, repas au réfectoire, nuit en dortoir.

Bruno veut retourner à la solitude des Pères du désert des tous premiers siècles tout en maintenant l’équilibre d’une vie communautaire.

Ils vivront donc dans des cabanes séparées où ils prieront et prendront leurs repas dans la solitude [5]. Ils construiront une chapelle pour quelques offices en commun seulement au cours de la journée et ils auront un réfectoire pour partager en silence le repas du dimanche midi et des jours de fêtes [6].

Pères chartreux et frères convers, les rôles sont diversifiés et chacun peut servir Dieu selon son talent. La vie, entre prière solitaire, offices en commun, activité physique, étude intellectuelle est d’un grand équilibre. Le silence est pour tous le naturel allié de la contemplation divine. [7]

Bruno et ses frères font face à des hivers rudes. Le lieu est sujet aux avalanches et les cabanes plusieurs fois sont emportées. Il faut reconstruire. Alors, ils reconstruisent. Et le temps sanctifie le rythme de leurs vies.

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Les illustrations proviennent des sites : http://pierre.blanc38.free.fr/, http://www.chartreuse.fr/, http://www.frattamaggiore.org/, http://www.bivouak.net/


[1] Sur la commune qui se nomme aujourd’hui Avirey-Lingey dans l’Aube.

[2] La tradition veut que ce soit le 24 juin que Bruno et ses compagnons arrivent en ce lieu.

[3] Ce lieu se nomme aujourd’hui Notre-Dame de Casalibus et se situe à 2 km au-dessus de l’actuel monastère de la Grande Chartreuse.

[4] Les « Coutumes de Chartreuse » rédigées par Guigues sont disponibles aux Editions du Cerf

[5] Plus tard, les cellules des Pères chartreux seront réparties autour d’un "grand" cloître.

[6] Dans le plan qui sera retenu pour les chartreuses, ces bâtiments conventuels auxquels s’ajoute une salle du Chapitre, se trouveront desservis par la galerie du "petit" cloître. Le double cloître est ainsi la marque de l’architecture cartusienne.

[7] Ceux qui veulent pénétrer ce monde de prière le peuvent maintenant en visionnant le film magnifique de Philip Gröning : "Le grand silence". Disponible aussi en DVD.

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