Qu’est-ce que la littérature ?
samedi 27 octobre 2007

par Célestin Valois


Cet article s’inscrit dans le cadre d’une vaste étude intitulée "Balzac et le Martinisme". Pour en consulter le plan. Pour revenir à la page précédente...

L’écriture, dans sa fin la plus sublime, est une tentative pour retrouver le langage angélique. Elle constitue donc avec les autres arts un moyen offert à l’homme, à l’artiste illuminé, pour oeuvrer à sa Réintégration. Le martinisme peut être une idéologie inspiratrice pour l’écrivain et nous étudions ici le cas de Balzac. Mais il est un autre auteur, son contemporain, chez qui cette influence est manifeste, il s’agit de Gérard de Nerval.

L’article d’Anne Marie Amiot dans "Le cahier de l’Herne" consacré à Nerval, traite le sujet en profondeur. Les mêmes thèmes martinistes que nous avons étudié chez Balzac sont évoqués dans l’oeuvre Nervalienne, surtout dans Aurélia. Citons pour mémoire : la vanité de l’érudition intellectuelle et du savoir livresque ; l’inévitable douleur que trouve "L’Homme de Désir" dans la prise de conscience de sa condition d’exil ; l’importance de la vie onirique révélatrice du surnaturel et de la double nature de l’homme ; le rôle régénérateur de la Volonté et la nécessité de pratiquer la charité ; le rôle rédempteur de la femme ambassadrice de la Divine SOPHIA, la Sagesse ; le mystère des origines cosmogoniques ; les tentations démoniaques ; l’origine de l’écriture ; puis enfin la recherche du langage angélique.

La conclusion de Anne Marie Amiot sur Nerval résume presque notre propre réflexion sur Balzac :

"Comme le voulait Saint-Martin, l’entreprise littéraire apparait ici comme la forme la plus élaborée et la plus efficace de la spiritualité "engagée" dans la lutte toujours recommencée contre l’Esprit des Ténèbres, celui que Boehme ou Saint-Martin nomment Satan".

Dans "le Ministère de l’Homme Esprit", le théosophe appelle les littérateurs à fonder une littérature nouvelle, dégagée du formalisme technique qui caractérise le classicisme et destinée à exprimer la spiritualité de la parole, c’est-à-dire l’inspiration divine. Selon lui, la littérature de l’avenir doit être prophétique au sens le plus large, elle ne doit plus "mimer" les formes du monde, ni répéter les paroles mortes, mais révéler aux homme les terres inconnues du savoir, se référant à la théorie Boehmienne de la Parole qui est création, révélation de la parole jusqu’alors occultée du monde naturel. Saint-Martin propose une conception radicalement neuve de la littérature qui devient poésie (c’est-à-dire création). Or, Boehme avait poussé la logique de son système jusqu’à inventer des mots susceptibles d’exprimer la nouveauté radicale des mondes que lui révélaient ses visions. Si la littérature a cette révélation pour objet/sujet, elle est donc invention totale, sur le plan linguistique elle se veut à la limite invention d’une langue inouïe que Mallarmé nommera "Le Dire de l’Ineffable" ; sur le plan du contenu, elle présentera la plus grande variété en fonction du domaine sur lequel porte la révélation : nature, homme, histoire, etc ... Si tout discours est contenu en germe dans le verbe primordial, si les écritures sacrées ont déjà tout dit, et si rien n’est donc nouveau sous le soleil, nous nous trouvons face à un paradoxe car la mystique martiniste est un appel à la création, à la nouveauté, chacun doit retrouver à sa manière, d’une façon unique et personnelle, l’Unité Originelle et devenir co-créateur d’un monde particulier au sein du Grand Tout.

La poésie et au-dessus d’elle la musique, sont les formes les plus approchées du langage angélique.

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Célestin Valois

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Qu’est-ce que la littérature ?
5 mars 2013

Ces analyses concernent l’Art du bien-écrire ; malheureusement, au siècle où nous vivons, il appert que ce noble Art est bien malade. Certes il reste encore des écrivains dignes de ce nom, et il sont reconnus comme des grands de la littérature, étant bien entendu que je ne parle ici que de la littérature française, ou plutôt francophone. Car les écrivains de langue française, africains ou baptisés maintenant ultra-marins, nous ont donné et nous donnent encore des chefs d’oeuvre, que ce soit en prose ou en poésie.
De grandes usines de ventes de livres permettent au public de consommer un livre comme on le fait d’un sandwich ; il faut donc les alimenter, ce qui poussent les auteurs à écrire n’importe quoi, de n’importe quelle manière. Certains, pour cacher leur inculture et leur manque de technicité, se cachent derrière le modernisme, le besoin de faire un expérience. On devient écrivain comme on devient une star d’un télé-crochet, cela ne dure qu’un temps ; certains, plus malins, réussissent à tenir, avec au minimum un livre par an...juste avant les prix littéraires. Et ils recoivent alors les louanges des critiques, des médias, bien souvent acoquinés avec des maisons d’édition...et le public, ne cherchant pas plus, suit le mouvement.
Mais, à l’analyse, beaucoup de ces ouvrages n’ont aucune valeur littéraire réelle ; on pourra dire qu’il faut admirer ces auteurs pour leur (au-moins) tentative d’expression, mais il arrive souvent que leurs écrits trahissent leur inculture.
Il existe cependant toujours des écrivains dignes de ce nom, il faut les chercher, savoir parfois lire entre les lignes des comptes-rendu de critiques, fureter dans les librairies ou les bibliothèques, demander conseil aux vrais libraires.
Il m’arrive de dire, tiens je vais relire un vieux livre de ma bibliothèque ; j’ai, je dois le reconnaitre, un grand choix à ma disposition, ce peut être un écrit classique, ce peut être un grand roman du siècle passé (et oui, du XXième siècle...) et chaque fois c’est un régal !
(et aussi des livres d’origines étrangères mais formidablement traduits en français, à tel point que l’on ne fait pas la différence)


Qu’est-ce que la littérature ?
4 septembre 2008, par Un merle

Balzac dans « La Comédie Humaine » trouve les ressorts du récit déjà en germes dans le roman du Graal, c’est à dire au moment de la naissance de cette forme littéraire spécifique à l’occident que nous nommons le roman. Pour preuve : dans un dossier du bimensuel TDC paru le 1er septembre 2008 consacré à la Légende Arthurienne, Christine Ferlampin-Acher et Denis Hüe, professeurs de langue et de littérature du Moyen Age à l’Université Rennes II nous disent : " A l’initiative de Merlin, les chevaliers font au départ le serment de tout raconter de ce qu’ils auront accompli au cours de leur périple. La Cour devient ainsi le lieu où s’archive la mémoire des exploits. C’est un monde presque Balzacien, où les aventures s’entrecroisent, où les personnages se connaissent et se reconnaissent, parcourent le monde d’un roman à l’autre." Je ne sais pas qui est votre Merlin si vous en avez un mais il me semble que les Baladins de la Tradition se veulent un lieu et même un Cour où ce monde narratif là peut se dire.



Site : Roman du Graal presque Balzacien

 


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