Thérèse et Jeanne Guyon...
vendredi 27 septembre 2002

par Dazur


Ce texte est extrait d’une étude sur "Thérèse de Lisieux"
Pour revenir à la page précédente : "Les deux Thérèse..."

1648 - Naissance de Jeanne Bouvier de la Motte que son père marie à 15 ans avec Jacques Guyon. Jeanne a dix-huit ans et déjà deux enfants quand elle entre dans l’oraison. Et vingt-quatre quand elle vit avec intensité son "mariage mystique avec l’Enfant Jésus". Après la mort de son mari, sa vie spirituelle va prendre un essor important.

Elle écrit "Les Torrents" et bien d’autres textes. On sait moins qu’elle a créé "l’Ordre des Associés à l’Enfance de Jésus" dont elle rédige la Règle. Elle écrit dans une lettre à Fénelon, son frère spirituel : "Dieu se fait un jeu de détruire dans les plus grands hommes ce qu’il paraissait leur avoir donné avec plus de profusion afin qu’ils se laissent conduire comme des enfants."

A quarante ans, elle écrit sous l’impulsion d’un puissant commandement intérieur un "Commentaire au Cantique des Cantiques" - pages d’une profonde inspiration - qu’elle fait précéder d’une dédicace au Saint Enfant Jésus :

"...Une amante dans le mystique,
Pleine de merveilleux appâts,
Peignant les amoureux combats,
Répond juste à votre cantique.....
 
.......Par ses discours blessez des âmes,
Pour vous en rendre le vainqueur,
Dans leur esprit et dans leur coeur,
Allumez les plus vives flammes :
Inspirez aux Chrétiens votre plus pur esprit,
Enfant Dieu, c’est l’unique chose,
Que mon chaste amour se propose,
Osant vous consacrer ce simple et doux écrit.
 
Soyez ô Sagesse incarnée,
L’âme de tout ce que je fais :
Unique but de mes souhaits,
Étoile de ma destinée,
Objet le plus charmant de ma dévotion !
Je proteste que nul volume
Ne viendra jamais de ma plume,
Qu’il ne paraisse au jour sous votre auguste nom."

Jeanne Guyon séduit tout d’abord son entourage par la clarté spirituelle qui est la sienne. On sait que Mme de Maintenon l’accueille à Saint Cyr.

Elle fonde la Confrérie du Pur Amour. "Il faut remarquer, qu’il faut que les vertus paraissent être venues dans l’âme sans aucune peine ; car l’âme dont je parle n’y pense pas, puisque toute son occupation est un Amour général, sans motif ni raison d’aimer. Demandez-lui ce qu’elle fait à l’oraison et durant le jour : elle vous dira qu’elle aime. Mais quel motif ou raison avez-vous d’aimer ? Elle n’en sait ni n’en connaît rien. Tout ce qu’elle sait, est qu’elle aime, et qu’elle brûle de souffrir pour ce qu’elle aime. Mais c’est peut-être la vue des souffrances de votre Bien-Aimé, ô âme, qui vous porte ainsi à souffrir ? Hélas, hélas, dira-t-elle, je n’y pense pas, et elles ne me viennent pas à l’esprit. Mais c’est donc le désir d’imiter les vertus que vous voyez en lui ? Hélas, je n’y pense pas. Que faites-vous donc ? J’aime. N’est-ce pas la vue de votre Bien-Aimé qui enlève votre coeur ? Je ne regarde pas cette beauté. Qu’est-ce donc ? Je n’en sais rien. Je sens bien dans le fond de mon coeur une blessure profonde, mais si délicieuse que je me repose dans ma peine, et je fais mon plaisir de ma douleur."

L’Eglise comprend alors combien la grande liberté de son rapport à Dieu constitue un risque pour son autorité. Notons que Jeanne Guyon ira jusqu’à souhaiter être "une petite balle" dont l’Enfant Jésus jouerait à sa guise. Bossuet combat fermement ce que l’on appelle le quiétisme. Jeanne Guyon est calomniée, censurée, arrêtée puis embastillée plusieurs années durant. A cinquante-huit ans, elle sera autorisée à vivre seule. Elle mourra à Blois onze années plus tard.

Pour lire la suite : "L’enfance de Thérèse"

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